Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
news des marins

Le René 17 toujours lui

7 Décembre 2015 , Rédigé par Alain VanHoucke Zingle Publié dans #Histoire

Suite 39

Voyons voir s'il nous reste quelques anecdotes en magasin concernant les 5 mois passés sur le René 17...
En creusant bien profond dans mes souvenirs, il en remonte quelques unes en surface:

1. Et tout d'abord commenter cette photo ci-dessous où l'on peut voir l'ancienne écluse d'Hansweert, sur l'Escaut, envahie par les herbes. En fait cette écluse a servi jusqu'en 1987... et j'y suis passé avec le René 17, sur le chemin de Rieme à Rotterdam. jE VOUS RASSURE, IL Y AVAIT ENCORE DE L'EAU!
Passer là avec un caboteur, c'était notre pélérinage de Saint Jacques de Cabo-stelle! et si la coquille de Saint Jacques est le symbole des pélerins, nous en étions les fournisseurs en raclant le fond de l'écluse.
Je peux vous assurer qu'entrer dans une écluse pareille, c'est pas du tout évident!...et je m'adresse aux marins parmi vous: imaginez la complexité de la manoeuvre pour y accoster!

2. Dans une précédente rubrique, je vous avais parlé de la procédure utilisée pour faire entrer les péniches dans les écluses. Elles accostent avant l'écluse et on les appelle via un haut parleur... cette procédure est révolue, ayant laissé la place à des techniques plus modernes, mais sans charme (un bois dont on fait les pipes comme me l'a avoué dernièrement DSK).

Donc un beau soir, nous sommes amarrés devant l'écluse Van Cauwelaert à Anvers, à attendre l'appel de notre nom. Je suis dans ma cabine,et mon premier officier est sur la passerelle. Au bout d'un moment qui me parait bien long, je me décide à monter sur la passerelle, et d'ici j'entend distinctement le haut-parleur qui crie "René 17"... ou plus exactement "René Zeventien"...je vous rappelle que nous sommes à Anvers...

Pour être tout à fait honnête, Non, je n'entend pas distinctement... c'est plutôt en arrière-plan, étouffé par les ronflements de mon David de premier, qui cuve sa ration de Stella journalière et s'est endormi du sommeil du "Juste...une petite dernière...pour la route".

...David, c'est lui le spécialiste chargement et déchargement du propylène. Lorsque nous arrivons à Le Havre, il se met au boulot. Moi, je reçois l'agent de la compagnie, avec qui je partage souvent la baguette et le verre de rouge. Je me suis aussi déniché un vélo, et pendant les opérations de chargement, je m'en vais faire quelques kilomètres dans la campagne environnante.

3. Dans les anecdotes, je ne peux pas oublier mon petit trafic... Dans les ports, ils sont plusieurs à attendre patiemment l'arrivée du René 17, qui signifie pour eux alcool et cigarettes à bon marché! ... c'est un peu mon côté "hors-la-loi" qui s'exprime ici. Le bon vieux temps de la prohibition n''était pas mort pour tout le monde. J'achetais alcool et cigarettes hors taxe et je revendais aux dockers avec un petit bénef... cela contentait tout le monde.

Un jour, j'ai eu droit à la visite de la "zwarte brigade" de la douane... c'était à Anvers. ils ont débarqué à 4 dans mon bureau... Mon bureau, il me servait aussi de table pour les repas. Il y avait par dessus une grande nappe à carreaux qui le recouvrait complètement jusqu'à toucher le sol.
A leur arrivée, j'ai appelé David pour qu'il les accompagne dans leur fouille... et ils ont bien tout retourné.
Finalement, ils sont revenus dans mon bureau, bredouilles... je leur ai offert une bière...et ils sont partis.
J'ai ensuite appelé David, j'ai soulevé la nappe, et en dessous de la table il y avait toutes les fardes de cigarettes et les cartons de whisky! Le seul endroit où ils n'avaient pas regardé! ...Allez, David, Santé!..et on a bu une bonne choppe!

4. Pendant mon séjour sur le René 17, mon ex vient me trouver: elle en a marre de tenir le Morelli, mon bistro de Morialmé et veut le remettre... des candidats se sont d'ailleurs manifestés. Moi cela ne me plait qu'à moitié: en fait il me plairait pas mal de naviguer 5 mois par an sur le René et de tenir mon bistro pendant le reste de l'année... mais bon, comme une femme qui a tort a certainement une bonne raison pour cela... je suis bien obligé d'accepter. Ce que cela signifie? Qu'il faut que je trouve un autre boulot... fini celui de patron de bistro...je continuerai donc à naviguer, et de préférence sur de plus gros navires que le René 17.

Je débarque le 21 février 1979.
Le patron de Derca me propose de revenir à bord fin juin, pour y faire 3 mois comme premier officier et 5 mois de commandement pendant les congés du "Vieux" titulaire.
Cela ne me tente pas... pas que je regrette ces 5 mois sur caboteur: en 150 jours j'ai dû accoster ou appareiller une centaine de fois, sans compter les entrées et sorties d'écluses, passage sous les ponts mâts abaissés, sans parler des nombreux déhalages. Une formidable école de la manoeuvre des navires. Une autre manière de commander aussi: sur le caboteur, tout l'équipage forme une grande famille, sans cette hiérarchie propre aux grands navires de mer, où le commandant cotoie rarement les matelots. Ce mode de fonctionnement je le maintiendrai lorsque 18 mois plus tard je deviendrai commandant au long cours sur les porte-containers d'ABC.

Mais il est temps de passer à autre chose... et justement...
Je me présente au pool des marins quelques semaines plus tard... ils sont à la recherche d'officiers pour naviguer sur les malles Ostende-Douvres de début juin à fin septembre.... et pourquoi pas? Du changement et une expérience de plus!

La navigation dans le Channel, la zone maritime la plus encombrée du monde, sur des navires super-maniables.

Les horaires: un voyage "ON" suivi de 2 voyages "OFF"... et en plein été cela peut-être bien agréable de se loger dans un petit studio à la côte belge!

... Alors "c'est OK"... parole de Jacouille la Fripouille.
Et tout d'abord un petit passage chez la couturière: de mes 4 galons de commandant sur le René 17, il faut en découdre 2, puisque je repars comme second lieutenant sur le Prins Albert! Avec en prime un salaire en nette baisse... mais avec un bel horaire, un studio à Bredene, près de la plage, en pleine période estivale et sans mon ex, car y'a comme qui dirait de l'eau dans le gaz chez les Van Houcke.

Bon week-end, les gars et les ga(rs)ttes!

Photos:
L'écluse d'Hansweerd, envahie par les herbes, le port d'Anvers et ses écluses, le Prins Albert de la RMT(Régie Maritime des Transports).

Le René 17 toujours lui
Le René 17 toujours lui

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article