Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
news des marins

La fin du Commandant Biebuyck

23 Novembre 2015 , Rédigé par Alain VanHoucke Zingle Publié dans #Histoire

Une histoire: La fin du commandant Biebuyck.

Biebuyck est né le 26 avril 1893 à Ixelles et il a fait carrière sur les malles du Congo, y compris son premier embarquement sur l'Elisabethville comme cadet, le 17 février 1912. Il était 4ème officier sur l'Al¬bertville en juillet 1914.
A partir de 1922, il est capitaine et commandera pratiquement tous les « Villeboats ».
De 1937 à 1940 il commande l'Albertville.
De mars 1940 à novembre 1942, il est en charge du Léopoldville devenu transport de troupes.
En décembre 1942, le capitaine Biebuyck prend son premier congé depuis le début de la guerre. Il va aller voir sa femme au Canada et on lui trouve un convoi qui part vers l'Amérique, l' ON 153. Il embarque sur le cargo belge Emile Francqui, où il donnera un coup de main au 1er officier durant la traversée.
L'Emile Francqui qui faisait la ligne Anvers -New York avant guerre, est un cargo classique de cette époque: 5.859 tonneaux bruts, 3.504 nets, long de 134 mètres et datant de 1929.
Au matin du 16 décembre 1942 à 8 heures 20, des sous-marins allemands attaquentle convoi.

Le U.621 se faufile à 15 heures 30, le souper vient de commencer sur l'Emile Francqui. Une violente explosion le secoue dans l'obscurité naissante. Les vitres de la passerelle s'éparpillent. Le commandant Paret se précipite, chacun enfile son gilet. L'officier de quart lui rend compte:
« Touché dans la soute de réserve à tribord. La liaison avec les machines est intacte. Les machines tournent. Le navire répond au gouvernail. »
Paret descend à sa cabine pour prendre les documents secrets à jeter à la mer dans un sac lesté en cas de torpillage. Trois minutes plus tard une nouvelle torpille frappe le cargo. Cette fois le « Francqui » s'incline brutalement. Paret est dans sa cabine; il est jeté par terre et blessé au genou. En boitant il se hisse péniblement sur le pont, jette le sac lesté à la mer et remonte à la passerelle.
«Stoppez les machines ! Comment se comporte le navire ? »
Le chef mécanicien vient de surgir : « Les cloisons étanches tiennent mais le télégraphe avec les machines ne répond plus. L'électricité marche. Voie d'eau à l'avant tribord.» « Tirez les fusées blanches de détresse. M. Lauwereins, mettez les embarcations à l'eau. Postes d'évacuation.»

Le premier officier, Charles Lauwereins, est un marin de 46 ans qui navigue depuis 1919. Il rassemble les hommes aux bossoirs des canots.
Paret confie le canot 1 à tribord au 2ème officier Ortegat avec dix passagers et quinze hommes.
Il fait larguer les autres canots et les radeaux afin de garder ceux-ci à proximité de l'épave si l'équipage devait sauter à l'eau en cas de besoin.
Mais le cargo s'est mis en travers du vent tout en sombrant de l'avant et en donnant de la bande à tribord.
Le canot 2 se brise en s'affalant.
Les canots numéros 3 et 4 descendent normalement avec huit et neuf hommes à bord.
Paret court à l'arrière, il fait larguer les radeaux; il ordonne aux hommes de sauter à l'eau mais la peur les paralyse.
Paret est calme; il dirige lui-même les opérations.
Le radeau tribord glisse et deux hommes sautent à l'eau et s'y accrochent, ils seront sauvés! Le radeau arrière glisse à son tour, mais le canot 1 chavire, douze personnes seulement peuvent s'accrocher à sa coque renversée, dont une femme et un enfant.
Les marins la redressent. Un coup de mer retourne à nouveau la baleinière, huit marins seulement remontent à la surface cette fois !

La corvette H.M.S. Pink ramasse les survivants des canots 3 et 4 et trois hommes accrochés à un radeau, mais il lui faut plus d'une heure pour ce sauvetage dans la tempête.

Le Francqui s'enfonce; à 18 h 15 il sombre. On aperçoit encore quelques lampes rouges à l'arrière et un homme qui flashe en morse.

Les cargos qui occupent les postes 92 et 93 passent à côté de l'épave et disparaissent dans la nuit; ce sont les instructions !

Le 94, c'est le cargo de la France libre, Saint Bertrand. Il devrait continuer sa route aussi, mais il transgresse les ordres. Sur la passerelle, le 1ier officier est belge, Nihotte, et il voit toutes les lampes rouges des hommes qui flottent sur l'eau démontée et glaciale.
Le capitaine français Leterrier lance un ordre bref : « Stoppez, les filets à grimper le long du bord, vite ». Quelques marins belges parviennent à nager jusque-là, ils s'agrippent et retombent épuisés le long de cette haute muraille de fer inaccessible qui monte et qui descend à toute vitesse avec la lame.
Un radeau passe, un chauffeur attrape une ligne et est hissé. Le canot vient cogner contre le cargo, on lance une amarre et on tire; un homme est amené sur le pont, c'est un cadet anglais; mais le câble s'est enroulé autour de son cou, il a été pendu plutôt que hissé par ses sauveteurs; pour le sauver il faudra lui faire la respiration artificielle.

Le canot défile maintenant le long du bord, rempli d'hommes affolés; il chavire, plus personne n'a la force d'attraper le filet. Nihotte se fait attacher et descendre le long du bord, mais le cargo vide, haut sur l'eau, balance de 30° de chaque bord en de violents soubresauts. L’officier est projeté contre la coque et est étourdi. On le remonte.

Un escorteur arrive; éclats rapides d'une lampe Aldis : le Saint Bertrand doit rejoindre le convoi. Il est maintenant 21 h 10. Un retard plus long sera impossible à rattraper. La corvette Pink et le Saint-Bertrand ont récupéré trente deux rescapés. Parmi les quarante-six disparus, il y a Paret, Biebuyck, dont on n'a pas eu de nouvelles, et huit des neuf officiers.

En 1960, on pouvait voir un aveugle qui vendait des allumettes à Beveren–Waas, pour augmenter sa pension de sept cents francs belges ( 17,35 € actuels ) par mois. C'était une victime de la bataille de l'Atlantique, attendant la reconnaissance nationale !

La fin du Commandant Biebuyck

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article