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news des marins

Histoire de Alain VanHoucke Zingle épisode 5

25 Mars 2015 , Rédigé par Alain VanHoucke Zingle Publié dans #Histoire

Suite (5)

... Il me revient le nom d'un autre cadet de notre prom': un certain Jean-Marie Billon, qu'est-il donc devenu? C'est en lisant ce nom d'une autre personne du groupe que je m'en suis souvenu. Aussi Michel Gicart, Edmond Van Damme, Eric Vanhaelen, Jean-Pierre Barthelemy,...et bien sûr, celui que je n'avais pas mentionné, le dernier d'entre nous peut-être à encore parcourir les océans en 2015, Christian Rose, dit "Rosita", l'homme aux 7 vies (sans "C" bien que sensé), à la carrière plus variée et plus étonnante que tous les épisodes de Star Trek réunis.

Christian Rose: après avoir commencé sa carrière à l'UBEM il émigrera vers l'Afrique du Sud pour travailler quelques années dans le port de Richardsbay avant de reprendre du service comme "Captain-playboy" sur un grand voilier, le Star Clipper... croisières,chant des sirènes, plages et parties fines, sable chaud et toutes voiles dehors. ... Quelques photos ne suffisent pas à exprimer ce qu'est le blues...

Autre oubli de ce début de récit, qui me rappelle inexorablement le temps qui passe et la mémoire qui défaille: l'épisode "John Van Hoorickx" , le seul, l'unique pirate des Caraïbes dont la grotte aux trésors se trouvait à Anvers, le faiseur de costumes, le détrousseur de trousseau :

- John Van Hoorickx... qui en 1968 a RÉUSSI à me fourguer: 1 uniforme "numéro 1" de sortie, un battle-dress pour la semaine, un uniforme blanc des tropiques, un uniforme kaki avec veste assortie, 2 bleus de travail (qui étaient kakis), 4 paires de chaussettes d'été, autant de chaussettes d'hiver, le tout en noir mais aussi en kaki et en blanc, les slips (longs et courts) et chemisettes assorties, le képi noir et ses coiffes blanches et kaki, les épaulettes de chemises et les chemises blanches et kaki, manches longues et manches courtes, un anorak bien chaud à gros boutons de nacre pour les voyages vers les pôles, le ciré, son pantalon et son chapeau de pêcheur d'Islande, la gabardine bleue marine, une ceinture de cuir noir, les bottes en caoutchouc, les chaussures, les bottines et les gants de travail, un épissoir en bois, un couteau suisse, des mouchoirs (pour les larmes des au-revoir), des enveloppes "air-mail" et leur papier ultra-fin assorti...

- John Van Hoorickx... qui en 1968 a TENTÉ de me fourguer un râteau de jardinier, une pince de dentiste, une seringue usagée, des préservatifs en laine pure-vierge (Durex n'existait pas encore), une chambre-à-air de tracteur Maccormick, la brosse à dent estampillée "Burreau Veritas" et même (horreur et désespoir) une paire de galons de chef-steward, ces affameurs qui sévissaient encore sur les navires marchands de l'époque.

Ce bandit de grand-chemin (ou de loxodromie), était tapi (comme Bernard, son frère en arnaques?) dans le hall d'entrée de l'ESNA lors de la session d'examens d'entrée, et il profitait de notre naïveté ou de notre étourderie pour nous emmener 4 par 4 dans sa belle américaine jusqu'à son magasin situé sur les boulevards. Pas le temps de dire "Oef" (en flamand) que l'on se retrouvait dans une cabine d'essayage (et non de passager) avec ce "coupeur de tissus en quatre" qui vous mesurait sous toutes les coutures avant de repartir vers l'école pour la fournée suivante, un vrai caboteur, en vous abandonnant devant sa vitrine, ...le mal était fait.

Mes parents n'ont pas dû rigoler en recevant la facture, qui s'élèverait de nos jours à plus de 3000 Euros....et la question se pose: quel en était le pourcentage qui passait de la poche de Van Hoorickx au portefeuille du Directeur de l'ESNA....pour que celui-ci tolère l'intrusion d'un tailleur dans le hall de son école..... sans oublier qu'il n'était pas le seul tailleur de marine de la ville d'Anvers, mais bien le seul à jouir des faveurs de notre direction.

Le magasin Van Hoorickx était situé à quelques encablures du fameux Rattekot, le bureau d'embauche pour marins, un antre mal famé fréquenté par des marins en attente de partance, sombre et enfumé, où dès le matin les effluves de bière mal digérée se mêlaient aux volutes de fumée des Saint-Michel vertes, des Johnson, des Richmond sans filtre, des Gitane papier maïs. Plus tripot que bureau, musée vivant des plus beaux tatouages, qui étaient encore l'apanage des gens de mer et des légionnaires, les seuls dignes de les porter.

Et tout à côté du Rattekot les cafés mythiques, ouverts nuit et jour, chez "Dikke Mit" de "vuile Emma", le "Blue Tax" ou encore le "Viking" de Ben l'égyptien. Je les ai fréquentés, comme officier de pont , et je n'en suis pas peu fier... peu de gens du "staff" y allaient, par fierté sans doute, par peur des matelots aussi.

Au Rattekot, on recevait un numéro d'ordre , le "volgnummer", et à partir du moment ou le numéro se rapprochait de la tête de la liste il fallait s'y rendre tous les jours pour pointer "stempelen". Même le marin qui habitait Arlon, à l'autre bout de la Belgique, devait y venir chaque jour avant l'enrôlement sur un navire. Le Rattekot, c'était le lieu de rassemblement des "Zeeratten", ces rats de mer... "rat de mer", sans doute une déformation du mot "zeerot", chien de mer... A cette époque uin terrien était surnommé "landrot" en opposition aux "Zeerotten" , les marins. Le local d'enrôlement aurait pu s'appeler "Zeerot", ... c'est devenu "Rattenkot". Finalement, un beau nom, qui lui allait comme un "gland".

A cette époque seuls les commandants et les officiers étaient sous contrat avec une compagnie. Tous les autres enrôlaient ici, au hasard des navires qui revenaient à Anvers et où il fallait compléter l'équipage. Trois refus d'enrôlement et c'était l'exclusion.

Mais je vous ai assez tenu l'aileron, encore un poème d'Oscar de Vrieze et ce sera tout pour aujourd'hui, où il est question de de la création des marins. ... A l'usage des belges qui parlent la langue de Vondel....Et comme disait le cadet lors de son entretien d'embauche au préposé qui lui demandait s'il savait nager: "Pourquoi, y'a plus d'bateaux?"

God schiep lucht, hemel en aarde,
goedheid, deugd en alles van waarde,
vissen, mensen en dieren
maar geen zeevaartofficieren.

Zulke lelijke creaturen
schiep de duivel in zijn overuren.
Hij maakte het zodanig bont
dat hij een kapitein uitvond.

Het zondagswerk voor zo'n vent
was natuurlijk aan 200 percent.
Het ergste was dat hij aan zo'n onnozelheid
meer dan vier uur heeft gewijd.

Maar God, de schepper, was ontevreden.
Daarom creëerde Hij zelf de bemanningsleden
en om ze weg te houden van verderf en bedrog
belastte Hij hen erfelijk met een dagje Log.

Werkelijk, de Heer heeft alles voorzien,
zelfs een manklopende machine
en om de lekken te beperken,
liet Hij de machinisten werken.

Maar de duivel in zijn boosheid,
beging een grote stommiteit:
om het voeden van zijn mannen
schiep hij "potten en pannen".

Hij heeft nooit niet kunnen wensen
dat de keukenmensen
met hun etensresten
gans het schip verpestten.

Toen in de oude tijd
de Schepping werd uitgebreid,
brachten kakkerlakken en mieren
de pest der radio-officieren.

Zo'n schone beesten
werden, zoals de meesten,
langs alle kanten
heel verre bloedverwanten.

Dit was de eerste trip
van een Belgisch schip:
kust; zee en haven
vrouwen bedden en slaven.

Tegen de kaai, heeft men gedacht
aan het nageslacht
want men kan nooit weten
dat een zeeman wordt vergeten…

Tentative de traduction, sans les vers ni les verres, c'est ni l'heure de la pêche ni celle de l'apéro:

Dieu a créé l'air, le ciel et la terre
Toutes ces belles et bonnes choses
Les poissons les gens et les animaux
Mais pas les officiers de marine

Ces affreuses créatures
C'est le Diable qui les a inventés
Et pour terminer le boulot
Il créa même le capitaine

C'était par un beau dimanche
Lorsque les heures sont payées double
Et pour cette dernière trouvaille
Il lui fallut 4 heures supplémentaires.

Mais Dieu, le créateur, n'était pas satisfait
Il fallait aussi des matelots,
Et pour les garder de toutes mauvaises pensées
Il créa le travail non rémunéré, "jour de log".

Vraiment Dieu avait pensé à tout,
Même à une machine haletante
Et pour en réparer les fuites
Une bande de mécaniciens.

Mais le Diable dans sa malfaisance
Commis une grossière erreur
Pour nourrir tous ces humains
Il inventa les "potten en pannen" (les pots et les poëles)

Est-il possible qu'il ait prévu
Que ces affameurs avec leur nourriture avariée
Allaient empester nos navires?

Lorsque quelque temps plus tard
La création repris son cours
Les cancrelats et les fourmis
Vinrent avec les marconistes.

Toutes ces bestioles étaient
De près ou de loin
issus d'une même lignée
parents peu ou prou éloignés.

C'était le premier voyage
D'un navire sous pavillon belge
La côte, la mer, les ports,
Les femmes, les lits, les escales.

Sur les quais, a-t' on jamais pensé
A leur descendance?
Car on ne sait jamais...
Un marin peut-être oublié.

Photos:
1.2. Christian Rose, commandant sur le Star Clipper
3. La marque John Van Hoorickx dans un képi d'officier de la marchande
4. A Lombardzijde: quelques cadets de ma promotion, Giovanni Squara, alain Van Houcke et quelques congolais.

Histoire de Alain VanHoucke Zingle épisode 5
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