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news des marins

Le MARTHA chez ABC

25 Décembre 2015 , Rédigé par Alain VanHoucke Zingle Publié dans #Histoire

Suite 42

Je terminais la semaine dernière par ces lignes: ... "Mais. à ma mauvaise habitude, j'ai brûlé les ... escales: à mon arrivée chez ABC en 1979, mon premier enrôlement se fait sur le Martha... et bizarrement, 13 ans plus tard, mon dernier voyage dans cette compagnie ce sera sur le Martha II!"
Car outre ses porte-containers, Tsvi Vered Rosenfeld possédait aussi 3 minéraliers: le Martha, le Yaffa et le Ruth, tous les trois naviguant au tramping, ce que les marins appellent des "never come back ships"... des navires qui ne reviennent jamais ou rarement dans leur port d'attache, au contraire des navires de ligne, et sillonnent toutes les mers du globe à la recherche de chargement... et en trouvent.

***

MAIS... PETITE DIGRESSION...
A cette époque du Morelli, du René 17 et de mon arrivée chez ABC, j'ai aussi tâté du métier de chef de gare... polyvalent je vous dis, "multi-purpose", j'insiste.
La gare, elle était désaffectée depuis plusieurs dizaines d'années déjà... et si je l'ai achetée, c'était pour la transformer en maison d'habitation. Les rails avaient disparus depuis bien longtemps, restaient des traverses à la dérive et un terrain en friche ...
Cela faisait un peu vieux western en mode reverse... vous savez bien, quand le comboy s'approche d'une gare située en plein no-man's-land et aperçoit au loin le nuage de fumée, qui petit à petit se transforme en une foule bigarrée qui approche, pose des rails et des traverses, le vent soulevant la poussière et tout à coup les trois coups de sifflets du cheval de feu d'où descendent 3 ou 4 femmes de mauvaise vie, en jupons, froufrous et ombrelles... la naissance d'une petite ville du Far-West...et Richard Anthony qui entendra siffler ce train toute sa vie... et à nouveau ces coups de sifflet insistants... en fait c'est mon radio réveil... il n'est que 5h du mat mais contrairement à la chanson, à cette heure là chacun ne fait pas ce qui lui plait puisque je dois me lever pour aller à Zaventem...

***

Car en cette matinée de fin novembre 1979, je m'en vais rejoindre le Martha qui arrive bientôt en Australie.. Un avion et deux escales: Dubai et Singapour avant d'arriver à Sydney après 22 heures de vol.
De là un taxi m'amène à Port Kembla, tout à côté, où doit arriver le m/s (motorship) Martha dans 2 jours.
Je me retrouve un samedi matin dans cette petite ville, avec l'agence locale de la compagnie qui est fermée et pas un dollar australien en poche... mais ouf, la banque est ouverte. Je m'y rend donc avec le peu d'argent belge qui me reste en poche: 1000 francs peut-être... et l'employé de banque qui me regarde et me demande:
- En grosses ou en petites coupures?
Réponse étonnante car je ne change pas un montant bien important... donc réponse évasive de ma part: "I don't care!"... Toujours jouer l'innocence dans ces cas là!...
Et quelques minutes et documents plus tard, l'employé de banque me tend 4 billets de 50 dollars australiens chacun... c'est à dire l'équivalent de 6000 francs belges de l'époque.
...Toujours jouer l'innocence dans ces cas là... "Thank You very very very much"... mais faut pas trop insister sur les remerciements non plus, cela semblerait "suce-pet", je voulais dire "lèche-cul", ... je prend donc le pognon et me retrouve dans la Main street, et je comprend alors que le gars a confondu 1000 francs belges et 1000 francs français, qui valent 6x plus.
Moi qui pensais aller bouffer au MacDo du coin, je vais m'offrir ce soir là un bon resto chinois et le vin australien qui va avec, suivi d'une sortie nocturne dans les bars du patelin.

***

J'avoue que le métier d'escroc, même à l'insu de son plein gré comme le dit Virenque, n'est pas de tout "repos de l'âme" ... après ce coup tordu, je ne serai pas trop à l'aise dans mes baskets tant que nous n'aurons pas quitté Port Kembla... mais bon, cette petite anecdote a bien eut lieu, et je ne pouvais donc pas la passer sous silence. Voilà, c'est dit... et un moment de honte étant vite passé, je continue mon récit le coeur léger et l'estomac bien rempli, de rouleaux de printemps et autre canard laqué.
Question vol, puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom, je suis un vilain récidiviste: la veille j'en ai fait un de 22 heures entre entre Bruxelles et Sydney.

L'enrôlement sur le navire est signé le 28 novembre en présence du commandant Paul Den Tandt. Le vieux c'est avant tout un des plus grands supporters du club de Lokeren, et dès qu'il apprend que je supporte les Zèbres du Sporting de Charleroi, je deviens son copain... à ses yeux, un amateur de foot ne peut pas être un mauvais marin!
Le Martha, c'est un minéralier Panamax (construit pour passer le canal de Panama) de 230m de long. Après avoir déchargé à Port Kembla, nous allons faire route vers Hong kong pour une cale sèche.
Son équipage est encore bien bleu blanc belge: à part deux matelots chiliens et un laundryman chinois, les 21 autres membres de l'équipage sont tous de nationalité belge. Ce doit être la dernière fois que je me retrouverai avec un tel équipage!

Par la suite, je naviguerai encore avec son chef mécanicien, Robert Wasteels, sur le Martha II en 1992. Je me rappelle aussi des deux matelots namurois Jean Doignies et Martial Evrard. et aussi d'un certain Ruckineer qui était matelot léger.

Le laundryman chinois, c'était quelque chose! Le bonhomme se retrouvait tout seul, vivait tout seul, ne fréquentait que très peu le reste de l'équipage... en fait il faisait le trajet cabine-laundryroom le matin et laundryroom-cabine le soir... ses repas il devait sans doute les prendre devant ses machines à laver? Je relis son nom: MAK LAU Yin, né à Hok Shan en 1934. Je n'en saurai jamais plus à son sujet. Il était bien sûr le seul à parler chinois et il restait de longs mois à bord avant de repartir comme il était arrivé: dans l'indifférence générale. Triste sort!
En souvenir de lui, je vous souhaiterai un bon week-end en chinois:

美好的周末 Měihǎo de zhōumò.

Photos:
- Crew list du Martha
- Le Martha, du nom de l'épouse de l'armateur..
- la gare désaffectée et Baluk, mon afghan
- Port Kembla Australia.

Le MARTHA chez ABC
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