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news des marins

Alain et le mv/Brussel

23 Janvier 2016 , Rédigé par Alain VanHoucke Zingel Publié dans #Histoire

Suite 45

Avertissement: l'article précédent, de la semaine dernière donc, avait été publié le 13 novembre sur mon mur...je le publie ici avec un peu de retard, dû à mon éloignement temporaire du groupe pour "mauvaise conduite" et "jours de log"!
C'est pourquoi je commencais la suite 45 par le paragraphe qui suit...

******

Dans la vie il y a de ces coïncidences malheureuses qui peuvent surprendre!
Vendredi dernier, 13 novembre 2015, je terminais mon texte par ces mots: "ÇA VA PÊTER"... 12 heures plus tard des kamikazes s'explosaient en plein Paris après y avoir semé la mort et la désolation.
Mais la vie doit continuer... aussi cruel que cela puisse paraître aux yeux de ceux qui ont été touchés par ces événements terribles. Le contraire serait un aveu de faiblesse, une abdication devant l'absurde et l'arbitraire. alors, en route moussaillon...

Je suis 1er officier sur le m/v Brussel, pas le Bruxelles de Molenbeek, nid d'oiseaux de proie, je vous rassure tout de suite, mais sur un "porte-con-tainer" qui "porte-26 cons-de-marins", ce que l'on appelle un "équipage". 16 belges, 3 espagnols, 1 yougoslave, 1 chinois, 1 écuadorien, 1 chilien et 1 péruvien.

Ce qui nous unit, ce n'est pas l'appel d'une religion, on s'y sentirait à l'étroit, mais celui du grand large, d'où nous venons d'ailleurs puisque nous descendons du poisson, qui ne s'appelait ni Adam ni Eve, mangeurs de pommes interdites dont les descendants finissent en compote sous les bombes, mais peut-être sardine et pour certains maquereau ou morue, toute une profession (pas de foie mais de fesses)... descendant du requin aussi, quant on voit le nombre de prédateurs que compte notre société si vile-isée. Dans notre monde occidental en surpoids, on rencontre de plus en plus de baleines, celles de parapluie ne sortant que par temps humide, comme celles des océans.

Ce qui nous unit, malgré nos 7 nationalités si diverses, c'est le goût du départ, l'amour du nomadisme, du "no-man's-water". Nous ne découvrons des pays visités que la frange étroite qui borde les mers, la frange humide, celle qui émeut les signaux radieux et émet les signaux radios. Ceux de leurs habitants que nous cotoyons ne sont ni de mer ni de terre, plutôt des traits d'union. Nous ne voyons que le bon côté des choses, la froideur de l'intérieur nous échappe, habitués que nous sommes des quartiers chauds.

Sur le Brussel, pas besoin de sextant pour trouver son chemin... tous les porte-containers de ABC Containerline effectuent le même voyage, le tour du monde, non pas en 80 jours, comme Jules ("c'est Sar"? Non, pas Sar, Vernes!), mais en 4 mois.
Nous suivons les petits cailloux semés lors du premier voyage par le commandant Poucet, qui n'était pas grand, à la célèbre devise: "Le commandant Poucet, mais rien ne venait!", dont on oublie surtout la fameuse invention des cailloux flottants qui guident les navires. Astrolabes, octants, sextant, GPS, SATNAV, tout cela n'est qu'invention pour impressionner le "badaud".

D'ailleurs, le commandant Poucet a bien existé, je l'ai connu premier officier sur le Joseph Okito dans les années soixante-dix.

*****

Mais revenons-en à nos" bateaux" (mot qu'un marin n'utilise jamais) lui préférant celui de navire:
Le Brussel quitte le port d'Anvers le 16 septembre 1980, et après des escales à Rotterdam, Hambourg et Felixstowe, se dirige par le Golfe de Gascogne et Gibraltar vers la Méditerranée et les ports de Livourne et de Haifa en Israël.

Ensuite nous traversons le canal de Suez...
Notre tirant d'eau étant assez grand, nous y découvrons le moyen simplissime mis au point par les autorités égyptiennes pour le diminuer: faire don des nombreuses fardes de cigarettes Marlboro que nous avons à bord ...et ça fonctionne. En tous cas, cela permet de réduire les nombreuses formalités, notamment de douane, à leur plus simple expression, à quelques volutes de fumée (le grand chef indien n'a rien inventé, sinon à en faire un alphabet).

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Et voilà que les lecteurs se mettent à crier en choeur:
- Une pe-ti-te digression, une pe-ti-te digresssion, une pe-ti-te digression...
- Bon , à la demande générale, mais une courte alors!

Lors d'un de mes derniers passages par le Canal de Suez, succursale Marlboro, j'ai eu l'occasion d'assister à Port-Saïd, au concours mondial du "Fumeur le Plus Rapide de l'Oued", qui consiste à fumer le plus vite possible un paquet de cloppes. Et, je me rappelle, c'était un Egyptien, un certain Camel Boufiltr, qui avait gagné devant l' Irlandais Nick O'Tine et un vieil arménien Kary-am Adam, car il n'en avait qu'une, qui avait entonné sur le podium la chanson des dentistes de son pays, rendue célèbre par la version de son compatriote Charles Aznavour, "Je vous parle d'un temps que les moins de vingt dents sont les seuls à connaître".
Karyam aurait dû remporter le tournoi, car cette unique dent lui permettait de fumer tout le paquet en une seule fournée. Malheureusement pour lui, une égyptienne est venue lui chatouiller le menton, il a été pris d'un énorme éternuement et cela a suffit pour éteindre les 24 cibiches (il faut savoir que les arméniens sont dotés d'un nez volumineux, c'est Coluche qui disait d'eux:"ils peuvent fumer tranquille sous la douche!")...le temps de tout rallumer et Boufiltr remportait le tournoi.

Et un peu de publicité pour nos cigarettes Saint-Michel belges:
J'avais donné le feu VERT à un de mes matelots, un certain Michel SAINT, pour participer au concours, mais sans grand succès...mécontent, j'ai vu ROUGE, et de retour à bord il a fumé un fameux cigare!

Fin de la digression.

*****

Une escale à Singapour plus tard et nous voici en Australie et bientôt en Nouvelle-Zélande, pays du bout du monde, comme l'Egypte est celle du bout du filtre.

Mais j'ai oublié de vous parler de mon commandant de l'époque, Jean-François Stokart.

C'était un copain de prom, originaire de Wépion, dont je revoyais régulièrement la fraise (normal pour un gars de Wépion, non?)... à croire que nous étions des clones.
Tous deux de la promotion de 1968, nous étions sur le même navire-école, le Montalto, avant de partager le même banc à la Zeevaartschool. Entre la 2ème et la 3ème année, nous embarquâmes (passé muscade... ou simple? j'hésite...) comme cadets pour un voyage de 2 mois sur le Reine Fabiola, un pétrolier de la compagnie belge, Fina, sous le commandement de l'inénarrable Colson, dit "Eugène la Mitraillette", héros de la Résistance anversoise.

En fin de troisième année d'Anvers, nous sommes virés de l'internat par le capitaine Van Brabant, pour une connerie quelconque. Ce qui ne nous empêche pas de réussir nos examens finaux.

A la fin de nos études, diplomés Aspirants-officiers, nous naviguons à la CMB avec un petit passage par la CMZ, sa filiale zaïroise. Nous quitterons cette compagnie vers la fin des années 1970, pour nous revoir sur les mêmes bancs de l'école d'Anvers et y obtenir notre brevet de capitaine au long cours. Après une saison estivale à bord des malles Ostende-Douvres , nous aboutirons chez ABC Containerline, où il arriva le premier, et partit comme commandant. J'y arrivai le second et partis donc comme premier... qui a dit que la Belgique est surréaliste?

Après notre voyage sur le Brussel, je ferai à mon tour promotion de commandant...

Devenu par la suite prof à l'Ecole de Navigation, je lui ferai un petit signe (et pas un petit cygne, on n'est pas des pédés que je sache) et il m'y rejoindra, après un bref passage chez Ecuadorian Line (deux jours pour moi, quelques mois pour lui).

En 2001 pour lui, 2003 pour moi, sonnera l'heure de la retraite.

Deux clones je vous dis, mais le Ying et le Yang!

Autant j'ai l'apparence du touriste désinvolte, autant Jean-François représentait le commandant sévère et pointilleux, le perfectionniste jamais satisfait... cela provoquera bien des étincelles, (suivie d'une explosion, une vrai de vrai!) entre nous pendant notre voyage sur le Brussel, mais l'amitié reprendra bien vite le dessus par la suite, lorsque l'on se fréquentera moins... "Loin des yeux, loin du coeur" ? Dans le vocabulaire marin , cela devient: "Loin des prunelles? Prend tes jumelles!".

Quant aux étincelles, nous en aurons un échantillon par la suite, patience!... et pour vous mettre l'eau à la bouche (comme disait le noyé):
Nous arrivons en nouvelle Zélande où nous chargeons en cale 1 des containers remplis de fûts de produits chimiques non répertorié dans la liste IMDG (International Maritime Dangerous Goods Code) des produits dangereux...

La deuxième partie du voyage se termine: il faut maintenant effectuer la traversée de l'Océan Pacifique, un voyage de 18 jours, pour arriver au Canal de Panama.

Que va-t-il advenir du Brussel et de son équipage?
Vous le saurez en lisant le prochain épisode, le 46, vendredi prochain, même heure, même lieu.

Je vous souhaite un week-end paisible, vierge de toute secousse terroriste ... une bien sale-affaire que ces "sales-afistes"!
Photos: Le Brussel en construction - Stokart et moi, sur le Montalto, navire-école - photo 3: Stokart et moi, 1ère leçon de natatuion sur le Reine Fabiola de Fina.

Alain et le mv/Brussel
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