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news des marins

Histoire de Alain VanHoucke Zingle épisodes 12 & suivants

3 Avril 2015 , Rédigé par Alain VanHoucke Zingle Publié dans #Histoire

SUITE (12) ... et rubrique plus "12" que la semaine dernière...

Le 3 février 72 je débarque du Montalto après 4 mois de voyage et le 27 février, trois semaines plus tard, je repars sur le Monthouet, son sister-ship, destination Amérique du Sud, ou plus exactement Brésil. Et oui, en ce temps-là (comme le chantait Pierre Bachelet) il n'était pas encore question de 6 mois de congés par an...on devait naviguer 9 mois pour obtenir 3 mois de vacances annuelles.
Mais surtout, comment refuse d'enrôler sur un navire qui quitte l'Europe en février pour aller vers le soleil du Brésil, à Rio, Santos et Salvador de Bahia, malheureusement un peu en retard pour le carnaval.

Les autres officiers du navire:

D'abord le commandant, Jean Vaneberck, dit "le Gros", un sympa un peu mytho, comme beaucoup de marins, ... il suffisait de diviser par 10 ce qu'il racontait pour connaître le double de la vérité. Ainsi il m'a prétendu avoir tué le dernier loup de Belgique depuis la fenêtre de sa chambre... et je crois qu'il habitait du côté de Jodoigne, pas tout à fait en forêt: je ne sais s'il parlait d'un loup-garou ou d'un lou-bar (poisson de haute mer, appelé aussi Renaud).

Le premier officier: Alfred Matisse, un gars de la Molignée, qui deviendra commandant peu de temps après. Pas de problèmes avec Alfred, un gentil.

Deuxième officier: Luc Vanooteghem, accompagné de son épouse.... donc coincé... Tiens, savez-vous comment on dit "épouses" en espagnol? "esposas"... et menottes? ben c'est la même chose, "esposas". Hasard?

Troisième officier: Wilfried Peeters, un marin qui aimait la mer et la bière, la navigation et les escales, et qui en grand spécialiste de la stabilité (ou de son contraire) remontait le gangway à 4 pattes après une sortie un peu trop arrosée.

L'officier radio: Jean Gouhie. Au cours de ce voyage, Jean fera la connaissance d'une brésilienne, qu'il épousera quelques années plus tard. Il arrêtera de naviguer et travaillera d'abord pour la SAIT à Rio avant de fonder sa propre société de télécommunications. La famille Gouhie était une famille de marins: le frère de Jean, Hugo, était aussi officier radio, comme son épouse, Marguerite Adam, qui fut la première femme dans ce grade en Belgique. Et plus tard, étant devenu professeur à l'ESNA, je donnerai cours à leur fille, Sabine Gouhie, qui sortira première de sa promotion, naviguera comme officier de pont avant de s'expatrier en Yougoslavie. Il y a ainsi des familles qui portent haut l'amour de l'océan et de l'aventure.

Parmi les officiers mécaniciens, je me rappelle particulièrement de Jean Lebrun et Albert Vrancken, mes parrain et marraine de guindaille, qui m'ont fait découvrir l'Avenida General Camara et le Sweden Bar... rien que pour cela ils méritent une place particulière dans mes souvenirs.

...Nous accostons à Santos un dimanche matin. Les opérations de déchargement ne commenceront que le lendemain matin. Etant 4ème officier, je ne suis pas prioritaire pour les sorties, et les deux autres "stuurmannen" me proposent donc de sortir en début d'après-midi et de rentrer en soirée pour leur permettre d'aller à terre à leur tour.
J'accompagne donc Jean et Albert en début d'après-midi et en avant direction le Sweden Bar...et les heures y passent très vite, entre les cuba-libres et les filles qui dansent sur le comptoir. Une d'elles me plaît particulièrement. Moi qui suis sensé rentrer pour 6 heures à bord, je vais en effet rentrer à 6 heures, mais le lendemain matin. Grosse engueulade du premier officier qui m'envoie chez le "vieux"... qui me passe un savon... ce qui ne m'empêchera nullement de remettre ça toutes les nuits pendant les 2 semaines que durera notre escale à Santos. Autant se faire engueuler chaque jour et profiter de la vie, surtout quand on a 21 ans. Les 2 autres officiers devront finalement sacrifier leur ancienneté à mon ardeur. Heureusement pour moi: le second ne sortait jamais bien tard, à cause de son épouse ("esposas" je vous dis), et le 3ème terminait ses soirées assez tôt pour cause d'instabilité... c'est à ce moment que sonnait mon heure et que je décampais vite fait.

Pendant les journées de travail, il y avait également la pause de 10h00 à 10h30: cela s'appelle normalement le "coffee time"... mais amarré à proximité de la General Camara comme le navire l'était, on courrait vite de l'autre côté du "gate" pour le cuba-libre time"... la belle vie, je vous dis... si la marine avait toujours été ainsi...

C'est à pareil comportement, souvent répété par la suite, que je devrai d'être le dernier de ma promotion à devenir 3ème officier... et je n'en ai aucun regret! Vive la "ribote" comme on dit chez nous, les wallons!... et pour ceux qui ignorent le sens du mot "ribote", en voici quelques synonymes: bringue, guindaille, noce, goguette, ribouldingue ou ripaille.

Les escales de Bahia et de Rio seront plus raisonnables. Fallait penser à faire quelque épargne pour les vacances qui suivraient. Et après 4 mois à bord je dérolerai, car nous sommes déjà en juin et on a beau aimer la mer, il y a autre chose de très important pour un florennois et cela s'appelle la Saint-Pierre de Florennes, une fête folklorique qui a lieu tous les ans, depuis 200 ans environ, lors du premier week-end de juillet. J'ai commencé à y participer dès l'âge de 3 ans, j'en ai 65 et ça me plait toujours autant. Par la suite je m'efforcerai de prendre mes congés pour cette période et il m'arrivera de refuser l'enrôlement sur un navire quelques jours avant cette fête.

Et pour les anciens, une copie de la liste d'équipage, où vous retrouverez peut-être des connaissances??

Photos:
- Le Monthouet
- La General Camara de Santos vue depuis un navire
- Andrea, ma copine de Santos
- la crew list du Monthouet.
- mon carnet de marin.

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Suite 13 et bonjour "Fiers Marins"... pour employer l'expression de Pierre Michotte,

Suite 13... mais Vendredi 10...

Et je me rappelle tout à coup d'une aventure, ou expérience (?) qui m'est arrivée en 1971... lors de mon tout premier quart en tant que jeune promu 4ème lieutenant sur le Montalto, pendant le quart de nuit 04-08, comme assistant du 1er officier.

... Il fait encore nuit noire, nous avons quitté Anvers 36 heures plus tôt, et naviguons en direction d'Ouessant. Autour de nous on aperçoit les feux d'autres navires.
Le premier est assis sur un tabouret à tribord de la passerelle. Moi je suis sur un tabouret côté babord.
J'observe depuis un moment les feux d'un bateau de pêche sur tribord qui semblent se rapprocher. Malgré mon manque d'expérience il me semble que la situation devient délicate et que le navire s'approche de plus en plus...
Je regarde dans la direction du premier, ou plutôt de son "ombre sombre", qui ne semble pas moufter... bon, il sait ce qu'il fait, c'est lui le chef de quart... encore une minute d'hésitation et enfin je me lève de mon siège, me dirige vers l'officier et je perçois alors un ronflement que je n'entendais pas depuis mon tabouret, assourdi par le bruit de la machine et des instruments de bord... le premier est bel et bien endormi et n'a rien vu venir.
Je tousse très très très fort, histoire d'attirer son attention, ... il sursaute, regarde l'horizon, se lève précipitamment, m'enjoint de prendre la barre et hop! Tribord toute... le pêcheur passe sur l'avant et en une minute se retrouve à babord, et nous, nous revenons lentement sur notre route initiale, du côté de 225º peut-être.
Je crois sincèrement qu'il y avait deux coeurs qui battaient plus que de normale ce matin là, et pas parce qu'ils venaient de découvrir l'amour...

Ce sera la première fois que je verrai un officier de quart dormir sur une passerelle ... et malheureusement pas la dernière.

Ensuite viendront mes 2 voyages sur le Monthouet que je vous ai contés la semaine dernière .

Après le dérôlement du Monthouet en juin, je réenrôle sur le même navire le 30 Août 1972 de nouveau pour le Brésil... mais le jour même du départ je fais une chute de moto et il m'est impossible de partir.

Finalement je repars mi-octobre sur le Jordaens avec le commandant De Groote André destination l'Afrique de l'Est...3 mois. Le 1er est Guy Bosquet, le second Raymond Bogaert (dont le fils et la fille feront l'Ecole de Navigation par la suite et navigueront comme officiers de pont), le 3ème est un gars de ma promotion: Christian Demuynck. Moi je suis encore et toujours 4ème. Le marco, c'est Pierre Watrin. a la machine: Wijns, Merckx (qui ne gagnera jamais le Tour de France) et aussi Adolfo Olivieri, un super bon copain celui-là. Déjà des espagnols et des portugais parmi les matelots, mais tout de même quelques belges dont Raecke, Allemeersch, Dedain Marcel, Ernest Grossklos, James Vandemeersche, Léo Manfroid, Daniel Monnom.

Encore 35 membres d'équipage sur un cargo en 1972.

Ensuite le Montaigle, avec René Chasseur, Pierre Bruyelle, Georges Tillemans, Richard Kremer (salut Richard si tu me lis, je sais que tu fais partie du groupe), Louis Grignet, Jacques Naze, Eugène Derwa, etc..

En regardant la liste d'équipage je m'aperçois que l'équipage est réduit à 29 sur un cargo en 1973...

J'en dérôle le 4 avril 1973 à Rotterdam car je me marie le 7. Erreur de jeunesse.

Suit le m/s Moero du commandant Roland en avril 1973. Mon premier officier: José Liétard.
Sacré José... je plains encore aujourd'hui le 2ème officier Dominique Vanacker.
Pour le quart de mer du matin, le premier n'arrivait jamais sur la passerelle avant 4h30 ou 4h45 du matin.
Au début du voyage ,Dominique l'attendait à la passerelle, puis après deux ou 3 semaines il a commencé à aller s'asseoir dans la chambre du premier , au pied de son lit, où il mangeait l'une après l'autre les friandises qui étaient sur la table de nuit: c'était le moyen le plus efficace pour le faire se lever... je n'irai pas jusqu'à employer le mot "réveiller"... il y a des limites tout de même.
Moi j'étais à la passerelle depuis 3h50.

En passant, un bon conseil à ceux qui me lisent (ça ne devrait pas être un conseil, mais un ordre d'ailleurs):
Celui qui monte de quart doit arriver sur la passerelle 10 minutes avant. Celui qui descend quitte la passerelle 5 à 10 minutes après.
Cela donne un bon quart d'heure pendant lequel les 2 officiers se transmettent le quart et les instructions particulières.
Sachez aussi qu'un nombre élevé de collisions entre deux navires ont lieu aux environs des changements de quart, lorsque les officiers sont moins attentifs: celui qui va descendre rempli son journal de bord, vérifie la position, et oublie un peu la vigie. Celui qui monte arrive parfois en retard, l'autre alors s'énerve, quitte la passerelle trop vite alors que l'autre n'est pas encore habitué à l'obscurité, la transmission de quart se fait à la va-vite, etc, etc...
Un autre conseil, tout aussi important: quand vous reprenez le quart, vérifiez le bon fonctionnement de tous les instruments. Il m'est régulièrement arrivé de constater que des officiers ne savaient pas régler correctement un radar par exemple.

Mais revenons-en à nos moutons et surtout à celui qui aimait tant les compter, mon bon José...
Moi j'étais donc sur la passerelle, Dominique était descendu... souvent j'entendais s'ouvrir la porte de la chambre des cartes vers 04h45.
Ensuite des bruits de pas feutrés, il faut dire qu'il montait en pantoufles, faut le comprendre, il n'est pas encore 5h, même les poules dorment encore...
Un rideau qui s'écarte (et oui... sur ces vieux navires, la chambre des cartes était encore séparée de la passerelle par une porte fermée au moyen d'une tenture bien épaisse, pour ne pas laisser passer la lumière)... Une tête ébouriffée qui apparaît, ... c'est celle du premier... et une voix mal assurée qui me dit: - "Alain, je me repose encore un peu, Ok?"... et notre premier s'étendait dans le sofa de la chambre des cartes pour se réveiller vers 06h00, l'heure à laquelle le bosco venait prendre ses instructions pour le travail du jour.

Je me rappelle particulièrement d'un petit matin... de la tête de José qui passe par la porte et d'une voix qui dit: "Alain, ..la visibilité est bonne, je me repose encore un peu"... ce jour là pourtant on n'y voyait pas à 3 cables et j'envoyais les signaux sonores à des intervalles de 2 minutes....

Ce voyage-là je peux dire que j'étais chef de quart malgré mon grade de 4ème lieutenant. Le profond sommeil du premier m'aura finalement permis de faire une promotion comme chef de quart "officieuse", même si le salaire n'avait pas encore suivi. On ne m'appelait pas encore 3ème officier, on aurait pu m'appeler 3ème "officieuse".... mais je ne suis pas de ce bord là, mon bon mossieu...

Je dérôlerai du Moero le 22 juin... après seulement 1mois et 27 jours à bord...pour la fête de mon village, la Saint-Pierre, début juillet ... je vous l'ai déjà dit l'année passée à la même date, je ne vous le rappellerai plus.... qu'une fois par an.

Documents joints:
Listes d'équipages et photos des Montaigle, Moero et Jordaens.

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Suite 14.

En feuilletant un "vieil" album de "vieilles" photos jaunies, je retrouve quelques "vieux" clichés de "vieux" copains d'antan...

Photo 1. Les casoars casqués de la Zeevaartschool ...on devine de bas en haut Charlier, moi, Pierre Pissoort, Gicard, Estiévenard, Quentin Maryssael et peut-être Robert Buyle ou Squadra??? Non, c'est pas le carnaval, c'est l'instruction obligatoire de 6 semaines au camp militaire de Lombardzijde, avant le départ sur le navire école , le Montalto... donc en septembre 1968... casques parapluie? (pour les curieux: le casoar casqué est l'oiseau le plus grand après l'autruche).

2. Pierre Pissoort et Gicard, le premier deviendra commandant , le second ne terminera pas l'école d'Anvers.

3. Pierre Pissoort et ???, en uniforme de cadet de la Marine Marchande, sur le quai à Lombardzijde.Temps hivernal donc uniforme bleu.... l'uniforme, pas un de mes copains celui-là ... un jour j'en parlerai plus longuement...

Photos 4.5.6.7.8.9. Nous avions formé un groupe rock pendant nos années d'études à l'Ecole de Navigation d'Anvers. Chaque soir, on se retrouvait, à 5 ou 6, dans la salle de matelotage, au sous-sol, au milieu des maquettes de navires, de mâts de charge et des cadres de noeuds marins. Le meilleur musicien d'entre nous c'était Karel Genbrugge, surnommé "De Lange", vu sa taille. Guitariste, claviériste, batteur. Moi je suis à la guitare rythmique, une vieille guitare Hofner de 1950 qui valait son pesant de cacahuètes et qu'un copain à qui je l'avais prêtée ultérieurement m'a bêtement bousillée, ... Au saxo: Aimé Dierinckx, futur commandant puis pilote de mer, pensionné, comme Karel. On reconnait aussi Eddy Titeca dit "Tit" au chant, Karel Puystiens dit "Pusje", futurs pilotes de mer, et Peetz aux drums. Le fils du "Pusje" fera l'école d'Anvers dans les années 2000 et m'aura comme prof et même comme promoteur de sa thèse de fin d'études. C'est un super guitariste et un bon marin.
J'oubliais il y avait aussi un gars de la section machine, bon bassiste, un certain Douny je crois...

10.11. Marrante cette photo car les deux bonhommes suivront des carrières parrallèles: internes de l'Ecole de Navigation, mais virés de l'internat en même temps en mai 1971, ensuite pensionnaires forcés à la Zeemanhuis, puis 7 ou 8 ans à la Compagnie Maritime Belge de 4ème à 1er officier, suivi d'une saison estivale sur les malles Ostende-Douvres, et pour terminer commandants pendant de très longues années chez ABC Containerline, un petit passage par Ecuadorian Line, et pour couronner le tout (un bien grand mot) professeurs à l'Ecole de Navigation. Sur la photo: en tout début de carrière sur le Reine Fabiola de Fina en 1969... Jean-François Stokart et Alain Van Houcke, deux cadets au long cours entre deux années d'études ... En voyant ces deux photos cela me fait penser aux jeux de plage... sur la première, à chaque tour de treuil je devais renverser des quilles en bois qui étaient posées au sol..., quant à la deuxième, elle est prise juste avant le plongeon du grand tremplin... avec bien sûr sur la tête deux des casques de la photo 1... pas cons les petits belges... rien ne se perd.

Mais ces vieilles photos n'arrêtent pas le sablier du temps... et j'ai, pour reprendre le fil de mon histoire, dérôlé du Moero, comme vous aviez pu le lire la semaine dernière.

Et puis vient la fin de mes vacances d'été 1973... et là... MIRACLE: la Compagnie Maritime Belge me propose de partir comme 3ème lieutenant, "Derde Stuurman" en flamand, sur le Joseph Okito, de la Compagnie Maritime Zaïroise... une filiale de la première. Le Zaïre s'est en effet doté d'une flotte marchande depuis quelques années. La plupart des officiers sont de nationalité belge, bien que le chef mécanicien ainsi que son 3ème, son 4ème et l'officier radio soient des congolais. Tout l'équipage subalterne provient lui de Matadi ou de Boma.

Le voyage: Afrique de l'Ouest - Méditerranée, donc côté soleil... Ce sera une constante dans ma carrière: je fuirai comme la peste tout ce qui sent la neige, le gel, les tempêtes hivernales et le brouillard des hautes latitudes. Quitte à naviguer, autant le faire en short et T-shirt qu'en ciré et pull rayé. Je préfère les sandales aux bottes en caoutchouc, et la Nivea solaire au combiné "Vickx anti-gerçures". Quitte à prendre des aspirines, que cela soit pour soigner un mal de tête dû à l'excès de cuba-libre du Brésil et non à une grippe du canal de Kiel.

Etonnant... alors que le Joseph Okito figure parmi mes meilleurs souvenirs, je n'en possède pas de liste d'équipage. J'y ai pourtant servi pendant près de 7 mois. Je me rappelle cependant de ses deux commandants, Theunen et Christian Caudron. Du premier officier: Jean-Marie Pochet. Du second, un gars de ma prom, accompagné de son épouse: Yves Gosuin. Le marco, une figure de la marine marchande et du petit monde des officiers-radio, est Christian Parren accompagné de Louisa, sa femme (une vedette celle-là). Pour résumer: une super équipe. Des super voyages. Une super ambiance. On y avait notre équipe de foot, avec des équipements aux couleurs du Zaïre, des drapeaux aux couleurs du Zaïre pour les supporters, et dans chaque port on organisait des rencontres avec d'autres navires... et les 3èmes mi-temps n'étaient jamais les plus tristes...et nos zaïrois savaient taper dans un ballon... loin d'être ridicules les footballers de l'Okito.

En photo: le m/s Joseph Okito était en fait l'ancien "Congo Moko" rebaptisé Joseph Okito, à l'époque ou Mobutu, président du Zaïre, essayait de se concilier les faveurs des anciens lumumbistes dont il avait fait exécuter le chef quelques années plus tôt. Si cela ce n'est pas une leçon de cynisme...

Quant aux voyages: Marseille, Venise, Gênes, Trieste, Rijeka, Abidjan, Douala, Pointe-Noire, Matadi, Boma, Lobito, Canaries... pas mal comme escales, non? Et tout cela sur un cargo, pas sur un "pue-le-pétrole" qui s'amarre au bout du monde... nous on s'arrête devant les vitrines, on descend le gangway et on est en ville. J'en connais qui râlent mais ne l'avoueront pas... à chacun ses petites misères... on n'était pas riche en dérôlant, mais on ne naviguait pas pour cela non plus !!!

Par la suite, étant prof à Anvers, je n'ai jamais bien compris cette motivation des jeunes: on allait là où ça payait le mieux. Ben non, ce n'est pas comme cela que je conçois l'amour de la mer, et l'envie de rester marin.... mais là est peut-être le problème: qui veut encore "rester" marin de nos jours? Il faut dorénavant remplacer la Nelson de nos galons par le sigle du dollar, ce sera plus honnête, je crois.

Comme disait Olivier de Kersauzon: "Parfois, j'en arrive à penser qu'on est passé d'un monde d'aventuriers à un monde d'arrivistes, mais je vais faire hurler en écrivant cela. Le risque ayant considérablement diminué,sont arrivés d'autres profils d'hommes. Souvent moins romantiques. Moins enchanteurs,moins littéraires, moins contemplatifs. Plus scandaleusement réalistes, très éloignés de la destination première: la mer. Ils sont souvent dépourvus d'érudition maritime"....

Allez, ça "suffa comme ci", et...Bon week-end, mes couilles (de Nelson bien sûr).

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Suite (15)

J'en suis à mon enrôlement sur le Joseph Okito. Et de nouveau, un super commandant... Christian Caudron. Une famille de marins les Caudron: le père avait été premier officier pendant la seconde guerre mondiale, avait d'ailleurs coulé avec un navire avant d'être récupéré par un navire militaire anglais. Il était ensuite devenu commandant, mais son expérience de guerre l'avait amené à boire, et il en tenait son surnom: le "zatte" Caudron... paix à son âme... ensuite ce sont ses deux fils, dont Christian qui deviendront commandants à leur tour, l'un à la CMB et l'autre à la Frubel.

J'apprendrai à mieux connaître Christian (qui habitait la région de Mons) par la suite quand je serai son premier lieutenant sur le Teniers en 1977. Le genre de commandant qui sait vous faire apprécier la vie en mer et prend la vie du bon côté. Christian et son setter irlandais... qui parfois goûtait aussi à la Lamot du bord et se payait de fameuses migraines... et que dire des navires zaïrois...et de cette mentalité si particulière des équipages congolais, des marins vrais de vrai, qui gardaient un peu de ce côté corsaire des navires à voile d'antan. Toujours le sourire, mais qui obéissaient au doigt et à l'oeil au bosco, congolais lui aussi. Tiens, comment appelait-on déjà le chef mécanicien en zaïrois? Le chef "makala"?

Après le Joseph Okito, l'année 1974 va être une année "minéraliers": d'abord 3 mois sur le Mineral Alegria avec le commandant André Larcin et ensuite 2 mois sur le Mineral Seraing avec le commandant Roland, que j'ai déjà connu sur le Moero .

Pour résumer ces voyages: les minéraliers et les pétroliers, pas ma tasse de thé... mais les general-cargo, ma tasse de cacao.
Deux consolations:
1. Retour vers le Brésil avec le premier navire et ensuite Sept-Iles au Canada, à l'embouchure du fleuve.
2. Un super-commandant sur le second, et 2 voyages vers Nouadhibou pour y charger du minerai de fer.

Lors de mon voyage vers le Canada sur le Mineral Alegria, nous avons été confrontés aux icebergs. Nous avions reçu un "Ice Report" qui nous en signalait sur notre route en approchant des côtes. Nous étions 4 sur la passerelle, moi comme chef de quart, un matelot de vigie, un timonier et le commandant Larcin, et nous scrutions l'horizon, ou plutôt cette ligne grise cotonneuse qui en tenait lieu pour découvrir ces montagnes de glace. Pas de houle, pas de vagues, calme plat. Finalement l'un d'eux est apparu, bien près de notre navire, il se confondait avec la couleur du ciel et n'était pas du tout d'un blanc brillant... absence de soleil sans doute... on ressentait une menace sournoise, comme un gros chat tapi qui attend patiemment sa proie. Par la suite je n'en verrai plus jamais d'aussi près.

Ensuite le Mineral Seraing... et ses deux châteaux, construction typique des anciens minéraliers. Les officiers de pont et le marco dormaient dans le château avant... tout le reste de l'équipage à l'arrière. De plus les repas se prenaient à l'arrière et par mauvais temps il fallait passer par un tunnel sous le pont principal qui reliait les deux châteaux. Par contre quel silence sur le château avant, pas de bruit de machine, rien...assez étonnant les premiers jours, d'entendre les craquements des tôles du navire, mais quel calme la nuit. Je n'ai jamais bien compris comment faisait les copains de la machine pour supporter ce bruit infernal des machines Sulzer ou autres. Ké couratche! (wallon de Charleroi... traduction: Quel courage!)

Le Mineral Seraing, le navire qui était sur la ligne la plus courte de toutes celles de la CMB, aller-retour Nouadhibou, en Mauritanie.

Un souvenir concernant le commandant Roland: un an avant mon voyage sur le Mineral Seraing, il avait acheté un labrador à Sept-Iles, au Québec. Ce chien, qui portait d'ailleurs le nom du port canadien, l'accompagnait dans ses voyages. Au début, Sept iles était tout jeune et il avait pris l'habitude (le commandant) de le porter dans ses bras (Sept-Iles) quand il montait à la passerelle. Sept-Iles en est devenu fainéant, et même devenu grand, il se faisait encore porter dans l'escalier pour venir nous dire bonjour pendant le quart. Quand le Seraing roulait ou quand Roland tanguait, on les entendait monter les escaliers menant à la passerelle grâce aux petits cris de son toutou, qui se cognait aux parois des coursives...

Autre anecdote avec le commandant Roland, mais c'était plus un an tôt, lorsque j'avais navigué avec lui sur le Moero:
Lors du retour du navire à Anvers à la fin du voyage, nous embarquons le pilote de mer à hauteur d'Ostende (près de la bouée Akkaert SW pour les connaisseurs), ... et qui monte à bord? Un copain de la promotion de Roland qui est depuis passé au service de pilotage. Les deux compères ne se sont plus vus depuis bien longtemps et décident donc de fêter cela,. Ils le font si bien qu'arrivés à Flessingue deux heures plus tard, à l'embouchure de l'Escaut, le pilote en question n'arrive pas à descendre l'échelle de pilote. il restera finalement à bord jusqu'à l'arrivée à quai. Quant au commandant, il va avoir quelques problèmes à surmonter son "coup de moins bien"... il ne se rendra même pas compte du passage de l'écluse et ce n'est qu'en approchant du quai, qu'il va, avec les jumelles, reconnaître son épouse sur le quai, qui est venue l'accueillir... petit moment de panique, il me regarde et me dit: "Van Houcke, je te laisse seul avec le pilote pendant 5 minutes"... branle-bas de combat, il redescend quatre-à-quatre dans sa cabine, enlève son battle-dress, enfile son uniforme numéro Un et c'est un tout autre commandant qui accoste son navire ce jour là au 212 de la CMB. Je me rend alors compte que certains commandants craignent plus leur femme que les pires tempêtes affrontées quelques jours plus tôt.

Fin 1974 je repartirai enfin sur un general cargo, le Monsoon... un des 3 navires de la CMB qui ont été construits en Russie. Le commandant c'est Pietje Rabaey. Le voyage: 6 mois, vers le Golfe Persique en passant par le Cap et retour par le Kenya et l'Afrique du Sud.

Mais cela c'est pour la semaine prochaine...
... En espérant que toutes ces histoires de chiens de chats, cha ne vous embête pas trop ...je vous donne "rendez-vous", comme dit la sentinelle, la semaine prochaine... Le mot de passe: "Suite 16".

Bon week-end et n'oubliez pas la messe de dimanche pour les cathos, le sabbat de samedi pour les juifs ou encore la khutba ce vendredi pour les musulmans ... Et pour les athées et les autres, Apéro pendant les 3 jours.

Photos:

1. Mineral Seraing et ses deux châteaux
2. Mineral Alegria après déchargement
3. Ciel gris, stratus, et iceberg: voilà ce que l'on pouvait voir de cet iceberg.

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Suite 16

Vendredi dernier je terminais par cette phrase:

"Fin 1974 je repars enfin sur un general cargo, le Monsoon, comme deuxième lieutenant.
Pendant mes congés, j'avais en effet passé mon examen de deuxième lieutenant, en janvier 1974. A cette époque l'obtention du brevet de second lieutenant consistait en deux épreuves: plotting radar et Règlement International/Balisage. Il fallait aussi justifier de 24 mois de navigation effective.

Pour récapituler, voici donc mon parcours à cette date:
- obtention du brevet d'Aspirant ofiicier au long cours en juillet 1971;
- 4ème lieutenant de septembre 1971 à juin 1973;
- 3ème lieutenant de juin 1973 à décembre 1974;
- et maintenant deuxième lieutenant, ...à l'âge de 24 ans, faut pas se plaindre non plus... allez, ça progresse!

Le Monsoon, c'est un des 3 navires de la CMB qui ont été construits en Russie. Le commandant c'est Pietje Rabaey. Le voyage: 6 mois, direction le Golfe Persique en passant par le Cap de Bonne Espérance et retour par le Kenya et l'Afrique du Sud.

Pietje Rabaey, encore un commandant un peu pirate... à croire qu'il y en avait toute une équipe à la CMB. Comme tous les pirates il perdra un oeil suite à une saleté de maladies... il portait toujours des lunettes noires à cette époque, à défaut d'un bandeau sur l'oeil et d'un oiseau sur l'épaule...

Plus marrant: il avait sa copine attitrée à Mombasa, une "Ken- yanaise" , ou une "Barbie-yanaise" (?) , le nom de la petite amie de "Ken" dans le monde des poupées Mattel ... et pour se sentir chez lui, il lui avait acheté un lit et un matelas, dans une petite chambre du côté de la Kilindini Road. Il ne la voyait pas souvent, mais quand il la retrouvait il était un peu comme à la maison... quoique au bruit que faisaient les ressorts il en "déduisait" que la fidélité n'était pas la qualité première de sa belle africaine...

Pietje m'avait raconté qu'étant jeune officier, lorsque son navire faisait escale à Anvers, il ne rentrait pas chez lui à Ostende, mais préférait rester à bord... Pour les non initiés, il faut savoir qu'à cette époque les navires de la CMB étaient pour la plupart sur des lignes fixes qui les ramenaient à intervalles réguliers ( entre 2 et 4 mois) au port d'attache (Anvers) où le navire restait souvent une petite semaine. Tout le monde en profitait pour rentrer dans sa famille, et il y avait une équipe d'officiers et de marins belges , le "shoregang", qui remplaçait l'équipage normal pendant cette escale particulière. Pietje, lui, sa famille elle était à Mombasa, donc à Anvers il restait bord... ou plutôt, entre deux "javas" dans les quartiers chauds du port, le Schippers kwartier d'Anvers , il revenait se reposer quelques heures dans sa cabine.

Sur le Monsoon, j'inaugurerai une autre expérience: "Le Test des Baffles sur la passerelle"...
J'avais profité du passage du navire à Dubaï pour m'acheter des hauts-parleurs JB Lansing, et toute la chaîne Hifi qui allait avec... je peux vous le certifier: une machine Sulzer à côté de ça, c'est extrêmement silencieux... Comme j'ai horreur de casser les pieds (n'est-ce pas Michel Thouin?) mais aussi les oreilles des gens, j'attendais d'être de quart, c'est-à-dire entre minuit et 4 heures du matin, pour monter tout l'attirail sur la passerelle, aidé en cela par mon matelot de quart et ma première et ex-épouse... et c'était du lourd (je parle de la chaîne hifi). Une fois bien installés sur la passerelle, on se passait du Led Zep, Fleetwood Mac, John Mayall, Stones, Kinks,...tous ceux de la bonne époque quoi, celle du blues-rock, et pas de la guimauve pop qui a suivi... mon ex tortillait du fion et et nous on scrutait l'horizon . Bien sûr, le commandant nous rejoignait parfois sur la passerelle (il n'avait pas trop le choix,sa cabine était située un étage en dessous et les basses y résonnaient super bien), ... il se demandait souvent quelle était la différence entre cette musique "de sauvages" qu'il ne connaissait pas et celle qu'il appréciait tellement dans les bars de la Kilindini Road de Mombasa.

Vous voyez, c'était un très bon commandant... je n'aurais jamais pu faire cela avec d'autres que j'ai connu par la suite, et qui (un comble pour des marins) étaient à cheval (même pas à Hippocampe) sur les principes...
Malgré ces commandants plus rébarbatifs, par la suite, il m'arrivera aussi de faire le quart de jour avec ma guitare au cou... juste à côté des jumelles... qu'il m'arrivait d'ailleurs de confondre avec un micro... Infréquentable, je vous dis...mauvais exemple pour la jeunesse...

Et à part écouter de la musique, quel est donc le travail de second lieutenant?

En mer, un des grands avantages du deuxième lieutenant, c'est son quart douze-quatre: la nuit tout le monde dort, et le jour le commandant et le premier font la sieste: Vous êtes finalement un officier qui voit très rarement ses supérieurs, ce qui n'est pas toujours négligeable.

A part cela, le job du 2nd, hormis faire le quart, c'était de tenir à jour les cartes de navigation et les publications marines: List of Lights, Lists of Radio Signals. Les Notices to Mariners étaient apportées à bord par l'Agence dans les différents ports, et toutes les corrections se faisaient à la main... grâce à la panoplie du petit bricoleur: crayon, gomme, règles parrallèles, encre de Chine, colle, ciseaux...un boulot de longue haleine.

En port à cette époque, le travail se répartissait entre le second et le troisième officiers : Dans les ports où l'on travaillait jour et nuit, c'était le système 12/12. Le second commençait à minuit pour terminer à midi; C'était alors le troisième qui le remplaçait sur le pont jusqu'à minuit. Je vous parle ici de general-cargos... sur ces navires il y avait de quoi s'occuper, avec ces dizaines de dockers qui s'affairaient sur le pont, dans les entreponts et les basse-cales; il fallait aussi surveiller la manipulation des mâts de charge, des grues et des bigues. A nouveau le second officier était privilégié: de minuit à 6 heures du mat, tout se faisait au ralenti, et le soleil se levant vers 7 heures, la chaleur ne se faisait sentir qu'à partir de 10h et le quart touchait déjà à sa fin. Par contre pour le troisième, c'était pas le même chant de sirènes: il montait de quart à midi, en pleine chaleur tropicale, une heure plus tard il était déjà noyé sous la sueur et il lui restait 11 heures de quart à tirer... quand un navire restait une dizaine de jours en port , bonjour la fatigue!

Mais nous sommes en 1975, et depuis janvier de cette année une guerre d'indépendance vient d'éclater en Angola, encore colonie portugaise à cette époque. Suite à la Révolution des Oeillets en 1974 au Portugal et la promesse de donner l'indépendance aux colonies, trois armées se font face en Angola: le MPLA soutenu par Cuba et l'URSS, l'UNITA soutenue par l'Afrique du Sud, les USA mais aussi la Chine et le FNLA soutenu par le Zaïre de Mobutu. C'est le moment que choisit la CMB pour envoyer le Mohasi à Lobito, en pleine bagarre... Et moi, après avoir dérôlé du Monsoon, j'y suis comme deuxième lieutenant.

Promis, vendredi prochain, je vous parle de bagarre, coups de feu, d'explosions, de rafales et de balles traçantes.... de marché "noir" aussi, ...normal en Afrique, non???

Photos:
1. Monsoon
2. Cape of Good Hope
3. Le Schipperskwartier.
4. Pietje Rabaey et ses drôles de dames: mon ex et les épouses du chief mate et du Marco.

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Suite 17

En ce jour de la capitulation allemande 1945, je vous parle d'une autre guerre de 1975... Envoyé spécial à Lobito - Angola , avec un salaire de 2ème lieutenant au long cours...

Depuis janvier de cette année 1975 , une guerre d'indépendance vient d'éclater en Angola, encore colonie portugaise à cette époque. Suite au renversement du dictateur Salazar au Portugal et de la promesse d'indépendance faite aux colonies portugaises, trois armées se font face en Angola: le MPLA gauchiste, l'UNITA soutenue par l'Afrique du Sud et le FNLA, apparenté au Zaïre de Mobutu.


Je viens à peine de débarquer du Monsoon, et la Compagnie Maritime Belge me rappelle d'urgence alors que je débute mes congés... le deuxième officier du Mohasi est tombé malade et doit être rapatrié, et je prend l'avion pour l'Angola, pour y rejoindre le navire qui fait escale à Lobito.
Le cargo avait quitté la Belgique en avril destination l'Afrique de l'Ouest... une rotation de 2 mois et demi, depuis Anvers, Rotterdam, Brême et Hambourg, qui devait ramener le navire à son port d'attache vers la fin juin.
Mais lorsque le Mohasi arrive en Angola, les hostilités ont déjà commencé dans cette ville entre l'UNITA de Jonas Savimbi, qui contrôle la ville, et le MPLA... je me demande même si le FNLA des Sud-Africains n'y est pas un peu présent ausssi

******
40 ans ont passé depuis ce récit, et si tout me revient par bribes, il y a des doutes, des blancs (un comble en Afrique), des aller-retour dans la suite chronologique, des pointillés de mémoire, ...qu'est-ce qui a eu lieu avant, pendant, après... pas toujours facile de se remémorer des souvenirs anciens.
Cependant , trier le vrai du faux ne devrait jamais être une priorité absolue à en juger par les ouvrages historiques souvent contradictoires qui traitent les même sujets: à se demander s'il existe des réalités multiples d'un même événement! ...

*********
Quant au navire qui ne devait rester que 10 jours en port, il se retrouve au mouillage en rade de Lobito pour une période indéterminée. Le second officier était tombé malade, et c'est ensuite au tour du commandant de se faire rapatrier. C'est donc le premier officier qui fait les deux fonctions: premier et commandant.

J'arrive à bord par une belle journée, ensoleillée et calme; un canot m'attend le long du quai, qui me conduit au navire. Aucune impression de bagarre dans l'air. Tout simplement un après-midi tropical, eau et ciel bleus, pas un nuage... ceux de la guerre arrivent généralement en soirée.
Dès la nuit tombée, les traçantes zèbrent le ciel; depuis les collines environnantes, les coups pleuvent sur la ville, mais le port et la baie sont épargnés.

Au mouillage, nous sommes une dizaine de navires qui somnolent en attendant des jours meilleurs. Après quelques semaines passés en rade, le navire a pris racine, le quart n'est même plus assuré en permanence, ... seul un matelot surveille depuis la passerelle et l'officier de quart y fait des apparitions régulières. Au lever du soleil, un rituel s'est mis en place: on pointe les jumelles vers les mâts des autres navires, ... le but: s'assurer du nombre de jours passés au mouillage, grâce aux pavillons numériques que chacun modifie chaque jour. En effet, plusieurs de ces navires organisent une petite fête pour les 25, 50, 75,100 jours d'attente .Donc, 2 à 3 fois par semaine, vers les 11 heures, on démarre le moteur du canot, et en avant vers le navire qui est à l'honneur... ambiance internationale et BBQ. Le canot on ne le déborde même plus, il est en permanence le long du gangway.

De plus, pas de problèmes pour aller à terre durant la journée: des navettes sont organisées par plusieurs navires, d'heure en heure. A terre, on croise des patrouilles des 2 ou 3 partis belligérants qui déambulent en ville, au pas de Samba, et se retrouvent dans les mêmes bars; ce qui les différencie, des barettes de couleurs différentes , quant à se battre entre eux, ce sera pour le soir... véridique, "de mes yeux vus", Héd' un.
Les bars, les restos, les boutiques tout est ouvert en ville. Et comme marin, cela ne nous coûte rien: les colons portugais savent que leur séjour touche à sa fin et n'ont qu'une envie, changer les escudos qui leur reste pour des francs belges, des livres sterling, des dollars, des deutsche marks, tout ce qui garde sa valeur, et le change est super intéressant. Nous allons bouffer, nous sortons dans les bars, nous achetons des souvenirs, tout cela pour une bouchée de manioc.

Et le travail à bord me direz-vous? Loin de nous ces mauvaises pensées... les stocks de peinture sont épuisés... les équipages se reposent en attendant le retour à la normale.
Heureusement un navire de la CMB est entré dans la baie pour nous ravitailler en nourriture, mais à part cela, congé payé pour tout le monde.et cela durera ainsi 120 jours.
Finalement après 4 mois de mouillage , le navire peut accoster. Le travail de déchargement commence, du moins lorsque les dockers ne se sauvent pas à cause des coups de feu qui se rapprochent.

Un jour, le premier qui était un peu émèché me dit:
- Van Houcke, tu veux voir comment on immobilise un port?
... Il empoigne le revolver de bord, sort sur une aile de la passerelle, tire un ou deux coups en l'air ... il a suffit de 10 secondes pour vider le port de tous ses dockers... véridique, "de mes yeux vus", Héde2.

*********

C'est le moment que choisit la CMB pour envoyer un nouveau commandant à bord: le commandant Hosdey, le sosie de Curd Jurgens (acteur allemand très populaire des années soixante).
Son arrivée est mouvementée, car le calme qui régnait lorsque le navire était au mouillage a laissé la place à la vraie bagarre de rues. On travaille encore dans le port, sauf lorsque cela canarde trop.
Avant de rejoindre le navire, Hosdey a été menacé dans l'hôtel où il a séjourné... ensuite son taxi a été arrêté à maintes reprises sur la route l'amenant au port. Il arrive donc à bord quelque peu stressé.
Et surtout, il arrive à l'improviste. Le voilà donc qui apparaît le long du Mohasi, monte le gangway, gravit les escaliers ...et qui croise-t'il dans le couloir conduisant à sa cabine: le premier officier, mais dans un état un peu particulier: étendu sur le sol et faisant la sieste... il m'expliquera par la suite que n'ayant pas trouvé la clé de sa cabine, il avait décidé de se reposer là où il était.
En plus, tâche difficile: remettre en état de fonctionnement normal un équipage qui est pratiquement en état de mutinerie (butinerie?)... Hosdey demande alors au premier le journal de bord.
...A cette époque le journal de bord est rédigé en 2 exemplaires: un brouillon et un net. Les officiers remplissent chacun la partie du journal de bord qui les concerne, en fonction de leurs heures de quart, au brouillon. Et c'est le premier officier qui est chargé de retranscrire ce brouillon au net.
Il est environ 10h00 du matin...Toc, Toc, Toc...Tiens, on frappe à la porte de ma cabine.. j'ouvre et c'est le premier qui a un "petit" service à me demander... il a, dit-il, quelques jours de retard dans la copie du journal de bord et me demande si je peux m'en charger... ayant bon coeur, j'accepte... et là, immédiatement, je me rend compte de ma connerie: il ne s'agit pas de quelques jours de retard, mais de plusieurs mois... en fait le brouillon n'a jamais été recopié depuis le départ de l'ancien commandant, lors du séjour au mouillage. Vous pouvez imaginer le boulot que cela m'a coûté pour remettre le tout à jour, et il fallait que le commandant ne s'en rende pas compte... j'en ai encore mal à la main aujourd'hui.

**********
La guerre est de plus en plus présente... un beau soir nous sommes même obligés de quitter le quai pour nous réfugier au mouillage. L'agence AMI (Agence Maritime Internationale) de Lobito nous demande de préparer les cales du navire pour accueillir les colons angolais qui se sentent menacés en ville.
Le pilote portugais, en panique, arrive sur la passerelle, test rapide des instruments et de la machine.... "Stand-by fore and aft"... il s'agit de rejoindre la proue ou la poupe du navire, accroupis, avec des balles qui frappent les mâts de charge... Véridique, de mes yeux vu, de mes oreilles entendu, Hédétroit.

Finalement les portugais ne viendront pas et quelques jours plus tard, la tension retombée, nous reviendrons à quai.
Nous y resterons 2 mois... jusqu'au jour où le MPLA (je crois) décide d'envahir la ville. Sur le navire, encore à quai, nous sommes aux premières loges...on peut voir les troupes de l'UNITA (sans doute...) qui entrent par une entrée du port, et se cachant derrière les piles de cuivre, se replient vers l'autre gate, pourchassés par les soldats du MPLA.
"Alles los voor en achter" et nous quittons ce port de Lobito, assez insouciants, comme nous étions arrivés.... et pourtant, le bilan humain de cette guerre a été évalué à 500.000 victimes dont 10.000 soldats cubains. il faut dire que la paix a été signée en 1992, 17 ans plus tard.
Quant au Mohasi, il reviendra à Anvers en octobre 1975, après un voyage de 7 mois au lieu des deux prévus et un séjour à Lobito de 6 mois: 4 mois au mouillage et deux à quai.

C'est pas de l'aventure ça? Comme ils disaient: "Join the Navy, you will see ...the WAR."

Photos:
1. Mohasi
2. Curd Jurgens, commandant du Mohasi et sosie de Hosdey, ou l'inverse...Képi ou Kipé.
3. Le resto chez Alfredo sur la place en face du gate principal à Lobito, bien connu pour ses steaks d'antilope.
4. Propagande révolutionnaire sur le phare de Lobito.
5. Lobito: des colons portugais embarquent sur un cargo.

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Suite 18.

Les années 70 c'était une époque où on naviguait 9 mois pour 3 mois de congés:après avoir débarqué le 10 octobre du Mohasi je reprend du service sur le Jordaens le 6 novembre 1975.

- Le navire sur lequel j'enrôle: le Jordaens, un des quatre de la série des peintres, avec le Memling, le Rubens et le Teniers.

- Le tonnage: 10551 BRT. Ce cargo avait été construit en 1963 au chantier naval belge de Cockerill-Ougrée...il y avait encore de la construction navale en Belgique. En 1980, le Jordaens sera vendu et rebaptisé "Charning", puis en 1982 il deviendra le "Nafeesa", en 1984 "Tripos 2", ensuite je perd sa trace...

- Le commandant du navire: Armand Grootjans, un grand bonhomme, un peu dans la lignée du commandant Paul Hosdey, mon vieux du Mohasi. Grande éducation, un peu timide, jamais en rogne, qui savait qu'il n'y a pas besoin de pousser des gueulantes pour se faire respecter. J'avais déjà navigué avec lui sur le Montalto en 1971, alors que j'étais encore 4ème lieutenant, lors de mon premier voyage après l'Ecole de Navigation.

- Le voyage: Le Golfe du Mexique. Encore un beau voyage en perspective.

********************

La CMB avait quelques lignes pas "dégueu" en ce temps là, et surtout de longues escales.
A part les lignes africaines, Afrique de l'Ouest et Afrique de l'Est, une autre grande spécialité de la Compagnie Maritime Belge des années de gloire,c'est le Golfe du Mexique.

Il s'agit d'un voyage de 2 mois et quelques jours qui vous conduit depuis les ports européens d'Anvers, Rotterdam, Hambourg et Brême vers les ports américains de Houston, Corpus Christi, La Nouvelle-Orléans, Tampa, et quelques ports mexicains comme Tampico, Vera Cruz, Coatzacoalcos, et à l'aller comme au retour une escale à San Juan de Porto Rico...

DSan Juan, où nous aurons d'ailleurs l'occasion d'assister au combat de boxe qui opposait Cassius Clay, à un petit gars de chez nous, le belge Jean-Pierre Coopman, surnommé le "casseur de pierres d'Ingelmunster", pour le titre de champion du monde des lourds. Jean-Pierre, c'est le cas de le dire, ne pèsera pas lourd dans ce combat... mais bon, tout le monde ne peut pas se vanter d'avoir affronté le grand Mohamed Ali sur un ring. Et nous n'étions pas un peu fiers de pouvoir l'encourager, même si cela ne dura que l'espace de 5 reprises, avant un K.O définitif.
...Pour les sportifs parmi vous qui seraient intéressés, ce combat est à visionner dans son intégralité sur You Tube.

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Je ferai deux voyages sur le Jordaens... sans grands souvenirs, sauf...

1. La visite du Disney World... quelque chose d'incroyable pour l'époque: le Parc Disney de Floride a ouvert ses portes en 1971, mais c'est au cours de l'année 1975 que la plupart des grandes attractions sont inaugurées. et quand nous y allons en décembre 1975, tout est nouveau, tout "brie" comme dit le Président, pas celui des USA, non , celui de la marque de fromtons... alors nous nous prenons pour des découvreurs de nouveaux univers. C'est la première fois dans le monde qu'un parc d'attraction ouvre ses portes... enfin non, la deuxième: Disney Land existe déjà en Californie mais est différent.
Aujourd'hui tout le monde en a marre de ces parcs d'attraction qui polluent plus qu'ils ne divertissent.... mais il y a 40 ans d'ici on avait l'impression de se projeter dans la science-fiction. On y passera une journée entière... certains y retourneront même le lendemain.

2. Ah si, autre chose à signaler ... , pendant le séjour à Coatzacoalcos au Mexique, un beau matin on s'aperçoit que toutes nos amarres ont été volées... ou du moins de tout ce qu'ils avaient pu couper et naturellement celles de réserve, ainsi que l'amarre de remorque.

3. Le retour vers l'Europe sera mouvementé, c'est peu de le dire...une tempête tropicale va se trouver sur notre chemin... elle nous fera bien paniquer, à cause surtout d'une stabilité limite kamikaze....
Dans le dernier port américain, le navire avait dû charger un maximum en pontée: entre autre des locomotives... la quantité de chargement étant déterminée par le GM minimum requis lors de l'arrivée dans le premier port européen. J'étais second officier à bord, donc chargé du calcul de la stabilité transversale, donc du GM... une responsabilité pour un gars de 25 ans, qui ne doit pas se louper...j'ai dû recommencer 10 fois le calcul, pour être certain de ne pas me gourrer.
Nous sommes donc partis d'Amérique avec un navire qui n'en finissait pas de rouler d'un bord sur l'autre en un temps qui nous paraissait interminable... or c'est lors de ce voyage retour que j'ai connu l'une de mes pires tempêtes... nous nous sommes vraiment retrouvés dans l'oeil du cyclone. Nous n'en menions pas large et encore aujourd'hui je me rappelle notamment d'un quart sur la passerelle où tous les officiers étaient rassemblés... les lashings qui cassaient, les craquements dans les cales, le stress dans la salle des machines, et un chef cuisinier qui n'en finissait plus de retenir ses "potten en pannen" qui se faisaient la belle dans tous les coins.... ce qui me rappelle ce vieux proverbe marin: ...la Terre est ronde, et pourtant on baise dans tous les coins"... je connaîtrai rarement pire que cela dans le futur.

*********************

Mais je me rend compte que j'ai oublié une des histoires les plus cocasses qu'il m'ait été donné de vivre pendant ma carrière maritime, alors vite, embarquons dans la machine à remonter le temps:

Cela s'est passé en 1973 (.il y a donc un peu plus de 2 ans, puisque nous sommes maintenant en 1975) et nous revenons d'Afrique de l'Est , sur le Montaigle. Dans un port d'Afrique du Sud (East London?) nous avons chargé en pontée des animaux pour le zoo d'Hambourg. Sur le pont à l'arrière du mess officier, il y a une dizaine d' autruches. Sur les panneaux des cales 4 et 5, à l'arrière du château, des éléphanteaux, des zèbres et des lions. Nous accompagne un vétérinaire qui fera tout le voyage retour à bord. (... je vouis préviens, ces souvenirs sont très "grandesvagues", limite "déferlentes", et je ne suis plus trop certain de la date, du navire, du port et des animaux, sinon des éléphanteaux...)

Le gros problème( vu leur poids), c'est que nos éléphants n'ont ni le pied marin, ni la trompe de marine. Ils tombent malades l'un après l'autre, tout d'abord un peu de fièvre, que le vétérinaire tente de soigner en leur faisant des injections, pour finalement refuser de s'alimenter et dépérir.
Un beau matin, on en retrouve un, étendu, mort, dans sa cage. Il n'y a pas d'autre solution que de le jeter à l'eau au moyen du mât de charge,... eau dans laquelle il ne coule pas d'ailleurs et se met à dériver sur la houle alors que le navire s'éloigne.

Le lendemain un second éléphanteau est retrouvé mort... c'est vraiment désolant...

...Mais à mon premier officier de l'époque (Pierre Bruyelle peut-être), qui avait vu dériver le premier éléphanteau, cela avait donné une idée saugrenue:
- "Dis, Van Houcke, tu ne crois pas qu'on pourrait le peindre en rose avant de le mettre à l'eau??? Tu imagines la tête de l'officier de quart sur le navire qui nous suit, qui repère le corps dans les jumelles et téléphone à son commandant: "Commandant, venez vite à la passerelle, il faut manoeuvrer, un éléphant rose nous coupe la route..." ...

Honnêtement je ne crois pas que nous ayons mis son idée en application. Mais cela valait tout de même la peine de la raconter cette anecdote, non?

Et maintenant, la question qui tue:
"Dis, Van Houcke, toi qui étais professeur de Règlement à l'ESNA,... qui doit s'écarter de la route de l'autre quand un NAPM "navire à propulsion mécanique" , ayant de l'erre, observe sur une route directement opposée un ER "éléphant rose"???"... Je tenterai de répondre à cette question pour le moins originale dans unprochain épisode...

Je ne devrais pas rire de ces pauvres animaux en cage que l'on emmenait vers leur prison européenne... car j'ai moi-même débarqué du Montaigle à Hambourg le 4 avril 1975, tout comme eux, pour me marier 3 jours plus tard...
Et les dockers allemands criaient: "Suivez la file... en cage... comme tout le monde"... (vous savez-bien, un peu le genre de texte que l'on pouvait lire à l'entrée des camps de concentration) et moi, idiot, je souriais....Je serai marié de 1973 à 1983: 10 ans pendant lesquels je combinerai "galère" et "marine marchande"... y'a pas que les officiers français qui font la "polyvalence"...

Photos:
1. Jordaens
2. Ali - Coopman
3. Oeil du Cyclone
4. ...et encore, celui-ci n'est pas rose...

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Suite 19

...Dans laquelle je laisse mon Ego de côté pour parler d'autres choses....et aussi remettre certaines idées en place:

Plus particulièrement: la place des femmes à bord.

Début des années 70 nous avons vu arriver (je n'employerai pas ici le mot "débarquer" puisqu'elles embarquaient) des stewardesses dans la marchande belge... Hé bien j'ai trouvé cela vraiment formidable... c'est fou ce qu'une présence féminine change le comportement d'un équipage et la vie au quotidien.

Et je ne veux pas parler ici de séduction ou de drague, non, simplement de politesse ou encore plus simplement de la normalité des choses: un monde ne se conçoit que difficilement en l'absence totale d'un des deux sexes... sinon en religion, mais les religieuses ont leur crucifix et les curés leurs enfants de choeur (de coeur?)...et je me pose la question: quelle est la soupape du pape?

Avant l'arrivée de ces dames, certains marins faisaient de la vulgarité une marque de virilité: péter et roter en société était bien souvent considéré comme l'expression suprême de la "masculinité"... j'ai ainsi connu un 2ème officier mécanicien dont je tairai le nom ( je l'ai oublié, n'ayant pas vocation à me souvenir des cons) qui ne trouvait rien de mieux que de se curer les ongles des doigts de pied en les étalant sur la table du mess officiers... cela ressemblait aux escargots de bourgogne, mais avec l'odeur en plus.
Et personne qui se plaignait? Cela aurait fait "chocho"...et il faut se rappeler qu'à cette époque, le commandant, le chef mécanicien et le premier officier (je soigne l'ordre hiérarchique, connaissant suffisamment la susceptibilité des marins et la rivalité machine-pont) prenaient leurs repas dans un mess séparé.

Le 2nd officier mécanicien (aussi appelé dans la marchande belge: 2de machinist, ou 2de officier werktuigkundige, mais aussi 2de "vetkrabber" ou frotteur de graisse par ces prétentieux de stuurmannen) était soi-disant le chef du mess des autres officiers... et je suis un peu désolé de le dire, mais dans les années 70, certains d'entre eux avaient gravi les échelons sans passer par l'école de navigation (j'en ai connu un qui était analphabète, craché-juré), et d'autres manquaient (comme certains stuurmannen je le reconnais) de toute éducation. La grossièreté était considérée comme l' attribut normal de l'"echte zeeman" ( vrai marin), du "dur des durs". Les gros mots c'était le sésame pour être accepté parmi les baroudeurs des mers (comme ils se considéraient eux-mêmes).

... Les stewardesses sont apparues et en un coup de b(r)aguette magique, elles ont bien souvent changé cet ordre établi depuis des temps immémoriaux. Subitement, les grossiers se sont mis à rougir devant ce sexe faible qu'ils avaient si souvent brocardé... on s'est rapidement rendu compte que les grandes gueules des navires étaient bien souvent des"refoulés sexuels", des complexés de la séduction... que ces "couillus" n'étaient tout au plus que des "couillons". Hormis fréquenter les prostituées, ils se cantonnaient à la fréquentation de leurs semblables, les beaufs des navires...
En quelques semaines, un vent de civilisation a soufflé, non pas dans les voiles du voilier , mais dans les pistons Sulzer des cargos.
Des voiles il y en avait aussi sur les navires à moteur... avant que les femmes ne soient admises, il y avait depuis toujours des représentants du troisième sexe, souvent parmi le personnel de cuisine, et curieusement, ils étaient en général bien acceptés à bord et n'étaient pas du genre dragueur. J'ai ainsi connu un chef-coq qui possédait un annuaire des adresses gays dans tous les ports du monde....A bord il cuisinait ses casseroles, à terre il y passait.

Pour en revenir à nos "techniciennes d'entretien", comme on devrait appeler les stewardesses de nos jours: même si cela fait un peu macho en 2015, quelle différence il y eut entre une cabine entretenue par une stewardess ou un steward.... désolé pour les féministes, mais une "loque à reloqueter" manipulée par une d'entre-vous accroche mieux la poussière et fait tout reluire, je dis bien "tout".

Bien sûr, la porte a été dès lors ouverte aux petits problèmes inhérents au travail des femmes: le harcelement notamment... encore qu'il soit une arme utilisée par les personnes des deux sexes, à l'égard de supérieurs comme d'inférieurs...plutôt à double penchant qu'à double tranchant...
Pour conclure: je reste persuadé que dans la balance, les avantages l'emportent de loin sur les inconvénients.

...Et j'en aurai connu quelques unes, des stewardesses...

En feuilletant mes vieilles listes d'équipage je retrouve des noms sur lesquels je peux rarement mettre un visage, mais que je vais citer dans l'espoir de rallumer la flamme chez quelqu'uns parmi vous (utilisant la technique de Benjamin Biollay et Carla Bruni pour leurs textes: l'énumération):

Jeannine Goossens et Maria Verhaert sur le Jordaens en 1972,

Nathalie Loomans, Nina Huysmans et Karin Deblaere sur le Montaigle en 1973,

Lynda Birkett et Anne-Claire Janssens puis Maura Alves et Roswitha Petritschek sur le Mineral Alegria en 1974,
Béatrice Boncire, Annie De Ceulaer, sur le Rubens en 1976,
Maria Prego, Godelieve Ysewijn et Suzanne De Schrijver sur le Steendorp en 1977,
Annie Piette (la Liégeoise), Simona Marcelis (décédée le 9 juillet 2006 à l'âge de 66 ans) et Zoffia Kurzinowska sur le Teniers en 1977,

Nancy De Keirsmaeker sur le Teniers aussi,

Delattre et Blancke Jacqueline sur le Martha en 1979,

Jacqueline Collinet, Elisa Montanera, Sylvia Severini sur le Helen en 1981,
Irma Geysen sur le Helen en 1982,

Dorothea Van Hoogten et Chantal Saida sur le Antwerpen en 1983,

Anne-Marie Van Hecke et Christiane Peeters sur le Yaffa en 1984,

Agnès Seine, Huguette Voose, Nadine Vertongen, Anna Verhulst, Colette Devuyst, Anna Van Staey, Cepeda Margarita, Maria Hirsch, Simonna Marcelis sur l'Antwerpen en 1985 et 1988,

Monique Van Welde et encore Piette Annie et aussi Yolanda Flores sur le Brussel en 1989 et 1990,

Là s'arrête la liste... car aussi vite étaient-elles arrivées, aussi vite elles ont disparu: remplacées par des philippins, moins chers en salaire, et surtout dans nos coeurs!

***************

Je ne parle que de stewardesses car je n'ai pas cotoyé les femmes (je n'ose plus dire "filles" depuis la dernière "réprimande"...) officiers... Je me rappelle cependant de Marguerite Adam, première femme officier radio belge, mariée à Hugo Gouhie, un vieux copain de la marchande et également officier-radio. Ils auront une fille, Sabine, qui fera l'école d'Anvers et naviguera comme officier de pont.

********************

Par contre j'ai souvent voyagé avec des épouses d'officiers... une autre catégorie, celle-là...celle des "glandeuses", qui passaient leur temps à se faire bronzer sur le monkey bridge. La mienne (mon ex) m'a ainsi accompagné pendant une dizaine d'années: depuis le grade de 3ème lieutenant jusqu'à celui de commandant. elle faisait les quarts de nuit avec moi sur la passerelle et je lui avais appris à corriger les Listes de Feux (Admiralty Lists of Lights) et autres publications nautiques, ce qui me permettait de me concentrer et surtout me limiter à la correction des cartes.

******************

Dans ma deuxième vie, celle de marin sédentaire, je contribuerai, dans la mesure de mes humbles moyens, à la formation de dizaines de "blondes" , candidates officiers.
Et il faut reconnaître, et souligner, que les premiers de promotion étaient très rarement des garçons. Pas photo non plus pour l'assiduité aux cours, et même pour l'intérêt envers la profession. Si on peut se demander parfois ce que certains garçons font à l'école de navigation, il en va tout autrement des filles: elles se montrent fières de leur choix de carrière et font tout pour y arriver...
Mais en éternel macho je me pose tout de même une petite question: cette envie de réussir, serait-ce plus simplement, venu du fond des océans, cet éternel besoin féminin de se prouver l'égal des hommes?... rester ce que vous êtes mesdames, c'est cette différence qui nous attire!!!

Et je vous le répète: déjà qu'une majorité de garçons ne font pas de vieux os dans le métier, plus rares encore sont celles qui y font carrière.
Il suffirait de comparer le nombre de candidates qui ont fréquenté l'école d'Anvers pendant les 15 dernières années et le nombre de celles qui après avoir réussi usent encore leurs talons aiguilles sur les passerelles des navires.

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Bon week-end, les "gars" et les "gattes" de la Marine...

Photos: Les candidates officiers de la Zeevaartschool d'Anvers, lors de leur formation et aussi lors du Bal de l'Ecole... où ,bien qu'ils s'agisse de candidates-officier de Marine, on leur apprend aussi à s'envoyer en l'air... la POLYVALENCE à la belge

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Suite 20

Pour éviter d'être "canonisé" par les saints-drônes des gardes suisses de Saint-Pierre:

...Je commence cette chronique en présentant mes excuses les plus hypocrites auprès des "pas-triquants" que j'aurais choqué la semaine dernière lorsque, parlant des marins privés de présence féminine, je comparais leur situation à celle des religieuses et prêtres de tout acabit (sans "e") , obligés du célibat, ainsi que de la soupape de François...divagations résultant de Vati-cancans colportés par les mécréants de mon acabit (sans "e")... dans la dé-foulée, Radio-Vatican a remis les choses au point: le pape n'aurait nullement besoin de sex-toy, puisqu'il calme ses ardeurs grâce à des bains de Saint-Siège...

Prend garde à toi, "Satan-Van Houcke"...Tôt ou tard, ces paroles sacrilèges te porteront malheur ...

****************
Et de fait...Je vais devoir en répondre quelques années plus "tôt", car dieu, (non pas le dieu Neptune de tous les marins, joyeux drille, mais celui du peuple "crétin" d'Eau-riant, celui du seul marin Noé qui avait construit son "Arche à chats" sur le sommet d'une montagne) , peut à son gré mélanger passé, présent et futur et vous punit hier pour les fautes que vous commettrez demain... et crois qu'il est le seul à pouvoir le faire...

*********************
Mais retournons à l'école à réviser nos conjugaisons:
Pendant mes congés, après le voyage sur le Jordaens, je retournai (passé simple) à l'école de navigation pour passer (infinitif) mon brevet de premier lieutenant. il s'agit ( indicatif présent) d'une période de cours théoriques d'environ 6 semaines suivie (participe passé) d'une session d'examens de 14 jours. Cela se termine bien et j'obtiens mon brevet en fin juin ... encore une étape dans mon envie de devenir commandant !!! (impératif)... et surtout la démonstration que dieu n'est pas seul à pouvoir mélanger les temps.

************************
Pourtant, "à l'insu de mon plein gré", comme disait "Richard jambe-de-lion Virenque", des nuages noirs s'amoncellent qui menacent mes projets de carrière...

TONERRE DE BREST, MILLE SABORDS, VOYAGE DE MALHEUR.....

Je signe le 21 juillet 1976 comme second lieutenant sur le rôle du m/s Rubens.
Sur le papier un beau voyage: Amérique du sud, Brésil, Uruguay, Argentine.
Le navire est un general-cargo anglais, ex "city of Canterbury", avec toutes les boiseries que cela peut comporter, très beau dans son style british.
Le Commandant: Dispas?.... ah, non, ne me "dis pas" ça...j'en ai déjà eu quelques échos peu flatteurs par un copain officier électricien avec qui le courant n'avait pas passé, et en effet.... ça va être ma fête!!!... logique, le 21 juillet, jour d'enrôlement, c'est la fête nationale belge... et je tombe sur un vieux qui se prend pour dieu, non pas régnant dans les cieux (sinon Dispas serait aviateur et pas marin) mais dans sa tour d'ivoire.

Cela commence dès la première escale, à Hambourg, alors que nous avons à peine quitté la Belgique: déjà il me cherche des noises alors que je suis de "stille-wacht" , pour un gangway qui ne serait pas à la bonne hauteur... tout comme ce commandant qui me toise de haut.
N'ayant pas la langue en poche (j'ai essayé, c'est très difficile, ou alors dans la poche d'une chemise), j'ai sans doute dû lui répondre sur un "filet de ton" qui lui a déplu... car dès ce jour, je suis non pas dans sa ligne de mire, mais plutôt dans sa ligne de pêche, au gros (et je parle de lui: 100kg en slip).
Je compte cependant quelques bons copains à bord: le premier, qui n'est autre que Pierre Pissoort, un de ma prom'68, le marco Hugo Gouhie, le chef mécanicien Jean Brichard, qui épousera par la suite une fille de mon village natal et y habite encore aujourd'hui.
Mais le ver est dans le fruit, et pour Dispas, le ver c'est moi... la pêche au gros je vous disais.

La grosse bagarre va débuter à la fin de l'escale de Montevideo, une ville située tout à côté de Cassette (jeu de mot).
Le jour du départ, je suis de quart sur le pont depuis minuit jusqu'à midi. Nous devons quitter Montevideo vers 19h00 pour Buenos Aires, et j'ai prévu de me rendre en ville en début d'après-midi pour y faire quelques achats. Au gangway, le panneau est suspendu: "tout le monde à bord/Iedereen aan boord 17.00" , soit 2 heures avant le départ.
Alors que nous sommes attablés dans les mess des officiers, je rappelle au premier que je vais aller à terre... Dispas s'interpose et dit au 1er officier d'avancer l'heure du tableau à 15h00.... le petit changement d'heure pour m'obliger à rester à bord en fait...La moutarde me monte au nez et je lui réplique du tic-au tac (parole d'horloger), tout en me levant de table, que je vais à terre.
Je quitte le mess-officiers , je suis en train de monter les escaliers quand le vieux, qui m'a suivi, m'interpelle:
- Van Houcke, je vous interdis formellement d'aller à terre... c'est un ordre.

En bon révolté que "j'étais-je suis-je resterai", l'excès d'autorité est quelque chose que je n'ai jamais supporté. Je lui répond aussitôt, plus ou moins texto:
- Dispas, tu me fais chier, je vais à terre et basta.
- Si vous le prenez sur ce ton, je vous donne le sac.
- Donne-moi le sac, gros con, tu fais la grande gueule à bord, si je te croise à terre je pourrais t'en faire une encore plus grosse...

Et sur ces échanges de banalités, je descend le gangway... je reviens à bord un peu plus tard avec mes achats, vers 15h30... à 19h00, le Rubens quitte Montevideo, et le temps de passer de l'autre côté de l'estuaire du fleuve, nous accostons à Buenos Aires, Argentine, en pleine dictature des militaires...

A l'arrivée à Buenos Aires, le vieux a convoqué le consul et, séance tenante, il me vire du navire comme un malpropre par mesure disciplinaire, ce qui en néerlandais se dit "Tuchtmaatregel".
...Depuis ce temps, je dois être le seul commandant de la marchande belge dont le carnet de marin fait mention, outre des diplômes, de ce renvoi disciplinaire...pas peu fier, le pirate! La seule décoration qu'un Anar peut accepter, en quelque sorte.

J'ai donc débarqué et j'ai pris l'avion pour la Belgique.

Et me demanderez-vous...
Que s'est-il passé à ton retour en Belgique?
Comment a réagi la CMB (Compagnie Maritime Belge)?
Ben ça mes gaillards, vous le saurez en lisant le prochain épisode de mes aventures, vendredi 5 juin, la veille d'un débarquement bien plus important que le mien, sur les plages de Normandie en 1944.

Et pour clore cet article... S'il est une constante dans ma vie, c'est l'horreur que m'ont toujours inspiré les petits ou grands chefs qui traitent leurs subalternes comme de la merde. Bien souvent ce sont d'ailleurs les mêmes qui lèchent le cul de leurs supérieurs. Dans toute ma carrière j'ai mis un point d'honneur à faire le contraire: j'ai toujours évité de donner des ordres de manière trop directe, essayant de convaincre plutôt que d'imposer. Cela m'a en général apporté bien des satisfactions, même si souvent c'est un peu plus difficile.

A Tchao bonsoir...
.
Photos:

- mon carnet de marin avec mention:Renvoi pour mesure disciplinaire, tuchtmaatregel.
- liste d'équipage Rubens
- bosco, matelot cycliste et moi pendant une escale.
- city of canterbury
- Rubens
- séjour à Montevideo et équitation puis BBQ dans une hacienda.

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SUITE MUSICALE 21

FB (qui ne sont pas les initiales de Face Book) nous ayant reproché la semaine dernière un culte certain pour le "Moi Je"...nous allons pour une fois utiliser la première personne du pluriel. Le « je » peut en effet être détestable, c’est possible, mais lorsqu’il s’agit d’un travail strictement personnel, pourquoi s’effacer au profit d’un «nous» généralement lourd? Pourquoi n’écrirait-on pas «j’ai procédé à…», "j’ai pu constater que…» à la place de «nous avons établi que…», «nous avons effectué les vérifications suivantes…» ?

On lit souvent à la fin d’une thèse : « Nous remercions Monsieur le Professeur untel», «Nous remercions Madame une telle pour ses conseils précieux »…
Le « nous » se fait pesant et pour le coup c’est lui qui devient «détestable».
On peut aussi employer une forme impersonnelle : «il a été procédé à…» mais ce n’est pas toujours possible, ni facile…
Alors, pourquoi pas le « je » ?

*********************

Mais bon, fi de la polémique, et nous vous rappelons que la semaine dernière, Alain Van Houcke a reçu le sac du commandant du m/s Rubens et qu'après un voyage retour en avion-passager plus rapide que l'aller en navire-cargo, il se voit convoqué, après avoir été laissé à mijoter 3 semaines dans son jus, au siège de l'armateur pour y rendre des comptes.
Toute grande gueule qu'il est, notre Van Houcke "n'en mène pas large"... ce qui nous amène à poser cette question: quelle est l'étymologie de cette expression "ne pas en mener large" , autrement dit, ne pas être rassuré... apparemment cette expression trouverait son origine dans le milieu maritime??? A vous de m'éclairer, cette rubrique se voulant participative.

Quoiqu'il en soit... nous nous présentons les queues entre les jambes (puisque nous utilisons dorénavant la première personne du pluriel, nous sommes plusieurs et devons donc parler de queueS au pluriel également) devant le responsable des équipages...qui nous pose la question suivante:

- Dis-moi Van Houcke, tu ne veux pas enrôler sur le Steendorp? (oh oui... désolé, il me tutoyait, et je dois à la véracité du récit de m'en tenir à la version originale)...

Nous, pris par surprise (expression féminine s'il en est):
- Pas de problème patron!

- Dans ce cas fais ta valise, et rends toi après-demain à Zaventem où tu prendras l'avion en compagnie du commandant Roland Decocq, destination Santos au Brésil...

- Oh, MERCI PATRON!!! .... partie chantée...(voir la suite plus bas)

*******************************

Comme nous savons que vous ne lisez nos chroniques que d'une seule oreille, nous vous rappellons que nous venons de rentrer par avion d'Argentine il y a 25 jours environ pour mesure disciplinaire , que nous nous attendions à être viré de la compagnie, et qu'au contraire on nous propose de rejoindre un navire qui fait escale dans notre port de prédilection: Santos, pas trop loin de Buenos Aires, notre point de départ.

...Finalement, on devrait faire aller sa gueule plus souvent, la sanction est parfois gratifiante!

- Pris de gratitude envers un patron aussi sympa, nous empoignons tout de go notre plume et notre guitare pour lui écrire une petite chanson, qui par la suite sera interprétée par les Charlots... allez voir sur You Tube si nous mentons...

Quand on arrive à la marine
La gaité nous illumine
L'idée de faire nos douze heures
Nous remplit tous de bonheur
D'humeur égale et belle
Nous courons vers la passerelle
Le temps d'enfiler nos uniformes
Et nous voilà d'autres hommes
La ï ti la la la ï ti la la ï hé

Refrain

MERCI PATRON, merci patron
Quel plaisir de naviguer pour vous
On est heureux comme des fous
Merci patron, merci patron
Ce que vous faites ici bas
Un jour Neptune vous le rendra

Quand on pense à tout l'argent
Qu'en fin de mois le fisc vous prend
Nous avons tous un peu honte
D'être aussi près de nos comptes
Tout le monde sur le navire
Vous adore jusqu'au délire
Vous êtes notre bon ange
Et nous chantons vos louanges
La ï ti la la la ï ti la la ï hé

{Refrain}

Mais en attendant ce jour
Pour vous prouver notre amour
Nous voulons tous vous offrir
Un peu de notre plaisir
Nous allons changer de rôle
Vous irez signer le rôle
Et nous nous occuperons
De dépenser votre pognon
La ï ti la la la ï ti la la ï hé

Nous serons patrons-pêcheurs, nous serons patrons
À vous le plaisir d'attraper le mérou
Vous serez heureux comme un fou
Nous serons patrons-pêcheurs, nous serons patrons
Ce que vous avez fait pour nous
Nous le referons pour vous
La ï ti la la la ï ti la la ï hé

**********************

... Mais voilà, nous sommes des marins, pas des cigales
qui nuit et jour à tout venant chantent, ne vous déplaise.
Car l'armateur vous répondra alors:
- Vous chantiez ? j'en suis fort aise. Eh bien! dansez maintenant.

**********************

Danser... ce sera pour Santos... avant cela il faut se rendre à Zaventem pour prendre un avion qui avec escales à Paris et Lisbonne nous fera atterrir au Brésil.

Et la question qui tue:

-Mais comment reconnaître ce commandant Decock , que je ne connais "ni dève ni daddan" (vieille expression "bibique") qui nous attendra à l'aéroport parmi des centaines d'autres passagers?

Le patron:

- Le commandant Decock vous attendra en face du kioske à journaux... il portera au bras droit sa gabardine bleue de marine.

...Quelle ingéniosité... "Merci Sherlock"...(qui rime avec Decock)... s'il s'était agit du commandant Dispas (celui qui ne nous aimait pas)... fallait-il dire "merci sherpa"?

***************************

Vous voilà donc tous rassurés... notre aventure dans la Marine Marchande Belge ne s'est pas arrêtée définitivement dans un port argentin; notre carrière n'a pas souffert de notre indiscipline et l'histoire peut continuer la semaine prochaine.

Je dirai pour rester poli: nous "vous-voyons" (non pas "nous nous noyons")tout le monde dans huit jours, de manière "singulière"!

SUITE 22

Déjà 16h00, bof, "vieille moutarde que j'aimais" (mieux vaut tard que jamais)!

Le Steendorp, mon prochain navire, c'est l'ancien Sognefjell, un bulkcarrier norvégien construit à Kiel en 1967, IMO 6712239, 202m de long, 29m de largeur. Il fut vendu à Bocimar en 1975, et rebaptisé Steendorp, du nom d'un petit village de Flandre Occidentale situé sur l'Escaut. En 1978, le navire sera revendu à la Star Ocean Shipping, compagnie sous pavillon panaméen, et rebaptisé Alexander Star. Il naviguera jusqu'à sa démolition en Chine en 1985.

Le Steendorp appartient donc en 1976 à la compagnie belge Bocimar, qui commence à cette époque à avoir des liens étroits avec la CMB, via la famille Saverys, propriétaires de l'ancien chantier naval belge Boelwerf à Temse. Ils ont fait appel au "crew department" de la compagnie maritime belge pour compléter leurs effectifs: c'est ainsi que je me retrouve chez eux.

Mais avant de monter à bord, il faut effectuer le voyage vers Santos où doit arriver le navire dans quelques jours, et le 16 septembre 1976 au matin, le commandant attend son second-officier dans le hall de la Sabena à Zaventem, avec pour tout signe de reconnaissance, sa gabardine bleue au bras droit.
On se trouve sans problèmes et après avoir échangé quelques amabilités, nous prenons l'escalator mais dans le sens contraire, puisque nous descendons vers la zone d'embarquement, un étage plus bas. Au pied du "descalator" (toujours ce souci de l'exactitude), une boutique hors-taxe... elle semble faire de l'oeil à mon commandant qui s'y engouffre séance tenante** (voir en fin de récit) et en ressort quelques instants plus tard avec sous le bras encore libre , l'autre étant encore occupé par la gabardine, un sac papier (en 1976 nous n'en sommes pas encore au "tout-plastic") contenant une bouteille de cognac Martell.

- "Pour la route", comme Roland, le commandant, me le dit ...en néerlandais: "Voor de "Steenweg" (traduc:"pour le chemin de pierre")... normal, puisque nous allons rejoindre le Steendorp (traduc: "Village de pierre").

Je découvre à ce moment que mon nouveau commandant n'est en fait qu'un Saint-Bernard qui ne se déplace jamais sans son petit tonnelet de remontant....qui nous fait "remonter" l'escalator de l'aéroport? Non, quand même pas, même si mon récit est parfois fantaisiste, l'affabulation elle aussi a ses limites!

Quant à la bouteille, elle ne sera plus qu'un récipient en verre vide lors de notre arrivée à Sao Paulo...

Le premier avion nous conduit à Paris. Ensuite, un vol Air-France nous amène à Sao Paulo au Brésil via Lisbonne; finalement c'est un taxi qui nous conduit directement à l'agence de Santos.

Immédiatement une très très bonne nouvelle: le navire est bien arrivé sur rade, mais devra rester 3 jours au mouillage en attente de quai.
Quant à nous, un hôtel nous attend, et à la demande expresse du commandant, cet établissement doit-être situé à un jet de pierre (pour ne pas être grossier,... j'ai hésité un court moment à utiliser l'expression "jet de sperme") de la Général Camara, rue chaude de cette ville; et en plus il lui faut un hôtel pas trop regardant sur les personnes d'un autre sexe que nous pourrions "éventuellement" inviter pour un dernier verre dans notre chambre "en tout bien tout honneur" et sans aucune arrière-pensées, ...je vous le jure et n'en démordrai pas, même sous la torture (sado-maso de préférence).

Le temps d'emménager dans ma chambre d'hôtel, que déjà on frappe à ma porte: c'est le commandant qui s'étonne qu'un jeune comme moi soit encore là et pas encore en chemin vers ces lieux de perdition qui pulullent à Santos. Bon, un ordre est un ordre, et j'emboîte le pas de mon supérieur. Quelques cruzados de taxi plus tard, nous voilà assis à la terrasse de l'Hamburg-Bar, avec sur la table 4 cuba libre, ... non pas que nous ayons très soif, mais notre sex-appeal et surtout notre sex-apognon, a déjà réussi à "séduire" 2 très jolies brésiliennes qui nous déclarent tout de go leur amour éternel. Au moins en ce temps là, la prostitution pouvait encore vous conter fleurette et l'alcool aidant, tout le monde faisait semblant d'y croire!

Voilà à peine une demi-heure que nous sommes attablés, lorsqu'un gaillard d'environ 18 ans, qui passe dans la rue, reconnaìt mon commandant et de joie lui saute pratiquement au cou... il me reconnaît d'ailleurs aussi. Il s'agit du matelot-léger du Rubens...ben oui, le fameux Rubens du commandant Dispas que j'ai quitté il y a 3 semaines et qui, continuant son voyage le long de la côte, est lui aussi en escale à Santos.

- "Garçon, remettez les verres!"

Après moultes rhum-cocas et comme il n'est pas loin de 13h00 (heure belge) donc 18h00 (au Brésil avec 5 heures de décalage horaire), nous décidons d'aller prendre notre repas du soir sur le Rubens, y'a pas de petits bénéfices... Entre commandants, Dispas ne pourra pas faire autrement que d'inviter son collègue du Steendorp!

Et nous voilà au pied du gangway du Rubens... que j'ai descendu il y a 3 semaines avec deux sacs: le mien et celui du "Vieux". Je le remonte aujourd'hui, tout aussi chargé, mais cette fois d'une cargaison qui sent bon le Bacardi...
Allez, en avant, direction la cabine de Dispas, commandant du bac... qui ouvre sa porte, me voit, ouvre des yeux "étonnés- révulsés- ébahis- courroucés- incrédules", et j'en passe, ... ou plutôt, Jean passe, Jean Brichard, le chef mécanicien du navire, qui nous invite à boire un godet dans sa cabine...

Npous laissons donc en plan Dispas et ses rancunes tenaces et après un verre chez le chef, nous nous retrouvons dans le mess des matelots. Bien vide par ailleurs: ils sont tous à terre à faire la "Java de Santos" ( si bien chantée par Mouchel "Sardine à Lille").

Je vous passe les détails de la suite de la soirée... ayant un alibi en béton: je ne me souviens de rien!

Après quelques jours de "RIBOTE non-stop" (mélange de wallon et d'anglais), ou de "Festegar sin Parar" en espagnol, nous sommes finalement obligés de rejoindre le Steendorp qui vient d'accoster.

L'arrivée du commandant provoque un accès de fièvre que j'ai rarement connue: l'équipage, qui paraît bien le connaître, entame la danse des canards, pousse des cris de Sioux, bref, ils lui font une fête digne des mariages grecs d'avant la crise... lorsque le Sirtaki n'était pas encore hors de prix. Le commandant qui débarque demain ne paraît pas tellement apprécier, mais bon, rien à foutre, celui-là il s'en va !

Cette arrivée espadonitruante (ou tonitruante,au choix) préfigure bien l'ambiance qui sera celle du Steendorp pendant mes 5 mois à bord.

Mais bon, rien ne sert de pousser la machine à fond... le heavy fuel n'est pas donné, nous naviguons à vitesse économique, "Full Sea Speed - Economic Speed" et nous en gardons pour la suite.
Le voyage sur le Steendorp commence, à nous de bien en profiter!
Et à vous de bien profiter de ce week-end qui s'annonce ensoleillé... du moins ici à Tormos.

Ah oui, j'avais oublié de mentionner: le Steendorp est équipé d'une hélice "Pitch Propellor"... KÈKEÇÈ? Une hélice dont l'orientation des pales peut varier. Il n'y a donc pas de télégraphe sur ce type de navires, et pas de renversement de machine; l'hélice tourne toujours dans la même direction: c'est l'orientation des pales sur leur axe qui assure le sens de la propulsion et la vitesse.
Je vous explique cela plus en détails la semaine prochaine...bien qu'un officier mécanicien ferait cela bien mieux que moi, avis aux lecteurs concernés!

Pitch Propellor...
Important pour la suite du récit? Oh que oui!!!
Important pour le sérieux du récit? Oh guenon!!! (parole de ouistiti).

** Et pour terminer cet épisode sur une note pédagogique...voici l'étymologie de "séance tenante" ...ou encore , "si je vous dis céans que séance vient du vieux verbe "seoir", est-ce que cela va vous asseoir sur votre séant?"... tout simplement: une séance est une réunion de gens qui siègent, donc qui sont assis. Quant à tenante: qui se tient en ce moment... vous n'en aviez rien à cirer? D'accord, mais il n'est jamais trop tard pour ap(éro)prendre! BON W-E!

Photos 1 et 3: le Sognefjell, futur Steendorp

Photo 2: Steendorp, mais le village belge sur l'Escaut.

Photo 4: j'ai réussi à dénicher une photo de l'ancien 3ème lieutenant du Steendorp sur FB, Roland Callebout, à l'époque il avait 25 ans...et me paraissait plus jeune!

Photo 5: Hélice à pas variable (pitch propellor)

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Suite 23

TRÈS LONG , TROP LONG AUJOURD'HUI!!!

Steendorp- Bocimar- 20 septembre 1976.

Nous avons chargé des céréales à Santos pour l'Italie, Genoa.
Ensuite, après une traversée en ballast de l'Atlantique, nous remontons le Mississipi jusqu'à La Nouvelle-Orléans, pour y charger du grain.
Comme d'hab, la chance est au rendez-vous: nous arrivons tout juste pour le Carnaval; si celui de Rio est connu, celui de New Orleans vaut son pesant de colliers de perles!

Bien sûr, il est hors de question de travailler pendant le Mardi-Gras... nous serons obligés de faire la fête avec les gens de là-bas, les amerlocks, les créoles, les cajuns (acadiens) qui baragouinent un franglais de derrière les fagots.
Les créoles adorent se foutre des cajuns, qu'ils trouvent un peu bêtas, et en font des blagues, genre:

Boudreaux et Thibodaux partent early ce matin là pour aller fishing. Ils "rent" (louent)un boat et fish plusieurs hours sans succès. Mais vers la fin du day, coup de bol, ils tombent sur un nest de "sac-à-lait" *. En une hour ils prennent une cinquantaine de big milky-white.
"Mais, Thibodaux, on doit marker ce spot, yeah, pour revenir demain"
Thibodeaux fait une big X sur la coque du boat.
"Mais cuyon", dit Boudreaux "et si demain on nous donne un autre boat!"

* Le "crapet sac-à-lait" est un poisson que l'on trouve dans les rivières de l'Est des USA, il est en voie de disparition, c'est pourquoi vous n'en avez jamais vu!

Mais bon, finalement je n'ai rencontré ni Boudreaux ni Thibodaux dans le French Quarter... ni dans la grande avenue attenante où défilaient les chars. Des milliers de colliers de perles de pacotille sont lancés dans la foule lors du défilé et il s'agit d'en attraper un max que l'on pend à son cou.
Et bien sûr,New Orleans, c'est Bourbon street, les enfants noirs danseurs de claquettes, le Preservation Hall où l'on écoute les vieux bluesmen, le Bourbon House café, pour boire les "Old Fashioned":
• 1 teaspoon superfine sugar
• 2 dashes angostura bitters
• 1 barspoon (1 teaspoon) club soda or water
• 2 ounces rye or bourbon whiskey
• Ice, preferably a single large cube
• Orange twist, for garnish
• one cherry

Exagération = bonjour les maux de tête!

***********************

Du Steendorp, 40 ans plus tard, je m'en rappelle comme "DU" navire pirate!... pourtant, en relisant la liste d'équipage, beaucoup étaient des garçons biens sages et sérieux. Mais je fréquentais le "Cercle des poêtes non pas disparus mais maudits". Le commandant y avait sa place, Willy Rouzee, 3ème officier mécanicien, André Linkens, 4ème engineer, Martin Hendriks le chef coq...d'autres sans doute, don't remember anymore.

Quelques courtes histoires pour s'en souvenir:

1. Lors de l'escale de New Orleans, le vieux fait imprimer des T-shirts avec les mentions "Pirates of the Steendorp" et achète tout un lot de casquettes de ba(i)se-ball, avec le nom du navire. Celle du commandant portait la mayonnaise en liseré. A partir de ce jour, nous avions notre nouvel uniforme... et merde, depuis je l'ai perdu!

2. Une chose que le commandant Jack Sparrow m'a apprise, c'est de faire participer tout l'équipage pour certaines tâches rebutantes :
Le jour où le camion du shipchandler italien stationne sur le quai à Gênes, il appelle tout le monde à la rescousse, et le chargement des provisions se fait en un temps record et dans une joyeuse ambiance, deux ou trois bacs de bière ayant été déposés à mi-chemin entre le lieu de déchargement et celui du stockage, comme des bornes signalétiques.

Il fait de même pour repeindre le pont principal du navire en pleine mer: matelots, officiers de pont mais aussi mécaniciens et personnel de cuisine, avec en tête le Vieux bien sûr, tout le monde est sur le pont, musique rock à fond , rouleaux à peinture, pots de 30 litres de Hempels et bouteilles de 33cl de Lamot à portée de paluche... et ça marchait super!

3.LA CHENILLE DU STEENDORP:

Une autre tradition du Steendorp c'était la chenille qui depuis la cabine du commandant, conduisait les amateurs d'apéro jusqu'à la cuisine en passant par le mess et la pantry, 3 étages plus bas, au rythme de la musique rock toujours présente... ce n'est pas pour rien que nous avions surnommé le Vieux, "Captain Juke-Box"...

Tous les matins, à 10h00, heure du coffee time, les premiers clients se pointaient devant la cabine du Captain. On entendait la musique dans tous les alleyways; le commandant se mettait en tête de la "Chenille", T-shirt des pirates sur le dos, bretelles aux couleurs US pour soutenir un bermuda à fleurs... Jack Sparrow donnait le départ en tirant deux fois sur ses bretelles tout en imitant le sifflement du train; la chenille se mettait en route, me cueillait au vol, devant ma cabine, moi qui venait de me lever de mon quart minuit-quatre. Ensuite nous descendions les escaliers à la queue-leu-leu en chantant.
C'est dans la cuisine que se prenait le premier apéro de la journée. Ceux qui retournaient au boulot à 10h30 étaient remplacés par d'autres et l'on arrivait ainsi à l'heure du repas....

4. Autre souvenir: la fameuse cabine de Willy Rouzee, transformée en bar! Nous pouvions signer de l'alcool, mais tout allait dans les 2 frigos de cette cabine, ouverte jour et nuit, lumières rouges tamisées, rideaux tirés, musique non-stop, et Willy y dormait (peu) au milieu des traînards finissant leurs verres, des repassages de quarts de nuit, des danseurs et des danseuses. Le frigo, magique, tout comme la cabine, ne se vidait jamais.

5. Nous organisions des combats de boxe dans la piscine, pendant que les spectateurs buvaient des Irish coffee. Le début des rounds était donné par le tintement du gong. Les fonds de verre finissaient dans l'eau qui était recouverte d'une couche de crème peu fraîche. Un jour, le vieux, dans un état second, a même pissé sur la tête des combattants depuis la margelle!

6. La semaine dernière je parlais du pitch propellor "Kamewa" (merci Patrick Verthongen).
L'histoire qui suit n'aurait pas eu lieu sans cet équipement de propulsion.

Ça commence, ..."comme un rêve d'enfant, on croit que c'est dimanche et que c'est le printemps" ( c'est julien Clerc qui le chante... mais clair, il ne fallait pas l'être pour la suite); en fait, ça commence à la fin de mon quart, vers les 15h00, dans l'Atlantique Nord,de retour des USA.

Temps maussade, forte houle, le navire "tanguéroule" d'un bord sur les 3 autres. Sur babord, nous rattrapons un navire auxiliaire de la British Navy, pas très "lapide" (quoi de plus normal, le "lapide" est un "tlain qui loule tlès vite", et nous parlons navires).

Vers 16h00, alors que le 1er officier reprend le quart, nous sommes à sa hauteur, à quelques cables de distance. Le Vieux est sur la passerelle, il téléphone dans la machine pour prévenir ses deux acolytes, fait apporter un ou deux bacs de Lamot, et décide de "s'amuser" en se rapprochant de l'autre navire, histoire de lui faire peur.
Il modifie la route de quelques degrés, et nous sommes maintenant assez proches que pour échanger des signes de la main entre les deux passerelles.
Sur celle du Steendorp, les mains agitent des bières qui moussent en direction des marins anglais.
Sparrow, légèrement émêché (mais je ne lui lancerai pas la première "steen"), diminue la vitesse au moyen du Kamewa pour rester à hauteur de notre voisin, et continue à se rapprocher. Il demande au premier officier d'arrêter le "course recorder" (lorsqu'on fait le con sans l'être vraiment, autant effacer les traces).
Sur le bac anglais, inquiets, ils nous contactent au VHF: les 2 navires sont très proches et avec l'état de la mer c'est impressionnant! le vieux leur dit vouloir rompre la monotonie de la traversée et voir de près un navire de la Navy!

Le premier (officier) est le premier chez qui le franc (2,5 centimes d'Euro)tombe... il se dit que cela ressemble à une grosse connerie, refuse tout net et dit au vieux que s'il cherche les embrouilles, il n'a qu'à reprendre le quart, signer le journal de bord et assumer ses délires...

Ouf! Cette gueulante du premier fait revenir le commandant Jack sur terre "peu" ferme... il se ravise, remet les gaz et nous laissons derrière nous les marins anglais qui se demandent encore aujourd'hui quel était le "De Coke"-en-Stock* qui commandait ce navire fou! ( * pour le livre de Tintin du même nom, voir Hergé; pour de plus amples informations, s'adresser aux RG).

Le lendemain, dessoûlé, et jusqu'à l'arrivée en Europe, le commandant va craindre pour son job: normalement le captain de la Navy, qui a dû relever le nom du navire, va rédiger un rapport qui sera transmis à Bocimar...

Et bien non! Cette histoire restera sans suite, au contraire de la mienne... aussi incroyable que cela puisse paraître.

****************************

¿ Vous me croyez quand je vous dit que les pirates du Black Pearl à côté de ceux du Steendorp, cela ressemblait aux pélerins de Compostelle ?

Quand, en mars 1977, je débarque du Steendorp, j'ai pris près de 10 kilos! ... Ce qu'il me manquait peut-être pour me conférer la stature d'un futur chief mate... car, et je l'ignore encore en ce moment, pour mon prochain voyage je serai premier officier, second-capitaine comme on dit chez nos cousins d'Outre-Quiévrain...

**************************

Bon week-end à tous, et n'oubliez pas de regarder les commémorations du 200ème anniversaire de Waterloo!

Et ici intervient l'inspecteur Bourrel: "Mais bon sang, mais c'est bien sûr!"

...La manoeuvre de De Cock sur le Steendorp en présence du ravitailleur** anglais, en fait il voulait réécrire Trafalgar et ainsi venger Waterloo!

Roland De Cock, ce héros méconnu qui voulait réécrire l'Histoire!

Si ça ne vaut pas une Légion d'Honneur, encore que, cela méritait tout de même que je lui consacre une matinée de vendredi!

** Dernière remarque: le mot "ravitailleur" n'a strictement rien à voir avec l'expression "ravi, tailleur" (synomyme de "enchanté, couturier").

HASTA LUEGO!

Photos dans le désordre:
Le Steendorp - Santos - le poisson "sac-à-lait"- Preservation Hall - Affiche du Mardi-Gras - Trafalgar - les colliers du Mardi-Gras - le Old Fashioned -

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Histoire de Alain VanHoucke Zingle épisodes 12 & suivants
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Suite 24

...Le Steendorp arrive finalement au Havre et au havre, le 7 mars 1977. Cela me laisse quelques semaines de vacances avant de retrouver la Zeevaartschool d'Antwerpen pour 6 semaines de révisions et 2 semaines d'examens, avec à la clé le brevet de Capitaine au Long cours, dernière étape théorique de ma carrière maritime... du moins c'est ce que je pense à ce moment, je suis encore loin de me douter que 16 années plus tard j'y reviendrai comme prof et pour 20 ans!

Etonnamment, étudier, bloquer, réviser, cela ne m'a jamais déplu. Une fois dans le bain, je peux passer des nuits s'il le faut la veille d'un examen. Surtout ne rien laisser au hasard. J'ai toujours été un grand fainéant, et le véritable fainéant c'est celui qui réussit toujours ses examens du premier coup... les autres, ils redoublent et travaillent doublement pour arriver au même résultat, bande de foutus courageux, va!
Ces deux mois je les passe à la Zeemanhuis, encore située près du Schippers Kwartier, le quartier chaud. En 2011, elle a déménagé et se trouve maintenant sur la Noorderlaan, près des cinémas... à chaque génération de marins ses hobbies!

Ce n'est pas parce que l'on aime étudier et qu'on croit connaître que l'on est étanche à la panique devant la feuille blanche ou l'interrogateur, mais bon, on a tout de même de meilleures cartes en main, ça peut aider pour bluffer.

Finalement cela se passe mieux que bien, et le 10 juin je reçois mon brevet avec distinction (faut que je téléphone au commandant Dispas, celui qui m'avait donné le sac du Rubens, pour lui annoncer!).
Bon, maintenant il faut attendre quelques mois de plus pour le valider: en plus du brevet il faut justifer de 60 mois de navigation, et il m'en manque encore un peu.

Comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, 15 jours plus tard la CMB me téléphone pour m'annoncer mon prochain enrôlement comme Chief Mate sur le Teniers pour le 16 juillet.

*********

Allez, parlons un peu Navire:

Le Teniers, un general cargo de la famille des Jordaens, Breughel, Memling (qui sera rebaptisé en Rubens), BRT 10550t... en fait un Mo-boat un peu plus moderne pour l'époque et surtout beaucoup plus rapide.
5 cales avec basse-cales, mâts de charge et grosses bigues, 4 petits deeptanks pour l'huile de palme ou similaire, une machine sulzer.
Construit en 1964 aux chantiers Cockerill Yards de Hoboken (Anvers), il portait l'indicatif ONTF, longueur 157,60m, largeur 20,11m, vitesse 18 noeuds.

Allez, parlons un peu du Commandant du Teniers:

Le commandant du Teniers, il s'appelait Lucas Norbert: né le 16 juillet 1928, c'était un homme exceptionnellement correct, gentlemen, très bon marin, aigri par la maladie.
Il avait navigué assez longtemps comme commandant du paquebot mixte de l'Albertville, qui assurait la liaison entre la Belgique et l'Afrique de l'Ouest, et qui avait perdu sa raison d'être après l'indépendance du Congo.
Quelques années plus tard, suite à un début de gangrène, il avait dû être amputé d'une jambe lors d'un voyage en Afrique de l'Est. Depuis, il portait une prothèse.

Une anecdote à ce sujet: pendant la traversée de l'Atlantique, nous avons subi une grosse tempête, ce qui ne facilitait pas les déplacements du vieux sur le navire.
Quand nous étions dans le mess à l'attendre au moment des repas, nous pouvions l'entendre arriver à cause du grincement que faisait sa jambe de bois (dont on ne fait pas les pipes)...
un jour à midi, nous étions dans le mess commandant, Julius Kees, le chef mécanicien et moi.
Nous entendons comme chaque jour l'arrivée de la prothèse et du commandant... et quand il arrive dans le mess, Julius lui tend une burette d'huile: "Tiens, kaptein, een beetje vet kan geen kwaad!" (sers-toi commandant, un peu d'huile fera l'affaire)
Lucas n'avait pas tellement apprécié.

Moi je l'appréciais beaucoup, ce commandant. En plus, à cause de son handicap, il comptait énormément sur moi pour toutes sortes de petits boulots, et j'ai ainsi beaucoup appris lors de ce premier voyage de 1er officier.

Julius Kees, chef mécanicien du Teniers: encore un de ces chefs mécaniciens d'anthologie: il avait horreur des stuurmannen (les officiers de pont) , mais moi il m'avait à la bonne, allez savoir pourquoi.

********

En feuilletant sur le net pour trouver des renseignements concernant le Teniers, je suis tombé par hasard sur le récit qui suit, celui d'un deckboy (mousse) qui venait de faire son premier navire dans la marchande sur ce navire, après avoir navigué sur des bateaux de pêche.
C'est savoureux, encore faut-il comprendre le néerlandais, et plus particulièrement l'anversois, ou l'ostendais (?)... je tiens à préciser tout de suite, qu'il s'agissait d'un autre voyage que le mien.

-----Quote--------

De Teniers was een ouwe congoboot.
Hier aan boord gekomen val ik van de ene verassing in de andere.
Deze Teniers was ne janettenboot,allemaal reetridders aanboord.
Heb geweldige slechte herineringen aan dit schip dat ik hier liever niet verder op in ga.
Dat reisje duurde van 27 jully tot 21 augustus,dus niet zolang maar voor mij een eeuwigheid,en bij die ouwe vond ik geen gehoor wat ze allemaal wilden uitsteken met mij.
S'nachts sliep ik met een groot mes onder het kopkussen en de deur opslot met spietjes onder de deur dat ze ze toch niet zouden open krijgen,sommige rotzakken bezaten een master key en konden elke kamer in.
Zelfs in de pantry of de mess voelde ik mij niet veilig.
Die ganse reis ben ik lastig gevallen en gediscrimineert door die vuile bende.
Nooit heb ik nog willen aanmonsteren op een schip van CMB.
In antwerpen heb ik zelfs klacht neer gelegd,maar daar bij de waterschout werd er gewoon mee gelachen,eentje zei zelfs steek dan gewoon een talloor in je broek.
Heb toen van andere deckboys gehoord dat zij op CMB ook lastig gevallen werden door potmannen.
Toch erg als je geen jonge knapen kan gerust laten.
Der was zelfs een chef steward bij die de hele dag met zijn spuit stond te stoeffen in de gang,dat ik er misselijk van werd.

----- Unquote ---------

Tentative de traduction:

"Le Teniers était un congo-boot. (navire qui faisait la ligne du Congo)
Ici à bord je suis allé d'une surprise à l'autre.
Ce Teniers était un bac de pédés, tous des lècheurs de culs.
J'ai de très mauvais souvenirs de ce navire et je préfère ne pas en parler.
Le voyage a duré depuis le 27 juillet jusqu'au 21 août, donc pas trop long, mais pour moi c'était une éternité, et le commandant ne voulait pas me croire lorsque je lui disais ce que les autres voulaient me faire subir.
La nuit, je dormais avec un grand couteau sous l'oreiller et la porte fermée, avec des cales en-dessous, car certains de ces salauds possédaient un passe-partout.
Même dans la cuisine je n'étais pas en sécurité.
Pendant tout le voyage j'ai été agressé et discriminé par cette racaille.
Plus jamais je n'ai accepté d'enrôler sur un navire de la CMB.
A Anvers, j'ai déposé une plainte, mais au commissariat maritime ils ont rigolé, l'un d'eux m'a dit que je n'avais qu'à glisser une assiette dans mon froc.
D'autres deckboys m'ont dit qu'ils avaient également été sexuellement agressés par du personnel de la cuisine.
C'est grave si l'on ne sait même pas laisser en paix un jeune mousse.
Il y avait même un chef steward qui tout le temps se promenait la queue à l'air dans les couloirs, j'en devenais malade."

********

Hé oui, aujourd'hui je fais dans la facilité: un peu de copié-collé, mais je trouve que le jeu en valait la chandelle... ou la quèquette!

*******

Donc la semaine prochaine, récit de mon voyage sur le Teniers, et je vous rassure tout de suite: contrairement aux craintes du deckboy, moi je ne serai pas agressé, pas de pirates, de pédérastes ni de piranhas à l'horizon, pas de coup du "périscope par surprise" non plus!!!

*****************************************

Photos:
- Mon brevet
- La Zeemanhuis d'Anvers, aujourd'hui démolie.
- Le Teniers
- Le commandant Lucas, en 1972, commandant du navire passager Albertville.
- L'anniversaire du 3ème officier Jean-Claude Przegralek (21 Août) avec de gauche à droite: Annie De Ceulaer (mon ex) , Jean-Claude, Michel Dewilder (le marco), X, et moi.

J'y pense : Jean-claude Przegralek fait aussi partie du groupe, non? Sur le Teniers, son épouse était stewardess:Zoffia Kurzynowska. Un couple sympa!

Histoire de Alain VanHoucke Zingle épisodes 12 & suivants
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Suite 25

Bonjour à tous!... juillet 1976.Le Teniers.

Un premier voyage comme chief Mate, c'est tout de même autre chose qu'une première communion...

Bien sûr il y a toujours le vieux dans sa tour d'Ivoire au-dessus (tour d'ivoire: dans le Cantique des Cantiques, c'est le terme désignant le cou d'une femme ; pour Sainte-Beuve, c'était l'endroit où Alfred de Vigny se retirait pour ciseler ses poésies; il y a aussi Yvoir sur la Meuse et Yvoire sur le Lac Léman)... ici il s'agit de la cabine du commandant, celui qui a 4 galons et une couille (sur chaque bras) et fixe l'horizon aux jumelles en essayant "d'y voir" la terre ferme! (cultivateur, va!).

Sur un navire, il y a aussi le chef mécanicien, celui qui a remplacé les voiles par un truc sale et malodorant qui s'appelle machine, ancien chef tam-tam des trirèmes , pentécontères, quinquérèmes carthaginois, dromons byzantins et galéasses vénitiennes, avec qui le premier officier se dispute depuis des temps immémoriaux la place de second hiérarchique du bord!...

Pour contenter tout le monde je dirais que l'Etat-Major du navire c'est la Sainte Trinité: il y a dieu le père, assis sur son petit nuage, son fils (le chief mate, digne successeur du commandant, car contrairement à celui des évangiles , celui de la vigie est mortel) et le Saint Esprit... ou comme disent les officiers de pont avec leur langue de vipère: le Simple d'Esprit.

Disons que le premier officier gère le rez-de-chaussée et les étages tandis que le chef mécanicien s'occupe de la cave... et pour continuer la comparaison avec notre bonne religion, la cave c'est l'Enfer, sauf qu'il fait plus chaud dans la salle des machines que dans l'antre de Lucifer!... c'est pourquoi le chef mécanicien y descend rarement... j'ai connu un chef mécanicien qui en cherchait la porte d'entrée...

Pour résumer une dernière fois:

- Le commandant: il donne surtout des ordres au marconiste, ou plutôt, il l'invite dans sa cabine pour boire un verre pendant que les autres travaillent. Entre eux il y a surtout une relation de fainéantise: c'est à celui des deux qui travaille le moins!

- Le premier-officier.
c'est lui qui se fait engueuler lorsque le commandant s'est fait engueuler par la Compagnie.
C'est aussi lui qui se fait engueuler si le commandant s'est fait engueuler par sa femme.
C'est lui qui se fait engueuler, si le commandant a eu un différent avec:
• l'agent,
• le Shipchandler,
• le Stevedoring,
• les Autorités,
C'est lui qui se fait engueuler par le commandant à cause:
• du matelot qui n'a pas fait son boulot
• de la stewardess que le premier a réprimandée
• de la stewardess que le premier a draguée sans son consentement
• de la stewardess que le premier n'a pas draguée malgré son consentement...

• Et qui tous sont venus se plaindre chez le commandant, père du navire!

Ben oui, le premier est parfois la tête de turc du vieux!***

*** A une époque où l'on se fait vite traiter de raciste, je vais de ce pas changer cette expression de tête de turc en un de ses synonymes:

- en anglais: "scapegoat" ou souffre-douleur;

- en espagnol: "el chivo expiatorio" ou bouc émissaire;

- en Israélien: "Roch Tourki" , mais zut, ça veut aussi dire tête de Turc; ces "youpins" tout de même, oh merde, on va encore me traiter de raciste, donc je dois à nouveau chercher dans le dictionnaire des synonymes... et ça n'aura donc pas de fin!!!

- En Hollandais: "Pispaal" ou le poteau sur lequel on pisse;

- En suédois: le "driftkucku" et pour finir en wallon de Belgique: "el tchin leup"!

Le premier officier peut cependant se venger sur tout ce qui bouge à bord entre le rez-de-chaussée et le pont des singes (monkey-bridge), situé au dessus de la passerelle.

Il donne les ordres au bosco, distribue les heures supplémentaires, tutoie les officier qui le vouvoyent, fait le plus beau des trois quarts (hé oui la marine c'est pas comme les galettes qui elles sont quatre quarts), le quart 4-8: celui du lever et du coucher du soleil (c'est pendant son quart qu'un premier officier il y a bien longtemps a eu cette intuition que la terre tournait autour du soleil... ce qui fut confirmé par la suite par un certain Galilée, celui des galettes), 4-8 c'est le quart des stellaires, le quart du sadique qui réveille tout le reste de l'équipage au petit matin, le quart qui passe vite car entrecoupé par la visite du bosco à 6h00 qui vient aux nouvelles, par le repas du soir, et par la présence de l'aspirant-officier... bref, rien que du bonheur!

Toujours en parlant boulot du premier:

A mon époque, c'était le premier-officier qui était à la proue lors des arrivées et départs de port. A la passerelle il y avait le vieux et le 3ème, et le second était à l'arrière. Depuis lors, le premier est souvent à la passerelle et le 3ème à l'avant. Je préférais la première méthode... pas besoin de deux chefs en plus du pilote sur une passerelle.

En port, c'est pas de chance pour le premier: le boulot c'est pour sa pomme! Aller à terre n'est pas toujours évident... et c'est pourquoi j'insiste à nouveau auprès des jeunes: profitez-en comme second ou troisième lieutenant, sortez autant que vous pouvez... et si la femme du premier est jolie, n'hésitez pas à l'inviter à vous accompagner!

En parlant du voyage 80 du Teniers.
Il s'agissait d'un voyage vers le Golfe du Mexique: Coatzacoalcos, Veracruz, Tampico, Corpus Christi, New Orleans, Tampa, Pensacola... et comme toujours sur les cargos de la CMB, escales européennes à Rotterdam, Amsterdam, Brême, Hambourg et bien sûr le port d'attache: Antwerpen.

L'équipage? 37 personnes à bord! 29 belges, 1 italien, 7 espagnols.

Comme le voyage commencait en juillet, nous avions embarqué 5 cadets de l'ESNA,
Il y avait 10 hommes dans la département machine: 8 officiers et deux matelots-wipers,
6 autres dans le département cuisine: le chef steward, le chef coq, le boulanger et 3 stewardesses.
Sur le pont, le bosco avait sous ses ordres 5 matelots, deux matelots-légers et deux deckboys (des mousses).

C'est pas du luxe, ça???
Jetez un coup d'oeil sur la liste d'équipage en annexe... avec un équipage aussi nombreux les armateurs d'aujourd'hui rempliraient 3 navires. Les requins!

Pour le récit du voyage patientez une semaine de plus, ... cette semaine j'ai pas mal digressé, ma spécialité, demandez à mes anciens étudiants qui ... confirmeront sans avoir recours à la tortu(r)e!

Hasta la proxima semana, en julio; Bon fin de semana a vosotros, los marineros!

1. Trirème
2. Pentécontère
3. Quinquérème carthaginois
4. Dromon byzantin
5. Galéasse vénitienne
6. liste d'équipage du Teniers
7. le m/s Teniers

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SUITE 26...

Après une semaine napoléonienne, retour hier au pays du roi soleil, celui des Bourbons d'Espagne, descendants de Louis du même astre
(soleil)... un saut dans le temps...météorologique, et une différence de 15 "de Gray" (Alexandre-Martin de son prénom, député de la Haute Saône sous l'Empire).

Et je continue les élucubrations d'Alain là où nous les avions laissées la semaine dernière.

Certains doivent d'ailleurs commencer à penser que Van Houcke a dû grapiller à babord et à tribord des anecdotes d'autres marins et ensuite a cru les avoir vécues lui-même... car encore une fois, ce voyage m'a réservé des surprises!

Arrivés au Mexique, à Veracruz, et comme le travail cesse durant tout le week-end, le commandant nous propose à mon épouse (ex) et moi de l'accompagner pour aller visiter les pyramides de Teotihuacan, près de Mexico.
De toutes façons, il lui faut un chauffeur, car avec sa prothèse de jambe ce ne sera pas évident de faire le trajet seul!

D'après le commandant Lucas, ce sera un jeu d'enfant: on loue une voiture, et on y va en passant par Cordoba, Horizaba, Zaragoza, et finalement Teotihuacan de Arista , 380km environ sans se tromper!

Aussitôt dit, aussitôt fait, l'agent local se charge de nous trouver un véhicule de location qui ressemble à une vieille américaine en déglingue qui a dû avoir des freins dans une autre vie.

Petit rappel: nous sommes en 1977, et l'état des... allez je vais oser: "routes", laisse fameusement à désirer. Cela n'arrête pas de monter et descendre, et c'est pas du petit dénivelé, ...à vélo il faut des mollets! Et sans les freins, c'est un peu comme à vélo sans les mains... si on insiste on finit la ballade sans les dents!

On est parti tôt le matin, on a roulé comme des malades sans s'arrêter, on a crevé de chaud dans une bagnole sans airco, on a été bouffé par les mosquitos, on s'est perdu et on a abouti dans Mexico City... et là ce fut la galère (ne manquait à l'appel que le chef tam-tam).

Des artères ou 8 bagnoles se croisent venant de toutes les directions, la fumée des échappements, les coups de klaxon et de freins... on s'en est sorti vivant, et c'était bien le but de la manoeuvre.
Et ensuite il nous restait encore une petite centaine de km, vu le détour, pour arriver au pied de ces fameuses pyramides!

On a fini par y arriver, mais 20 minutes avant la fermeture du site archéologique... descendre de voiture, prendre les tickets au guichet d'entrée, et pas question de courrir non plus avec le vieux qui claudiquait à n'en plus finir...le temps de prendre 3 photos, égarées depuis, et il a fallu remonter dans la belle américaine pour le trajet de retour... Ne me demandez pas le goût de la Tequila, pas eu le temps de s'arrêter pour en boire une...

Finalement on a retrouvé le sourire lorsque à la nuit tombée on a vu l'entrée du port: on a rejoint le Teniers, laissé la voiture au moteur brûlant le long de la coupée, et on est monté se coucher, crevé que l'on était!

Rien à signaler pendant le séjour en bord: on décharge, on charge, on admire le ballet des mâts de charge, la grâce des grosses bigues actionnées de main de maître par les dockers mexicains, bref la routine des general-cargos, ...un autre monde dans une autre vie.

Après Veracruz, ce fut Tampico.

...Et au moment du départ de Tampico, dans l'après-midi, le pilote qui arrive à bord; je le reçois sur la passerelle, occupé que je suis à tester les instruments de bord.
L'appel de l'équipage a été fait, tout le monde est à bord.
Les tirants d'eau ont été pris, l'échelle de coupée remontée, et deux remorqueurs patientent à proximité du navire, en attente de ligne de remorquage.
Je préviens l'équipage: stand-by fore and aft, stand-by voor en achter.

... et là je me rend compte que le Vieux n'est pas encore monté sur la passerelle... j'essaie de l'appeler au moyen de ce tube en laiton qui permet de l'appeler depuis la passerelle: ce vieux système qui a disparu depuis, et qui consiste en un tube avec deux embouts aux extrémités.

Son fonctionnement?

1. On commence par souffler dedans ce qui produit un sifflement à l'autre extrémité du tube, dans ce cas dans la cabine du vieux.
2. On y place ensuite soit la bouche, soit l'oreille, suivant que l'on veut envoyer un message ou le recevoir (j'espère que vous suivez tous)...

Donc dans le cas présent (qui en réalité est passé puisque cela se passe en 1977... vous suivez toujours?), après y avoir sifflé je place l'oreille pour entendre la réponse du vieux à mon sifflement...
Et là, rien du tout, rien ne vient du trou.
3. Je recommence une deuxième fois l'opération décrite au point 1 de mon explication, mais soeur Anne, du haut de la passerelle, n'entend rien venir.

Je décide donc de descendre voir chez le vieux ce qui s'y passe... j'ouvre la porte de sa cabine... et qu'est-ce que je vois??? Lucas, étendu sur le sol, en train de nous faire un infarctus de derrière les cargos (heu, non, les fagots), inconscient (ce qui ne m'étonne qu'à moitié, comme je le dirai ensuite à la mienne: inconscient il l'avait déjà été pour envisager le voyage en bagnole aux pyramides quelques jours plus tôt).

Je reste d'ailleurs persuadé que la fatigue de cette excursion a joué un rôle prépondérant (ou presque) dans cet accident cardiaque du surlendemain...

Toujours est-il que sans commandant, un navire est un aveugle sans son chien.

La procédure dans ce cas imprévu: Prévenir le pilote du contretemps, prévenir l'agent, redescendre la coupée, et quatre à quatre téléphoner à Anvers.

La conversation:

- Ici le chief mate... le commandant Lucas fait un infar... quelles sont vos instructions?
- Bonjour Van Houcke, dis-moi, as-tu ton brevet de capitaine ALC (au long cours)?
- Oui, mais pas encore suffisamment de mois de navigation pour le valider..
- Ça c'est un détail...tu reprends le bac comme vieux et tu pars vers les States... on y enverra un vieux pour reprendre le navire dans quelques jours.
- et avant de raccrocher, je réentonne alors le nouveau chant des marins, dont je vous ai fourni les paroles et la musique il y a deux semaines: "Merci patron, merci patron"!!!

Car imaginez un peu cela:

1. Il y a à peine quelques mois j'ai cru être viré définitivement de la compagnie pour acte d'insubordination;

2. il y a 3 semaines, je fais promotion de second capitaine;

3. et aujourd'hui, le malheur de l'un faisant le bonheur de l'autre, je me retrouve ni plus ni moins commandant d'un navire à l'âge de 27 ans!

Si ça c'est pas une carrière mouvementée, je n'y comprend plus rien et j'arrête tout de go l'histoire inutile de ma vie (b)anale dont la grande réussite aura finalement été celle de me fournir suffisamment de matière (non-fécale) pour écrire toutes les semaines ces articles que certains prennent plaisir à lire et moi à réinventer.

Nous quitterons donc Tampico avec comme seul maître après Dieu l'irresponsable que j'étais, mais empreint d'une grande fierté, comparable à celle du chien de berger qui tous les jours passe devant ma maison de Tormos, en guidant son troupeau bêlant.

Une traversée du Golfe du Mexique sans problèmes et nous accosterons dans le premier port US. Quelsques jour plus tard, le commandant Tillière, dit "La Grande Marie" rejoindra le navire...

Ce sera d'ailleurs le point de départ d'un prochain récit... vendredi prochain, la grande Marie nous divertira je l'espère... ne me reste qu'à faire travailler mes méninges et mon imagination pour faire revivre cette nouvelle expérience maritime: celle du commandant qui se promenait en slip dans les alleyways!

Bon week-end à tous, les actifs, les pensionnés, ceux de la mer ou du bord de mer et les autres qui se sont éloignés des rivages comme les crabes, nos lointains ancêtres, qui en sortirent il y a des millions d'années, et sans se retourner ont préféré les continents aux océans.

Je me tais, c'est l'heure bénie de l'apéro et de la sieste mexicaine!

Photos:
- Le Teniers
- la sieste mexicaine
- Teotihuacan les pyramides
- la plaza de Veracruz et ses danseurs et musiciens.

Histoire de Alain VanHoucke Zingle épisodes 12 & suivants
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Suite 27

Nous sommes encore sur le Teniers, au cours de ce voyage 80 qui nous a vu quitter Anvers comme 1er officier pour un mois plus tard faire une promotion très éphémère de commandant en remplacement de Norbert Lucas, notre commandant uni-jambiste, .. victime d'un infarctus...

Après avoir perdu une jambe, il venait de perdre le souffle: pas de bol, le gaillard...un muscle cardiaque qui se contracte et tu te retrouves vite fait "jambe de bois- coeur de pierre, si tu bois tu te désaltères, si tu boites tu vas en enfer!" ... Cane et Coeur, Cane I Cule.

Norbert nous l'avons débarqué au Mexique, pour être rapatrié vers la Belgique. Il s'en sortira mais je n'ai jamais su s'il avait pu renaviguer par la suite.

Une traversée du Golfe du Mexique plus tard, nous accostons dans le premier port US. Après quelques jours, le commandant Tillière, dit "La Grande Marie" rejoint le navire à Corpus Christi, Texas, et en reprend le commandement.... et je redeviens premier luitenant.

*******
... La Grande Marie, l'homme qui savait apprécier un bon verre, et même plusieurs, et cela lui laissait souvent des séquelles, les lendemains de la "vieille". Un jour nous l'attendions, mon ex- et moi, dans la cabine, pour l'apéro de 11 heures (le bouillon de la même heure n'étant pas approprié aux températures du Golfe), lorsqu'il nous est apparu en slip:
"Madame Van Houcke, je reviens tout de suite, mais je ne retrouve pas mon pantalon", furent ses premières paroles avant de repartir vers sa cabine au pas chaloupé de celui qui n'apprécie pas trop l'eau dans son whisky.
A cette occasion j'ai d'ailleurs pu me rendre compte que "La Grande Marie" souffrait de claustrophobie...en effet, elle portait un slip bien trop grand pour elle!!! certains le savent peut-être: lorsque vous vous présentez à l'examen médical des sous-mariniers, la première requête apparemment anodine qui vous est faite est de baisser votre pantalon; ceux dont le caleçon flotte, ne finissent pas à la flotte (ni dans la grotte, ...version spéléologue)

Autre anecdote au sujet de la Grande Marie:

Lors du retour du navire à Anvers, nous embarquons le pilote de mer à hauteur d'Ostende (près de la bouée Akkaert SW pour les connaisseurs), ... et qui monte à bord? Un copain de sa promotion qui est passé au service de pilotage. Les deux compères ne se sont plus vus depuis bien longtemps et décident donc de fêter cela.

Ils le font si bien qu'arrivés à Flessingue, à l'embouchure de l'Escaut, le pilote en question n'arrive pas à descendre l'échelle. il restera finalement à bord jusqu'à l'arrivée à quai. Quant au commandant, il va avoir quelques problèmes à surmonter son "coup de moins bien"... il ne se rendra même pas compte du passage de l'écluse et ce n'est qu'en approchant du quai, qu'il va, dans les jumelles, reconnaître son épouse sur le quai, qui est venue l'accueillir... petit moment de panique, il me regarde et me dit: "Van Houcke, je te laisse seul avec le pilote pendant 5 minutes"... branle-bas de combat, il redescend quatre-à-quatre dans sa cabine, enlève son battle-dress, enfile son uniforme numéro Un et c'est un tout autre commandant qui accoste son navire ce jour là au quai 212 de la CMB.

Je me rend alors compte que certains commandants craignent plus leur femme que les pires tempêtes affrontées quelques jours plus tôt.

...Et ici, j'en entend certains, les forts en mémoire, les pré-Alzheimer, les coupeurs d'histoires de marins en quatre, les acharnés de "la vérité à tout prix", les "manque d'humour" , les pressés de la fin, les sauteurs de chapitre, les obsédés de l´Histoire avec un grand "H":
"Dis-donc, Van Houcke, tu ne nous l'a déjà pas servie plus tôt, cette histoire de commandant qui se bourre la gueule avec le pilote?"
Hé oui, je l'avoue, ...donc à moitié pardonné:
Ceux qui veulent remonter le temps non pas des cerises, mais des feuilles (nues mais rodées) ou des pages, n'ont qu'à retourner à la "suite 15" de mes affabulations ... en effet, cette histoire je l'ai déjà racontée et attribuée à un autre commandant: le commandant Roland.

Mais voilà: je me demande finalement si je n'avais pas fait une erreur et si cette péripétie n'est pas arrivée au commandant Tillière plutôt qu'à Roland.

Hé oui, je l'avoue, ...donc a moitié pardonné:
Cette semaine je suis un peu à court d'idées, et recopier cette anecdote me fait gagner deux paragraphes: celui du récit et celui de l'apologie.

Pour ceux qui ont le sentiment aigu d'avoir perdu un temps précieux, je m'en excuse encore, et comme je le disais étant gosse à monsieur le curé à la fin de chaque confession: "je me repens (Saddam Hussein lui ne l'a dit qu'une seule fois: je me pend... ou plus exactement: on m'a pendu) ".... et le curé rajoutait: "et pour votre pénitence, vous me réciterez 3 Ave et deux Notre Père", AMEN!

En parlant de pendaison, on rajoute souvent: Haut et court... je vais ici tenter de vous expliquer le pourquoi de cette expression, "Qu'on le pende haut et court".
Cette expression remonte au Moyen Âge. À l'époque, les condamnés à mort étaient pendus en place publique. Il fallait que ce soit haut, pour que tout le monde puisse profiter du spectacle. Et court, puisque, comme chacun le sait, un condamné à mort ne vaut pas la corde pour le pendre.

Epilogue Arc-en-Ciel:
Au cours de ce même voyage, mon aspirant s'appelait Christian Ilejaune, un jeune gars, blanc de blanc, qui ne supportait pas du tout le "chaud-leil" du golfe du Mexique. Il avait choisi la marine pour fuir son paternel, le "père Ilejaune", dont il avait une peur bleue. Ce visage pâle avait un profil de peau-rouge, on l'avait surnommé "Arc-en-Siel et pas en Siucre", ce qui ne veut absolument rien dire mais me fait beaucoup rire ...et me permet de terminer sous forme de Pied-de-Nez (cousins des Pieds-Noirs, indiens du "Montana... et tu verras Montmartre"), car aujourd´hui, faut bien avouer, je me suis tout de mème un peu foutu de vous, non?

... Que ceux qui n'ont jamais bu me jettent la première bière!

Je viens de me relire...on en enferme pour moins que ça... c'est grave, docteur?

Photos:

1. m/s Teniers
2. Slip XXL de la Grande -Marie, spécial claustrophobe
3. le Harbour Bridge de Corpus Christi, Texas
4. Le noeud du pendu (et non du repenti)

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Suite 28

Après le retour du navire à Anvers, le commandement du Teniers est repris par le commandant Christian Caudron dont je vous ai déjà parlé.

Pour rappel: la famille Caudron avait fourni 3 commandants à la Marine Marchande belge. Le père, qui avait navigué pendant la seconde guerre mondiale et avait vu deux navires torpillés et coulés sous ses pieds, et les deux fils, dont l'un naviguait à l'UBEM sur les navires de la Frubel et l'autre, Christian, à la CMB.

J'avais déjà connu Christian Caudron sur le Joseph Okito, un navire de la Compagnie Maritime Zaïroise, en 1973, alors que j'étais 3ème officier. J'en gardais un excellent souvenir.

Ce fut donc une excellente nouvelle lorsque j'appris que nous repartions ensemble sur le Teniers avec l'Afrique de l'Ouest comme destination. Mon ex-lady m'accompagnait une fois de plus, tandis que Christian avait avec lui "Lady", son setter irlandais. J'appelai donc dorénavant mon ex-épouse par son prénom, pour éviter toute méprise.

******

Ce premier voyage sur le Teniers sera vraiment formidable. Notamment le baptème de l'Equateur, dont je garde quelques photos.

Le séjour à Matadi sera mémorable.
Nous y arrivons deux jours avant la visite du président du Zaïre, Mobutu Sessé Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga, de son prénom Joseph Désiré, aux nombreux surnoms: « Léopard du Zaïre », « Léopard de Kinshasa », « Aigle de Kawele » (sa résidence situé à l'intérieur de la forêt équatoriale), « Papa Maréchal » (surnom découlant de son titre de Maréchal), « Roi du Zaïre » , etc... pour la petite histoire, sa fortune personnelle était estimée à sa mort entre 5 et 6 milliards de dollars et il avait laissé à l’État Zaïrois une dette publique de 13 milliards. Vous avez dit magouille?

*****

L'arrivée de Mobutu à Matadi a lieu en hélicoptère. Le lieu d'atterrissage: le quai juste en face du Teniers. Nous serons donc aux premières loges, comme disent les francs-maçons
.
Pendant les jours qui précèdent, des troupes zaïroises s'entrainent au maniement des armes, au salut au drapeau, et c'est un défilé incessant en face du navire sur lequel les opérations de manutation sont remises aux calendes... congolaises. La fanfare militaire nous joue des morceaux de samba africaine sur lesquels "dansedéfilent des soldats en armafeu".
Le commandant et son staff ont reçu une invitation à la réception qui va avoir lieu dans la villa du gouverneur de Matadi en présence du Président.

Malheureusement la fête prévue sera pertubée par le décès inopiné de la première épouse de Mobutu, quelques jours avant sa venue au Bas-Zaïre.
De plus, ce que nous ignorions à l'époque, en février 78, au moment de notre séjour à Matadi, une tentative de putsch a lieu au Zaïre; et nous sommes aussi à 3 mois du soulèvement des anciens katangais à Kolwezi. C'est donc dans une situation assez électrique qu'à lieu cette visite présidentielle. Depuis lors, les choses ont bien changé, 37 ans plus tard l'électricité se fait rare à Matadi comme dans le reste du Congo d'ailleurs.

..Le jour de l'arrivée de l'hélicoptère a enfin lieu. Sur le quai, les troupes au complet sont au garde à vous; en ville les suspects sont en garde à vue, l'équipage du Teniers au grand complet regarde le tout accoudé au garde-fou...

L'hélicoptère descend et ce qui devait arriver arrive: emportés par le souffle des pales, les bérets des soldats s'envolent, et voilà tous nos fantassins qui quittent l'alignement et se lancent à la poursuite de leurs "couvre-chefs", "couvre-sous-chefs" et "couvre-paschefsdutout", le tout sous les hurlements des gradés qui leur commandent de revenir dans les rangs.

Nous ne pouvons pas retenir nos rires, alignés que nous sommes nous aussi le long du bastingage.

L'hélicoptère atterrit, et deux fillettes se précipitent avec des bouquets de fleurs dans les bras pour congratuler le héros du jour. Sous l'émotion, l'une d'elle laisse tomber le bouquet, et ce sont maintenant les fleurs qui sont soulevées dans le tourbillon bruyant, .........."sessesekosessesekosseeseseko" font les pales mobutistes...

Une chose que je ne comprend pas: Mobutu avait changé le nom du Congo en Zaïre et voulait éliminer tout ce qui conservait un relent de colonisation ... alors pourquoi disait-on encore "Pâles d'hélices" et non pas "Noirs d'hélices"?... Les dictateurs ne sont décidément plus ce qu'ils étaient!

San Antonio, où es-tu?

Tout cela me rappelle son "Béru-Béru" de bouquin pour se faire une image de la scène:

"Il était une fois le général Savakoussikoussa, président de la république africaine de Kuwa. La France, qui y avait certains intérêts, avait dépêché san-Antonio, Béru et Pinaud sur les talons du président. Ils avaient été rejoints par Berthe, l'épouse de Béru. Les épreuves ne leur seront pas épargnées: enlèvement de Berthe par un gorille, parachutage sur un crocodile de Béru... qui faillit être passé à la marmite par le cuisinier Toutalégou, avant d'être à demi avalé par un python...Quant à Savakoussikoussa, ça n'ira pas fort pour lui : mal tombé d'avion, il s'aplatira complètement le portrait, et malgré les soins du sorcier Tabobo-Oradada, ne sera plus apte à gouverner. Et qui donc reprendra le pouvoir à sa place ? Béru et son fameux discours d'intronisation:
«Kuwiens, Kuwiennes, soldats et militaires, si que je suis venu prendre le pouvoir dans ce bled à la noix de coco, c'est pas pour y enfiler des perles, mais pour vous faire le bonheur, aux z'uns et même z'aux autres ! Je vous jure que dans pas longtemps et p't'être bien plus tôt, vous ne reconnaîtrez plus votre foutu pays…»
«Je vous promets : l'hiver, l'eau sur l'évier, la pilule, la retraite des blanches et la bagnole pour tous… Y aura du missionnaire au pot tous les dimanches !…»
«… Et maintenant, comme on dit à ses invités après leur avoir fait becqueter des flageolets : Allez en pets !»

Hé oui, quand je ne (me) "repète" pas comme la semaine dernière, je copie du San-A!
Marin c'était déjà pas trop exténuant, écrivain, encore moins... soit dit sans "pets"-entions!...

*****

Et pour ne pas naviguer idiot: quand je vous parle du Teniers... ce navire portait le nom d'un peintre flamand du XVIIème siècle: Du moins je suppose car les Teniers furent peintres de "grand-père en petit-fils". Il y avait Teniers l'Ancien, Teniers le Jeune, et David Teniers III.
La peinture c'est un peu comme la navigation: il y a peinture à l'huile et peinture à l'eau, marins de mer et marins d'eau douce.

Les Teniers préféraient l'huile, la mer peut l'être aussi.

*******
Et la semaine prochaine, je vous parle du voyage 82 du Teniers. Encore avec le commandant Caudron. mais dans une toute autre ambiance.

Je ne le savais pas encore mais ce voyage 82 du Teniers allait être mon dernier voyage pour la CMB, mon dernier voyage sur un general-cargo, ma dernière visite à l'Afrique, le début d'un nouveau chapitre dans ma vie personnelle, bref: de quoi se rendre compte que même si la vie parait bien courte, elle n'est pas faite que de faits d'hiver, mais des quatre-saisons.

È dji vô souhéte ène bonne fin d'samwène!

Photo 1: Teniers
Photo 2: Une toile de Teniers, le peintre.
Photos 3,4 et 5: Baptème de l'Equateur, voyage 81 sur le Teniers... assis:Christian Caudron et le chef Mécanicien, Jules Robeets. avec le pavillon vert sur la tête: votre serviteur.

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Suite 29 - COUPS DE GUEULE.

WALTER JAMES PALMER...

C'est le nom d'un con d'américain qui m'a enlevé, en partie, le goût d'écrire en ce vendredi.

C'est le nom d'un con d'américain qui a tué Cecil, roi des animaux, lion du parc national de Hwange au Zimbabwe, d'abord au moyen d'un arc, ensuite d'un coup de fusil, avant de le décapiter.

Décapiter le roi... spécialité française... mais Cecil n'était pas le XVIème de sa lignée ni ne représentait aucune noblesse prédatrice bien qu'étant prédateur.

Walter James Palmer, un con d'américain, riche dentiste du Minnesota, récidiviste, tueur à gage imbécile qui paie pour tuer: 50.000 dollars à des trafiquants pour un lion à crinière noire, qui n'avait qu'une seule vie et espérait en profiter encore un peu.

Walter James Palmer
dentiste à Bloomington,
11413 Larding Rd., Eden Prairie, MN 55347.

La question: en versant 50.00 dollars à l'Etat du Minnesota, obtiens-t'on l'autorisation de tirer à l'arc un dentiste américain, à crinière blonde?

Le motif: "Avoir une dent contre cette vilaine carie, et un goût certain pour le caNIBALIsme" (rien à voir avec Nibali, coureur cycliste italien, vainqueur d'étape dans le Tour 2015)!

****

A partir de ce jour je raye de ma liste d'"amis" de Facebook, plutôt de "relations"... ami, c'est tout autre chose, ...les amateurs de chasse, les ouvriers de boucherie ou d'abattoir, les mercenaires et les sauvages. Qu'ils se reconnaissent et me fassent le plaisir de déguerpir au plus vite!

Durdur de continuer cette rubrique... mais parlant à des marins, je les imagine moins cons...wishful thinking?

****

Et pour fuir le présent, un salto de 40 ans.

Et je dis: Aries, Venus, Mars, Jupiter, Saturne;

Et je dis: Aldébaran, Altaïr, Antarès, Arcturus, Bellatrix, Betelgeuse, Canopus, Capella, Deneb, Fomalhaut, Pollux, Procyon, Rasalhague, Regulus, Rigel, Sirius et Spica;

Et je dis: GHA (Greenwich hour Angle), SHA (Sideral Hour Angle), Declinaison;

Et je prétend:
Que sans lire un chronomètre de marine à la seconde près, toutes ces données ne sont d'aucune utilité pour le marin qui cherche;

Et j'affirme que:
...Les anciens, les vieillards de la marine à papa, ceux qui ont connu les escales et leurs virées, ceux qui ont festoyé pendant les longues traversées sans devoir souffler dans un ballon détecteur d'alcool ou de produits plus ou moins licites, peuvent à "justetitre" penser que les employés de mer actuels n'ont plus de "MARIN" que le nom, que le NON.

...Que la vraie aventure de la mer, seuls les solitaires de la voile peuvent encore la découvrir.

Et je regarde les zôtres, les modernes:
Ces bêtes curieuses, moines reclus dans des Alcatraz flottants... de ce que nous avons connu de la marine, les portes se sont définitivement refermées; aux zôtres leur reste des livres, encore faut-il aimer lire, et des rêves, ceux qu'ils ont faits avant de connaître le métier d'ouvrier.. d' "houle-vrier".

Un jour prochain, lorsque les anciens auront lancé a la mer leur dernière bouteille... de rhum, il s'agira de changer le nom du groupe: "Cadres, Employés, Ouvriers du Transport Maritime" ou CEO-DTM... en philippin, cela pourrait donner ceci: "Opisina pangangalap tungkol sa paglalayag opisyal magdaragat mekaniko tagapagluto" .

Le métier de marin a sans doute conservé son défi, je suis persuadé qu'il a perdu son charme.
Eternelle quenelle (de saumon) des anciens et des modernes chère à "Bois-l'Eau" et "Charles Père-Eau", aux noms prédestinés, parisiens du XVIème...siècle.

Paroles de romantique, rêveur d'horizons, de mers agitées, de visions nocturnes et de furieux cumulus, scruteur de jumelles, zieuteur de sextant.
"Zieutées", oh yes indeed nous avions, les planètes, les étoiles... j'en citais des noms, celui de mes préférées, celles qui ne faisaient pas faux bond lorsqu'à l'aurore ou au crépuscule on leur donnait rancard dans un lieu estimé qu'elles nous faisaient découvrir, en position vraie, pas du missionnaire mais de la stellaire.
Avec le grand regret d'ignorer leurs prénoms. Trop distantes, elles ne se livreront jamais... la cosmographie a de beaux jours devant elle, si quelqu'un dispose encore du temps de la rêverie.

Et j'accuse:
Les officiers de pont qui n'ont jamais rêvé "face" à la voûte céleste d'avoir fait le mauvais choix.
Pour eux le côté "pile", la machine, l' "Assommoir" de Zola.

****
Aujourd'hui, comme hier et le jour d'avant, je râle (comme ceux de la deuxième strrrrofffffe):

Il y a les Vivants,
Il y a les Morts,
Et ceux qui vont en mer.... et devraient y rester!
Il y a les Vivants,
Il y a les Morts,
Et ceux qui vont à la chasse (d'eau)... et devraient s'y noyer.

By the way...

Extrait de la "Dépêche des Hautes Pyrénées- septembre 2011":
"Pierre Pujo était parti à la chasse au canard... Il ne rentra pas... on retrouva d'abord le fusil, dans un étang voisin. Un habit fut aperçu, flottant sur un trou d'eau. Enfin, le corps du chasseur fut retrouvé. Il semble que Pierre Pujo se soit noyé en tentant de repêcher le canard qu'il avait tué et qui était tombé dans l'Adour".

Malheureusement, il n'y a pas d'étang dans le parc national du Hwange, au Zimbabwe, et qui plus est: "Walter James" a les pieds "Palmer".

Je termine aujourd'hui en fredonnant avec Henri:
"Dans la jungle, terrible jungle, le lion est mort ce soir".

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Suite 30

Janvier 1978...

Il était une fois, il y a très longtemps, un general cargo battant pavillon belge: il avait quitté la Belgique et les ports de la Mer du nord pour un voyage de 2 mois, en- viron, pas en-( a)viron, pour les rivages d'Afrique de l'Ouest.

Le voyage aller s'était passé sans ... anicroches. Vous avez dit: anicroches?

Autrefois, anicroche s'écrivait "hennicroche" ou "hanicroche" , l'annicroche étant une sorte d'arme en forme de crochet (certainement une arme de marin, vu le nom du ...Capitaine Crochet). Ce mot est formé de "hane" qui peut-être à rapprocher de hameçon, et de croche, crochet qui servait à accrocher les chaudrons (presque le nom de Christian, le commandant de ce general cargo, seul le " H " est de trop, tout comme sur "H"anicroche d'ailleurs). Actuellement le mot signifie "sans encombres" et est tombé quelque peu en désuétude.... tout comme le mot "désuétude", je crois.

Tout paraìt désuet dans la langue française d' aujourd'hui, époque sans références et sans culture, où l'on s'imagine qu'il vaut mieux parler MAL plusieurs langues que d'en connaître BIEN une seule. Comme belge j'ai toujours admiré l'élocution des hommes politiques français, surtout comparés aux nôtres.

Lorsque je faisais escale dans des ports français ou dans les anciennes colonies de la France, j'étais toujours étonné de ma méconnaissance des termes nautiques dans la langue de "Vol- Terre" (Vol-Mer?), qui est pourtant aussi la mienne.

Le belge est le grand spécialiste lorsqu'il s'agit de tout mélanger: le français, le flamand et l'anglais. Quand de surcroît on sait que le flamand est une somme de plusieurs patois dérivés du néerlandais, que notre français se revendique wallon, et que notre communauté est celle de Wallonie-Bruxelles...! Saye todi dî comprinde ène sakwè! (expression wallonne, traduc: "essaie d'y comprendre quelque chose")

Pour un marin belge, une amarre, c'est une "trosse"; une ligne à jet, un "heaving line"; un mousse, un "deck-boy"; un matelot mécanicien, un "wiper" ; un officier de pont, un "stuurman"; un mât de charge, un "derrick"; le pont, le "deck"; le commandant, "de Oude"; le journal de bord, le "log book" ; gouverner se dit "stuur"; à 10h00 le matin c'est le "coffee time"; au départ et à l'arrivée on fait "stand-by voor en achter"; une élingue est un "sling"; l'aconage, le "stevedoring" et le débardeur, le "stevedore"; etc, etc...
Alors, lorsque vous vous retrouvez à Dakar, il n'est pas toujours simple de comprendre des gens qui pourtant parlent la même langue, mais en mieux.
Bon... il est vrai aussi qu'à Daker, le language est plus "coloré", sans faire de racisme...

***

Donc, Je recommence:

Il était une fois, il y a très longtemps, un general cargo battant pavillon belge: Ce navire avait quitté la Belgique et les ports de la Mer du nord pour un voyage de 2 mois vers les rivages d'Afrique de l'Ouest.

Le voyage s`'était passé sans "A" ni "croche"...

Et comme il s'était passé sans a-ni-croches, on s'ennuyait un peu à bord, ce qui permettait de gamberger, par exemple, au fait que les marins belges d'expression française ne maîtrisent pas totalement les expressions nautiques francophones... par exemple.

(Mal)Heureusement, et dans moins que pas longtemps, l'ennui allait laisser la place aux problèmes: comme cela se dit dans la littérature des quais de gare "de gros nuages noirs s'amoncelaient à l'horizon". (Quai de gare... comme si l'on disait perron de port...)

Car... la nourriture à bord laissait à désirer. Des officiers et des matelots se plaignaient, surtout du manque de produits frais, fruits et légumes se faisaient bien rare (au singulier, car s'ils sont rares, ils ne méritent pas l'emploi du pluriel, isn't it....)

Au bout de quelques semaines, une délégation vint trouver le commandant pour lui faire part du mécontentement général. Et comme un général est au-dessus d'un commandant dans la hiérarchie, ce dernier n'avait qu'à bien se tenir... surtout que ce jour là, il faisait un temps à écorner les boeufs, comme le dit souvent mon ami Pierre Michotte, pas canadien pour rien, et qui au XXIème siècle s'exprime encore comme Ronsard. Quand il drague une fille, il commence toujours par: "Mignonne, allons voir..."

La colère de l'équipage s'était concentrée sur le chef steward, l'affameur de service, un roublard qui n'en était pas à son premier méfait et comptait peu d'amis dans le milieu maritime.

Le commandant s'étonna de cet état de choses: il sortit de son tiroir une facture qui venait d'être payée au "shipchandler" et sur celle-ci figuraient notamment moultes (marinières) caisses de légumes et de fruits frais.

Sans se démonter les délégués demandèrent alors à voir ces denrées qui devaient se trouver dans les frigos du bord... et là, au grand étonnement de tous (Ah!Ben merde alors! Mais "oùkecèpacé" ?)... nada, rien, niks, neffing, que dalle... les frigos étaient vides ou presque.

Je vous passe l'enquête du commissaire Bourel: le chef-steward véreux avait donc passé une commande " non honorée" (ce qui n'est pas facile à dire sans rigoler) et avait sans doute partagé le montant à parts égales avec le fournisseur. Une pratique bien connue à l'époque, lorsque les navires payaient en cash** les commandes effectuées à l'étranger.

***

**Payer en cash, là où les français paient en liquide... expression bizarre, car je n'ai personnellement jamais touché d'argent liquide, toujours en papier ou en métal...je suppose donc que les porte-monnaie français sont des flacons?

***

L'ambiance à bord se délitait de jour en jour. Les escales succédaient aux escales, le navire se remplissait de caoutchouc, de café, de cacao, de cuivre et autres minerais, le tout prenant le chemin de l'Europe... via les ports belges, hollandais et allemands , les plus grands ports du monde en ces années septante.

***

Ne me condamnez pas trop rapidement pour les répétitions et redites dans le texte, Steve et Bruno me paient à la ligne... Balzac (qui m'admirait beaucoup) utilisait la même méthode pour écrire ses romans car lui aussi était payé à la ligne par les journaux de l'époque. Sans oublier qu'il employait des "nègres" pour écrire à sa place, lui se contentant de relire et de corriger, en sirotant son café.

Sur le navire, nous utilisions aussi des nègres, pour le charger... de café. Café qui plus tard était siroté par Balzac?

***

Et un beau jour, alors que le navire fait route vers Dakar, le premier officier, lors d'une tournée d'inspection dans les entreponts, constate que certaines rangées de sacs sont incomplètes. Quelqu'un vole du café en cale.

Le maître d'équipage est appelé, on interroge quelques matelots... et finalement deux d'entre eux "se mettent à table"*, ou "mangent le morceau"*, ou "se confessent", ou "vendent la mèche"*, et on finit ainsi par "découvrir le ¨pot aux roses"* ... (voir en bas d'article la signification de ces expressions souvent utilisées mais dont l'étymologie échappe au "commun des mortels"... auxquel n'appartiennent pas les Marins puisque nous le savons tous, il y a les Vivants, les Morts et Ceux qui vont en Mer).

Il suffira dès lors de remonter la filière qui aboutit au chef steward... qui récompense deux matelots, qui subtilisent des sacs de café en cale, qui sont stockés dans une cabine vide, et qui seront revendus en Europe... D'où l'importance du QUI dans ce paragraphe!

***

Et pour faire rapide et concis (mes qualités premières):

1. Le premier officier, se prenant pour Zorro, grand redresseur de torts, se rend chez le commandant, exige l'ouverture de la cabine en présence des incriminés et de deux témoins , le chef mécanicien et son second.

2. Le premier officier, se prenant pour Zorro, grand redresseur de torts, exige du commandant une entrevue avec l'ambassadeur de Belgique à Dakar.

3. L'ambassadeur reçoit le premier en présence du commandant. L'ambassadeur accuse le premier de semer la zyzanie à bord du navire. Il décide de faire renvoyer le premier en Belgique séance tenante.

4. Le premier revient à bord, la queue entre les jambes (ce qui était déjà le cas auparavant, je tiens à vous rassurer), et met les officiers au courant.

5. Les officiers mécaniciens décident de stopper le boulot.

5. Le commandant retourne chez l'Ambassadeur de Belgique à Dakar et ensemble ils décident de renvoyer le premier en Belgique séance tenante, avec le motif aggravant de "tentative de mutinerie".

6. Le premier embarque sur le premier avion à destination de la Belgique.

7. Pourquoi le commandant a-t'il pris aussi ostensiblement le parti du chef steward?

8. Alain Van houcke, car il s'agit de lui, est convoqué au siège de la Compagnie Maritime à Anvers et est définitivement viré pour mauvaise conduite et récidive (rappelez-vous le sac du Rubens)... car j'avais oublié de le mentionner en début d'article: cette histoire de chef steward affameur, de premier officier mutin, de vol de café en cales, de fausses factures... tout cela est un résumé de mon dernier voyage sur les cargos de la CMB!

Le SAC, le vrai, le grand, celui dont on ne se remet pas... enfin pas tout de suite... un peu le CANCER du marin...

Fin mars 1978, Alain Van Houke en a "plein le cul" de ces faux marins marchands,de ceux qui ne naviguent pas pour le plaisir mais pour le pognon, de ces zouaves de haute mer dont le pantalon n'a même pas connu la main de ma soeur.
MARE AUX CANARDS! MARRE AUX CONNARDS!

S'il fallait une morale à ce qui suit:

L'excès de zèle et l'excès de sel,
nuisent tous deux à votre santé! ...
L'exception à la règle demeurant le vélo:
...Sans selle!

***

Ah oui, concernant certaines expressions:

*"Se mettre à table": avouer ses méfaits en échange de nourriture.

* "Manger le morceau": autrefois, le suspect qui avait avoué recevait de la nourriture et donc pouvait "manger le morceau".

* "Vendre la mèche": lorsqu'un artificier éventait (exposait à l'air) ou découvrait la mèche d'une mine ou d'un engin explosif ennemi, il permettait d'en éviter les dégâts.

* "Découvrir le pot aux roses": Car je tantost descouvreroi le pot aux roses ( parce que je découvrirai bientôt le pot aux roses). Le verbe « découvrir » avait le sens de « soulever un couvercle ». Au Moyen-Age, le nom de « pot aux roses » désignait la petite boîte dans laquelle les jeunes femmes rangeaient leurs parfums, dont la rose. Souvent, elles y cachaient des mots doux ou secrets, ces vieilles rosses! (d'où: "le pot aux rosses", qui n'est pas une zone de convergence tropicale, contrairement au "pot-au-noir", mais y ressemble...)

... ET C'EST TOUT... 7 Août, qui est la date d'aujourd´hui... jusqu'à la semaine prochaine!

Photos:

1.2. payé à la ligne...
3. le pot-au-noir , différent du pot-aux-roses
4. la main de ma soeur...
5. Adieux à la CMB.

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Suite 31

En forme d'Interlude, d'Intermède, de Pause, d'Entracte ou de Mi-temps...

Pour résumer:

1968-1978: 10 ans dans le mileu maritime, navire-école, ESNA, CMB, tout le toutim, cadet, 4ème, 3ème, 2nd , premier et même vieux par intérim.
Mars 1978: le SAC de la CMB... et tout s'écroule, ou plutôt, m'adressant à des marins, tout coule!

***

Alors comme je me retrouve à terre, j'en profite pour aller supporter mon équipe de foot, le Sporting de Charleroi, accompagné de mon copain Jacky, inspecteur à la police judiciaire de Charleroi. Et en ce 6 mai 1978, le Sporting affronte le FC Bruges, pour une place en finale de la coupe de Belgique. Cela après avoir éliminé le grand Anderlecht en quart.

Ambiance du tonnerre, 22000 spectateurs, la grande équipe carolo avec Charly-roi Jacobs et Gebauer en attaque, Mathy dans les buts, sans oublier Van Toorn, Schena...
En face: Sorensen, Krieger, Leekens, Volders, Vandereycken, Cools, rien que du costaud!
13ème: 1-0 pour le Sporting (but de Gebauer)
21ème: 2-0 pour le Sporting (Gebauer)
61ème: 2-1
62ème. 3-1 par Charly Jacobs.
90ème: début de la fiesta!

Nous nous retrouvons donc à la buvette du club, avec quelques joueurs carolos que Jacky connait bien.
et là Jacky me sort. "Tu cherches du boulot?... Ben, il y a un café à reprendre à Morialmé"...
Aussi taudis (c'est vrai qu'il y a du boulot pour le remettre en état le caftar) aussitôt fait, je me rend à la Brasserie Moyart d'Hanzinne le lundi, je signe un petit contrat, et me voilà patron de bistrot, seul maître à bord, seul maître au bar, patron de comptoir.
***
Mais en souvenir de Jacky Pocet dit "Po", celui qui m'a fait comprendre qu'il n'y a pas de sot métier,mon grand copain décédé il y a plus de 20 ans déjà...la mort passe tellement vite...je ne peux m'empêcher de recopier une des lettres que je lui envoyais régulièrement lors de mes escales... sous forme de roman policier.

***

Tiré d'un vieux tiroir:

***
"Août 1978, VeraCruz, Mexique.

Salut "Po", quelques nouvelles de toi-même....ou...

Les aventures de l'inspecteur "El Condor Pocet" à Mexico* (*en référence à la chanson de Simon and Garfunkel).

*...nous tenons à prévenir notre aimable lecteur que toute ressemblance avec des personnages imaginaires ou n'ayant jamais existé est purement forte-truite, (parole de Canapaiche, célèbre philosophe).

Cette histoire s'est déroulée dans les années septoncle (masculin de septante...on n'est pas des pédés!), alors que notre célèbre mais pas fin limier (100 kilos en tenue d'Eve,... on n'est pas des pédés!) a été envoyé au Mexique par ses supérieurs pour assurer le succès de l'Equipe Nationale Belge de Basket (il y a eu erreur à la commission sportive) qui doit y disputer la phase finale du Championnat du monde de football.

Début septembre, notre inspecteur et deux collègues embarquent sur le navire belge Jordaens. Notre ami, qui voyage incognito, s'est déguisé en marin d'eau douce... le budget de la gendarmerie ne permettant pas l'uniforme de marin d'eau-de-mer. Sa seule erreur: s'être fourni dans une boutique de farces,attrapes et bals costumés...et le voici en grand amiral Nelson, avec longue vue, tricorne, montre de naufragé (2 rames à la place des aiguilles) et des palmes (les 2 derniers accessoires n'étant pas d'époque).

Si l'incognito est loupé, l'effet de surprise est total!... et personne n'aurait reconnu dans ce gugusse notre fameux inspecteur, si sa valise (gonflable, au contact de l'eau elle se transforme en 10 secondes en radeau pneumatique pour 5 personnes et un chien, et est pourvue de l'eau froide, de l'eau chaude, 1 pompe à bière et 2 fûts, un kicker, et une cellule, gendarmerie oblige), ...si sa valise, disais-je (dix sièges?...non, je répète pour ceux qui ne suivent pas, seulement 5 et un chien), ne s'était renversée sur le pont et avec elle, dix paires de menottes, une tenue de travail, une tenue de parade, un nouveau képi, un vieux képi (très vieux, il ne marche qu'avec des béquilles), une matraque d'exercice (chargée à blanc) et 2 revolvers pour jouer aux gendarmes et aux voleurs.
Bref, tout le matériel nécessaire à pareille mission.

A part ça, "Tout va très bien, chef!"... comme il le déclare dans le rapport envoyé à ses supérieurs.

La traversée se passe bien, le chef Pocet est couché dans son lit, malade comme un "Bigoudi" (le vrai nom de son caniche, son épouse tenant un salon de coiffure à Gosselies). Et dès l'arrivée en port, notre gaillard débarque avec "ses flics et ses claques".

Sous son sombrero, le sombre "Po" passe inaperçu. Il a complété son déguisement en vidant le contenu de sa valise dans une fausse guitare, qui de ce fait pèse 45 kilos, et n'ayant pas de bottes, à rajouté des éperons à ses palmes.

Les dirigeants de l'équipe belge l'accueillent sur le quai et l'accompagnent à son hôtel, le "Viva Poulaga", très réputé pour sa cuisine et son vin de "Deuvelas Léflique".
Assoiffés, notre ami et ses deux collègues se ruent au bar, où on les retrouve quelques heures plus tard en train de chanter "Mademoiselle Angèle" debout sur le comptoir.
Trop saouls pour aller au bordel, ils vont se coucher.

Le lendemain ils sont réveillés par le chant du coq du "Viva Poulaga".
Il est temps de se consacrer à leur mission: éliminer les 3 favoris de l'épreuve, Angleterre, Allemagne et Brésil et ainsi augmenter les chances de l'équipe belge.

D'abord l'équipe anglaise (et même en terre-glaise): l'ami Jacky réussit à verser dans leur thé quelques cuillèrées de poudre d'escampette...et voilà tout l'équipe qui s'enfuit comme un seul homme... et une de moins!

Passons aux allemands: logée à l'hôtel Berlina appartenant au Señor A. Dolfidler, l'équipe reçoit la visite de notre inspecteur le veille du match.
Sous le prétexte de leur "montevideo"(en K7), il réussit à enfermer trois des joueurs dans la chambre à Gass (nom de l'entraîneur) et à jeter la clé. Ensuite ils fait manger au reste de l'équipe des petits fours à la crème-à-toire. Et de deux!

Reste l'équipe du Brésil: notre détective Pocet décide d'enlever 5 otages (qui ne sont pas nécessairement les 5 personnes pouvant tenir dans le canot pneumatique).
Il s'empare d'un avion qu'il détourne vers Cuba, et exige le retrait de l'équipe brésilienne.

... Et l'équipe belge qui demain commence son tournoi, ... mais quelle n'est pas la surprise de Jacky lorsqu'il reconnait, parmi les 5 otages dont la photo est publiée à la une du journalavanais (nous sommes à la Havane), Paul Van Himst et 4 de ses équipiers de la sélection belge de foot, qui à peine arrivés au Mexique en remplacement de l'équipe de basket, se font kidnapper par notre inspecteur.

Pour la Belgique, c'est la ca! la cata! L'hé-cata-tombe!... tandis que le Luxembourg, profitant de l'absence des favoris, se retrouve en finale face au "Grattez-moi-là".

L'inspecteur et ses deux collègues sont interrogés par la Sûreté cubaine et incarcérés dans la prison de la Havane, pays du cigare, d'où ils sont rapatriés pour en fumer un plus gros encore de leur hiérarchie.

Fin de l'histoire?

Hé bien non: Nous apprenons en dernière minute que le Luxembourg a battu le Guatémala sur un score de 102-95... Finalement il devait tout de même s'agir d'un tournoi de Basket!

Salut copain, et à bientôt!"

Quant au Sporting de Charleroi il perdra la finale de la Coupe 1978 contre Beveren sur le score de 2-0. C'est rien: on a fait la fête quand même! Supporter dans la défaite!

Et moi je vous raconte ma vie de patron de café-dancing la semaine prochaine.

Bon week-end!

Photos:

1.le jordaens... photo prise apès que la valise de l'inspecteur Pocet se soit ouverte sur le pont: on aperçoit sans aucun problèmes les 10 paires de menottes en pontée.
2. on a retrouvé l'hôtel Poulaga de VeraCruz
3. mon ami Jacky Pocet dit "Po", commissaire à la PJ, joueur de bugle, tambour-Major, Bérurier florennois.
4. Charly Jacobs, dit "Charly-Roi", dit "Charlie la foudre", joueur emblématique du Sporting de Charleroi de 1972 à 1982.

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Suite 32.

Et pour réparer un oubli...

Méfiez vous des AMARRES, c'est des attrapes-couillon..., c'est un grand couillon qui vous le dit:

En novembre 1977, j'effectue mon 2ème voyage sur le Teniers avec Christian Caudron comme vieux.

Au départ de Boma, stand-by fore and aft. On a tout largué sauf un spring avant (garde-montante)... le navire recule le long du quai, et le pilote oublie de donner l'ordre: "Alles los!"... par le mastercom (pas de walkie-talkie en 1977) je préviens la passerelle et finalement le commandant ordonne de tout larguer... les matelots refusent et s'écartent, ...trop dangereux, trop de force sur l'amarre, ça craint ... on s'y risque, le bosco et moi, on arrive à faire sauter deux tours et à ce moment, pête!, elle casse. Effet élastique, retour à l'expéditeur, prend ça dans les jambes-cives. Je vois le bosco monter en l'air (...et tu verras Boma) et moi je m'écroule (de rire? que nenni,ouille mes ... genoux). Résultat: on a dû retourner à quai pour nous débarquer tous les deux. Lui est resté une semaine ou deux à l'hopital de Boma avant de rejoindre le navire à Abidjan, et moi j'ai pu rejoindre le bac après un passage éclair aux urgences, on m'a appliqué un peu de Boma-de (Niaouli-niaoula), on m'a refilé des béquilles... mais comme on dit dans ces cas là: "Ça valait mieux qu'une jambe cassée".

Je vous met en garde contre cette expression passe-partout: "Ça vaut mieux qu'une jambe cassée"... j'ai essayé de la placer un jour que j'allais présenter mes condoléances à la famille d'un ami... qui l'a mal pris (la famille, .. lui dans l'état où il était c'était du genre lotus et mouche cossue)!

C'est fou comme les gens peuvent manquer d'humour lors des eaux-sèches, ou obsèques?

*****

PETITE PAUSE INFIRMERIE : comme premier-officier, je devais aussi assurer le service médical à bord... par exemple lorsqu'une stewardess m'appelait au secours pour une douleur dorsale ou une grippe récalcitrante. Je m'acquittais avec joie de ce travail pour lequel je n'étais pas rémunéré. Uniquement pour le plaisir de rendre service à mon prochain...missionnaire toujours! (traduction:toujours en mission!)... voir la photo ci-dessous!

*****

Méfiez-vous aussi des VAGUES SCÉLÉRATES,... un apprenti-scélérat vous le dit...

Après Abidjan, toujours au cours de ce 2ème voyage sur le Teniers, nous entamons le voyage retour. Nous sommes à hauteur des Canaries, quart 16-20, il est 18h00, je quitte la passerelle pour prendre mon repas au mess commandant: sur ce bac, le commandant, le chef, le premier et le marco disposent d'un mess séparé.... pour les mets, c'est pareil!

Le 4ème officier assure la relève de quart.

Nous sommes en train de manger lorsque le navire tombe dans un trou immense pour se redresser et entamer l'ascension du mont-Blanc.... on se regarde, le vieux et moi, ce qui ne résout pas grand-chose, et on se met à courir vers la passerelle...
Et arrivé là-haut, qu'est-ce que l'on voit par les hublots: le pont qui ressemble à une table sur laquelle se serait déversé un immense jeu de Mikado.

En Afrique, nous avons chargé des grumes flottées dans les ports de Douala, Kribi et un troisième dont j'ai oublié le nom, au Camé-roun (le pays des fumeurs de joints).
Chargées sur le pont elles sont amarrées au moyen des runners des mâts de charge.

Que s'est-il passé?

Alors que la mer était calme, hormis une houle légère que le navire chevauchait sans aucun problème, a soudain déferlé, venant du bout de l'horizon, une vague énorme qui a secoué le navire comme un appeau de Marcel Ecouille (c'est pas beau quand je m'applique?)...
Heureusement, on a tout pris sur le nez... un peu plus de travers et je crois que la pontée entière disparaissait pour se planter au fond de l'océan (normal pour des arbres, non?).
La vague a submergé le pont principal, mis en branle les grumes qui ne demandaient qu'à reflotter, vu que c'était comme ça qu'elles étaient venues à bord, et a tout éparpillé, sens dessus-dessous, sans en jeter une seule par-dessus bord!

Une vision incroyable!
Une seule vague, unique et énorme,... puis la houle qui reprend sa forme normale... et le moment où il faut prendre une décision: que faire pour garder ces grumes à bord jusqu'à Hambourg, premier port de destination?
Jouer au mikado géant? Cela aurait pu être marrant, mais vu la taille des cures-dents pas trop évident.
Allez... branle-bas de combat, tout le monde sur le pont et réamarrer tout ce fouillis autant que faire se peut.
Extrêmement dangereux... les grumes mouillées étaient ultra-glissantes, et pas question de perdre un matelot. Quant à moi, qui me balladais encore avec mon jeu de béquilles depuis ma mésaventure de Boma, je n'étais pas d'un grand-secours...

Incroyablement, nous (enfin, eux!) arriverons à tout "empaqueter" et nous rejoindrons le premier port européen sans plus de dégats... Oufti!*

OUFTI!

* Si vous allez à Liège, en Belgique, vous entendrez "Oufti" à la fin de chaque phrase..."Oufti" vient du wallon "Ouf ti !' (Hé toi!).
Il peut marquer l'étonnement : "Oufti la bagnole, comme elle est arrangée!"
L'admiration : "Oufti, que c'est beau".
La colère : "Oufti, il commence à me faire chier celui-là!"
La lassitude : "Oufti, j'en peux plus!"
La peur : "Oufti, dj'as t'avu sogne! ("Oufti, j'ai eu peur!")
Le constat: "Oufti, y'a plus de gars de la Royale que de mecs de la Marmar!"

Etc.
Bref, ça sert un peu à tout.

Pour terminer ce paragraphe dédié aux "Valeureux Liégeois" et à leurs expressions savoureuses: savez-vous ce que signifie "faire une petite soquette"? Faire une petite sieste plaisante, de préférence crapuleuse(?)

Et savez-vous ce qu'un liégeois dirait pour me faire taire?
"Clape ta gueule au mur, y manque une brique".

Donc cela "suffa comme çi", en ce vendreda 22.

Et moi je vous raconte ma vie de patron de café-dancing la semaine prochaine.
Bon week-end, à tousse (j'ai pris froid)!

Photos:

1. une stewardess du Teniers que je devais soigner pour un mal de dos. Je lui ai conseillé un check-up complet. Notamment tousser, lors de l'utilisation du stétoscope... pas de chance: même le haut à tenu... la pub "demain j'enlève le bas" ne devait pas non plus exister en 1979... et le premier a dit: "je repasserai cet après-midi pour constater l'évolution"!

2. précautions lors des stand-bys!

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