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news des marins

Alain Vanhoucke

20 Mars 2015 , Rédigé par Cormoran Publié dans #Histoire

SUITE (DIX)

Je vous parlais la semaine dernière de mon premier voyage sur un autre navire que le navire-école: le Reine Fabiola de Petrofina.

Je me rappelle une anecdote qui vaut d'être contée... le premier officier (capitaine en second) du navire était un certain Matkava...
Etonnamment nos routes se croiseront bien des années plus tard, en 1982, lorsque jeune commandant moi-même, je ferai un voyage en sa compagnie, alors que lui reprenait la mer après quelques années passées à terre, en Afrique je crois, et qu'il repartit comme premier officier.
Cela peut valoir comme avertissement envers ceux qui auraient tendance à traiter leurs subordonnés comme de la "merde": l'avenir peut vous réserver des surprises et la vengeance est un plat qui se mange froid. Ce ne fut pas le cas entre Raymond et moi, n'ayant aucun oignon à éplucher entre nous.... ayant toujours laissé cette tâche larmoyante et ménagère aux "potten en pannen" de nos navires.

Quant aux pétroliers, ils n'étaient pas faits pour éveiller en moi une attirance particulière: j'ai toujours préféré les navires qui aiment à sommeiller dans les ports et prennent leur temps avant de reprendre la mer, aux court-toujours qui n'entrent en port qu'à regret et s'amarrent bien loin des centre-villes. Les cargos portent en eux une charge émotive qui les différencie de ces usines à gaz que sont les transporteurs de matières liquides et gluantes, sans parler des gaziers, ces navires-pettomanes à l'odeur de soufre.

Le Reine Fabiola, nous l'avions rejoint, Stokart et moi, les deux cadets, à Marseille, sortie de cale sèche, nous irons à Kharg Island en Iran avant de revenir en Angleterre et de dérôler, deux mois plus tard, pour entamer notre dernière année d'école de navigation. Nous y ferons la connaissance d'Emile Moulron, un ancien d'Ostende, avec qui j'ai gardé des contacts, 45 ans plus tard.

Dès que l'occasion m'en sera donnée, à la fin de mes 3 ans d'études, je repartirai en courant vers ces cargos, qui vivaient leur dernière grande décennie, et à bord desquels je gravirai tous les échelons, de cadet à premier officier, et même commandant, mais pour 5 jours seulement (autre aventure à vous raconter).

La 3ème année à l'Ecole de Navigation fut pour certains d'entre nous celle où ils apprirent à couler avec un canot sur l'étang du Noordkasteel, ou pour d'autres à être renvoyé de l'internat pour mauvaise tenue à table (j'y étais coutumier, ayant connu pareille mésaventure sur le Reine Fabiola quelques mois auparavant).

Tout d'abord l'aventure de 3 cadets dont je tairai les noms mais pas les prénoms, dont l'un habite actuellement au Canada, l'autre en Afrique du sud, le 3ème étant un des rares marins a avoir été commandant en même temps que son frère. Je n'en dirai pas plus, je m'en voudrais s'ils finissaient par être identifiés de ma faute.

Un beau début de soirée d'hiver, en décembre, quelques jours avant les fêtes de fin d'année, Pierre, Jean-François et Christian, 3 cadets de 3ème année, décident d'un mauvais coup: les 2 canots que l'école utilise pour les cours d'aviron sont amarrés au bord de l'étang, sans surveillance... Et au milieu de l'étang se trouve une bouée... l'idée germe dans l'esprit de ces 3 vauriens d'aller amarrer les 2 canots à la bouée. Premier problème: comment revenir après avoir accompli leur méfait... dans un petit hangar au bord de l'étang, pas trop loin de l'école, se trouvent des petites barques et le hangar ne paraît pas trop bien fermé. Nos gaillards se décident donc, subtilisent une barque, et en avant que l'on amarre le premier canot, puis retour vers la berge avec la barque(tte) et deuxième voyage qu'accomplissent Christian et Pierre...mais au retour, alors qu'ils tirent sur les avirons, voilà ti pas que la barque se met à couler et nos deux brigands se retrouvent dans l'eau glaciale de cette fin 1970 à devoir nager pour sauver leurs vies de fripons. Gros problème: Christian ne sait pas nager.... c'est un garçon qui a 19 ans avec des problèmes d'acné et d'apnée... ce n'est pour la natation qu'il s'est engagé dans la marine et il n'a jamais envisagé la possibilité de se retrouver dans l'état de poisson, surtout pas, ô déshonneur, d'eau douce. Heureusement, Pierre lui vient en aide et le remorque jusqu'au rivage sous le regard moqueur de Jean-François, qui n'a même pas réalisé le danger que vient de courir l'un des 3 congénères. Ils reviennent comme deux poules mouillées mais pas peureuses vers l'internat et réussissent à réintégrer le bâtiment sans se faire remarquer. Par la suite, personne ne dira mot de ce haut fait de mutinerie, ...je l'ai appris bien des années plus tard de la bouche de l'un d'eux, avec qui j'avais navigué.

Autre anecdote... à la veille de la bloque de juin 1971: je suis viré de l'internat pour mauvaise conduite à table (j'ai renversé sur la nappe le contenu d'un plat de pâtes que je ne trouvais pas à mon goût) ainsi que 2 autres cadets. Je serai appelé chez le directeur qui envisagera d'abord un renvoi pur et simple de l'Ecole mais s'adoucira ensuite pour me renvoyer uniquement de l'internat.
Nous finirons donc notre 3ème année comme locataires à la Zeemanhuis (un hôtel pour marins d'Anvers) et pourtant nous réussirons tous les 3 les examens de fin de Zeevaartschool et obtiendrons donc notre brevet d'aspirant au long-cours en juillet 1971.

A +


Photos:
1. Dernières photos du navire école Montalto 2. Reine Fabiola: Stokart et Van Houcke, dans "Tournez Manège" 3.Rose, l'homme qui a essayé de marcher sur les eaux du Noordkasteel. 4. Le "Jeeks" de la Zeevaartschool au Nieuwe Moriaen en 1970.

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