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news des marins

Naufrage du Mansfeld

30 Mars 2015 , Rédigé par Alain VanHoucke Zingle Publié dans #Fortunes de mer

Cela se passe le 14 février 1986, je commande le porte container m/v Antwerpen. Nous venons de Felixstowe, à destination de Fos sur Mer. Vers 9h du matin, nous dépassons un navire école allemand, le Mansfeld. A 12h20, le Mansfeld envoie un SOS: il est en flammes et va évacuer son équipage. Nous faisons demi-tour et sommes les premiers à arriver sur le lieu du drame... la suite demain...

Naufrage du Mansfeld
Naufrage du Mansfeld

L'équipage du Mansfeld ne peut plus s'approcher de ses canots à cause des flammes. A l'exception du commandant et de 2 autres membres d'équipage, les autres sont réfugiés sur le pont, à tribord avant. lls nous demandent d'envoyer notre canot. La mer est assez grosse. La fumée de l'incendie empêche notre navire de s'approcher sous le vent car nous n'y voyons plus rien , alors qu'avec nos containers sur le pont, nous dérivons plus vite que le Mansfeld. Nous sommes obligés de rester au vent et d'agir vite. J'envoie un canot, avec le premier stuurman, Régis Borremans(?), le 3ème, Paul Clerckx, que l'on voit sur la photo, ainsi que le 3ème mécanicien, Luciano Montina, et 2 matelots.

Naufrage du MansfeldNaufrage du Mansfeld

...Entretemps, un caboteur hollandais est arrivé. Huit membres d'équipage du Mansfeld qui sont montés à bord d'un radeau de sauvetage seront récupérés par le caboteur.
Notre canot se dirige vers le navire et s'amarre le long de sa coque. Petit problème: comme notre canot se trouve au vent, avec force 5, il est fameusement secoué et il faut laisser tourner le moteur,... hors l'amarre arrière se prend dans l'hélice et ils n'arrivent pas à la décrocher. Le moteur est hors d'usage, Nous prenons 7 personnes dans le canot, mais les allemands hésitent à descendre le long de l'échelle, surtout pour monter dans un canot en panne. Nous décidons de ramener le canot à bord... à la rame "Haal op gelijk"... et il faut le faire, ramer dans du force 5.
Le caboteur refuse d'ailleurs de mettre son canot à l'eau à cause du mauvais temps.
Un autre navire arrive aussi sur les lieux, de la même compagnie que le Mansfeld (est-allemand... avant la chute du rideau de fer). Il décide de prendre tout l'équipage du Mansfeld à bord...

Naufrage du MansfeldNaufrage du Mansfeld

Photos de notre canot à l'aller (Régis Borremans, 1er off, Paul Clercx, 3ème off, Lucien Montina, 3rd eng, et un matelot, Osvaldo Gomez) et au retour avec 7 allemands en plus (le chef steward, le chef coq, un officier instructeur et 4 élèves mécaniciens). Comme on peut le voir, les gars sont en train de chanter "hisser ho" (sur l'air de Lili Marlène?) et surtout de souquer ferme...et bien qu'étant au large, ils n'en mènent pas large...finalement ils accosteront le long du bord (ce qui était le but du jeu) et remonteront par l'échelle de pilote.
Petite remarque: les allemands de l'Est étaient bien mieux équipés que nous en équipement de sauvetage, il suffit de voir les combinaisons qu'ils portent.. les équipages des navires belges à cette époque n'étaient pas gâtés.
Le soir, après les avoir accueillis avec un verre de schnaps, et les avoir rassasiés d'une bonne choucroute, pour les remettre de leurs émotions je leur ai passé une vidéo que j'avais à bord: Das Boot, l'histoire d'un sous-marin allemand pendant la guerre. Vrai de vrai... Je ne voulais pas les dépayser après leur mésaventure.

Naufrage du MansfeldNaufrage du Mansfeld
Naufrage du MansfeldNaufrage du Mansfeld

Bon, pour moi, la page était tournée, mes sept allemands sont à bord et je reprend ma route vers Marseille (Fos sur Mer). A l'arrivée au port, nous eumes droit à une petite réception avec vin d'honneur en la présence du consul d'Allemagne de l'Est et de quelques autorités locales. J'espérais être décoré d'une "croix de fer avec feuilles de chêne" , mais il paraît que cela ne se faisait plus depuis 1945...

Et le Mansfeld, me direz-vous?

Ben lui, il continuait à dériver en direction de la côte portugaise , sous la force du vent qui avait tourné à 9 Beaufort, avec à son bord le commandant, un officier et le chef mécanicien.

Le 16 février, deux remorqueurs portugais, le Palenca et le Charneca quittent Lisbonne pour lui porter secours, au large de Figueira da Foz. A cause de la tempête, ils n'arrivent pas à le prendre en remorque et sont même obligés à chercher refuge dans le port de Leixoes.
Pendant la manoeuvre d'approche du port, Le Charneca est touché par des vagues de 10 mètres qui pénètrent dans la passerelle causant des avaries graves. La machine est en panne et le remorqueur n'a plus de gouverne. N'étant plus maître de sa manoeuvre il heurte la jetée d'entrée du port de Leixoes et coule, 7 membres d'équipage se noient,... il n'y aura qu'un seul rescapé qui sera rejeté par les vagues sur la plage de Matosinhos..

Le Mansfeld va venir s'échouer a proximité de Leirosa, au sud de Figueira. Les membres de l'équipage encore à bord seront hélitreuillés.

Hé oui, triste fin, pour une histoire qui de toute façon avait bien mal commencé...

Quant à l'Antwerpen nous avons continué notre voyage destination l'Australie et la Nouvelle-Zélande... sur la photo, l'Antwerpen passe le long de l'Opera House de Sydney.

Naufrage du MansfeldNaufrage du Mansfeld
Naufrage du MansfeldNaufrage du MansfeldNaufrage du Mansfeld

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