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news des marins

La Leçon de géographie

12 Décembre 2015 , Rédigé par Alain VanHoucke Zingle Publié dans #Histoire

Suite 41 - La Leçon de Géographie

En souvenir du Restaurant "Le 41" d' Yvette et Jacques Ribière, de leurs deux filles et aussi d'Alain Julien Le Goff, chef-cuisinier à l'huile et artiste-peintre à l'eau, auteur de belles aquarelles marines.

Pour les non-florennois, "le 41" n'était autre que le restaurant "Chez Quarante"... façon originale de reprendre le flambeau, ou plutôt le fourneau, s'agissant d'un resto, sans changer énormément le nom.... Fourneaux, le nom du patron d'un commerce situé tout à côté du resto et qui vendait des journaux ... alors fi des méprises et des subtilités florennoises, reprenons "le fil" de notre histoire, comme me le dit souvent mon épouse, Ariane, qui n'est pas la fille de Minos ni la petite fille de Zeus. La preuve par 6: Ariane n'a que 6 frères et soeurs alors que "celle du fil" en avait 7, de leurs prénoms Glaucos, Catrée, Androgée, Acacallis (qui, paraît-il, souffrait de constipation chronique), Deucalion, Phèdre et Xénodicé.

Après une période de 8 ans assez mouvementée, pendant laquelle j'ai connu, et accessoirement travaillé pour, la Compagnie Maritime Belge CMB, la Compagnie Maritime Zaïroise CMZ, l'Armement DERCA, les malles Ostende Douvres de la Régie Maritime des Transports RMT, et avoir été tenancier d'un café-dancing, le Morelli, je vais me stabiliser un tante-inet, épouse de mon oncle-incarné: les 13 prochaines années se passeront au service de la Compagnie ABC Containerline d'Anvers.

ABC Containerline, appelée aussi GATX à ses débuts si mes souvenirs sont bons, gérait notamment une ligne maritime "Round-the-World" qui tournait de l'Europe à l'Asie du Sud-Ouest, l'Australie, les USA et le Canada, tout cela grâce à Tsvi Vered Rosenfeld et ses 7 navires porte-containers de 42.000 tonnes chacun. Ces navires avaient la spécialité d'être convertibles pour le transport de marchandise en vrac: ils se nommaient Helen, Deloris, Antwerpen, Brussel, Cornelis Verolme, Hellen Hudig et du Martha II...

...Des noms qui sentent bon le terroir wallon et le plat pays flamand, à l'image de leur propriétaire, Tsvi Vered Rosenfeld, réfugié-économique avant la lettre qui avait obtenu illico-presto (ce qui n'a rien à voir avec la Loterie Nationale) la nationalité belge et le prêt à 0% octroyé par nos gouvernants à ses ressortissants, et pas aux autres, pour construire des navires battant pavillon tricolore dans les chantiers navals anversois au bord de la faillite.

Son père, consul honoraire de Belgique à Haifa, ayant entendu parler des conditions de prêts extrêmement favorables pour la construction de navires en Belgique, fait rapidos jouer ses relations et obtient la nationalité belge pour le fiston...

"Faites vos jeux" , "Les jeux sont faits" , "La roue tourne" ... expressions de casino... la roue tournera pendant près de 22 ans pour Tsvi, et il y aura finalement de nombreux perdants... comme toujours à la roulette.
Au cours des années la ligne évoluera peu: la durée d'une rotation "round the world"sera réduite des 4 mois initiaux à 3 mois par la suite et quelques ports seront remplacés par d'autres.

En gros, en large et en travers-ées océanes: on peut dire que depuis Anvers, leur port d'attache, les navires commençaient leur voyage par les ports européens de Hambourg, Rotterdam et Felixstowe (ou Liverpool) pour ensuite "foulahèder" ( de l'expression "full-ahead" qui signifie "en avant toute") vers la Méditerranée en passant le Détroit de Gibraltar.
Le premier port d'escale suivant était Fos, près de Marseille, suivi par Livourne en Italie et Haifa en Israël.

Ensuite venait le passage du Canal de Suez, mieux connu en tant que "Canal Marlboro", monnaie d'échange indispensable pour s'assurer les bonnes grâces des autorités locales, puis la traversée de la Mer rouge, le transit par le Golfe d'Aden et re-foulahède* de l'Océan indien direction Singapour.

* Au passé simple (forme peu employée de nos jours) le verbe "foulahèder" se conjugue ainsi: Je foulahédai - tu foulahédas - il foulahéda - nous foulahédâmes - vous foulahédâtes - ils foulahédèrent... ce qui vous l'avouerez est tout de même bien plus court que "nous naviguâmes machine en avant toute"... preuvequ'une langue vivante n'arrète pas de progresser, constatation faite lors des baisers langue-oureux de notre jeunesse.

Quelques digressions et 12 heures d'escale à Singapour plus tard et on longeait l'île de Sumatra, passant au large de Java (? Très bien, et toi?) et Djakarta, pour se diriger vers l'Australie, côte Ouest, pour deux escales à Fremantle, avant-port de Perth, et à Geraldton, un petit port de pêche bien sympa où l'on chargeait du minerai en vrac, et où les commandants étaient toujours invités à manger des fruits de mer par l'agent local, un écossais bien en chair et assez âgé et original , John Napier: un jour, après le pousse-café, il m'a fait une démonstration de "Sailor Hornpipe", danse traditionnelle écossaise, et il faisait ça bien, le bougre.

Après Geraldton, encore deux escales, parfois trois, en Australie: Melbourne, Sydney et Gove, dans les Territoires du Nord, après le passage par la Grande Barrière de Corail, traversée inoubliable dans une mer bleu turquoise transparente et des fonds multicolores, pas encore pollués.

On quittait alors l'Australie pour le Sud et la Nouvelle-Zélande, le pays qui compte plus de moutons que d'habitants, avec arrêts à Auckland, la capitale, puis Port Chalmers, avant-port de la ville de Dunedin, tout au sud de l'île sud, l'escale la plus méridionale* de notre périple avec ses 46º de latitude et 171º de longitude Est, mais parfois nous avons aussi fait escale à Christchurch et Lyttleton.

*Méridional ou septentrional (?): j'avais d'abord employé le deuxième terme, mais "septentrional" s'applique à ce qui est situé au nord et méridional à ce qui se trouve au sud... je suppose qu'il en va de même en Hémisphère Sud... encore que la question demeure: comment font-ils donc pour y vivre la tête en bas?

...Mais à bien y réfléchir, le belge, après une nuit passée à festoyer, se plaint bien d'avoir "la tête dans l'cul", expression policée qui signifie "djé mau à m'tiesse" (et pour les français: j'ai la gueule de bois). Alors, avoir "la tête en l'air", "la tête dans l'cul" ou "la tête en bas": finalement, la question philosophique demeure, "toubib or not toubib"... pas vrai docteur Jack Spire?

On continue l'histoire au présent de l'indicatif?

Au départ de Dunedin,nous nous lançons dans la traversée de l'Océan Pacifique. Ses quarantièmes rugissants, son méridien 180º où on change de date, son île de Pitcairn sur laquelle je reviendrai (en histoire), passage au large des Galapagos,18 jours de mer sans rien voir, rarement un autre navire, pour rejoindre Balboa et l'entrée du Canal de Panama qui, via Colon, nous amene dans la Mer des Caraïbes.

Après un passage du Canal qui dure une douzaine d'heures, on continue notre route vers le golfe du Mexique et ses ports US: La Nouvelle-Orléans, Gulfport et Tampa en Floride pour enchaîner avec la côte Est des Etats-Unis: Charleston et Philadelphie, et terminer notre visite à ce continent américain par une escale au Canada, à Halifax en Nouvelle-Ecosse, une région bien froide aux hivers rigoureux, où les canadiens parlent anglais... et oui, il y en a, il paraît même qu'ils sont en majorité en nombre, je ne sais pas en QI (qui ne signifie pas : Québec Indépendant)... et j'entend d'ici le grand Charles: Vive le Québec libre!

Allez, un dernier stand-by fore and aft, on largue les amarres pour la traversée retour de l'Atlantique Nord, parfois au milieu des grosses tempêtes hivernales, direction MAISON, Anvers ou Zeebrugge, au choix du lecteur et surtout en fonction du chargement.

Le voyage est terminé. On dérôle où on repart pour un tour... cela dépend de nos envies ou des ordres de la compagnie... je ferai ainsi 3 tours (du monde) de suite entre le 8 mai 1982 et le 19 avril 1983, 11 mois et demi à bord sans congés, avec comme conséquence majeure d'avoir loupé la Saint-Pierre de juillet 1982! Une année en moins pour les années de marche et les médailles qui vont avec!

Mais. à ma mauvaise habitude, j'ai brûlé les ... escales: car à mon arrivée chez ABC en 1979, mon premier enrôlement se fait sur le Martha... et bizarrement, 13 ans plus tard, mon dernier voyage dans cette compagnie se fera sur le Martha II!

Mais c'est pour l'épisode suivant... Un bon week-end.

Photo 1: Le Boss, Rosenfeld!
Photo 2: un container d'ABC Containerline
Photo3: un porte-container ABC

La Leçon de géographie

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