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news des marins

m/v Brussel suite 46

30 Janvier 2016 , Rédigé par Alain VanHoucke Zingle Publié dans #Histoire

Suite 46

1981,m et le m/v Brussel a donc continué à suivre la route des petits cailloux flottants, et comme tous les autres porte-containers de la marque ABC, il passe le Canal de Panama d'Ouest en Est pour se retrouver rapidos dans le Golfe du Mexique.

*****

Quelques uns des officiers sur ce navire:

- Régis Borremans, le 2ème luitenant, qui en 1985 sera mon premier officier sur le m/v Antwerpen, lors de ce fameux voyage pendant lequel nous assisterons un navire allemand en flammes dans le Golfe de Gascogne. Régis conduira le canot moteur qui se portera à leur secours dans une mer bien secouée. Encore une aventure que je ne passerai pas sous silence, quand le temps sera venu! avec de belles photos en prime!

- mon aspirant-officier, Michel Haest, qui faisait le quart avec moi sur la passerelle, ... "Haest", qui se prononce comme le mot "haast"... qui se traduit par "urgence". L'expression "Er is geen haast" signifie "rien ne presse"... or mon Michel était plutôt issu du croisement d'un flamand avec un corse, le genre "pas pressé du tout" ... et il l'avouait lui-même, qui s'était auto-baptisé "Michel Haast U Langzaam", autrement dit "Michel qui se presse lentement"!

- Le marco, René Mosin, en compagnie duquel je me prendrai une cuite mémorable lors d'une prise de bec avec mon copain-commandant-dictateur Stokart.

- Le chef mécanicien, Paul Caers, pas mon copain du tout celui-là. Je naviguerai à nouveau avec lui quelques années plus tard, alors que je suis commandant. Il ne semblait pas tellement apprécier ma manière d'être, notamment lorsque j'allais faire la fête en port avec les matelots... un jour, lors d'un repas à bord, alors qu'une fois de plus il me faisait vraiment chier, j'ai quitté la table, je suis monté dans ma cabine, j'ai tapé l'adresse de l'Ecole de Navigation d'Anvers sur une feuille de papier, je suis revenu dans le mess officier et je la lui ai tendue:
- "Tiens Caers, ça c'est l'adresse de l'Ecole de Navigation. Tu y vas d'abord pendant 4 ans, et si tout va bien tu obtiendras alors ton brevet d'aspirant-officier; ensuite tu pars naviguer pendant 24 mois, tu retournes à l'école pour passer ton brevet de 2ème luitenant; ensuite tu renavigues 12 mois, et tu retournes 3 mois à l'Ecole pour passer les examens pour le brevet de 1er luitenant; tu navigues à nouveau 12 mois, et tu reviens une dernière fois à l'Ecole pour des cours de remise à niveau et les examens de capitaine au long cours. Puis tu repars naviguer, et le jour où une compagnie maritime est satisfaite de toi, tu feras promotion de commandant... Compris (connard)? En attendant ce jour là, ici à bord, JE suis le commandant, toi tu es le chef mécanicien et tu t'occupes de faire tourner la machine... Chef Tam-Tam, va!"*
* ...pour ceux qui l'ignorent, les chefs mécaniciens sont appelés chef tam-tam, car à l'époque des galères c'était eux les préposés au tambour qui donnait le rythme aux rameurs... mais tout ça, ce ne sont bien sûr que rumeurs d'officiers de pont malveillants!

- Le 3ème officier mécanicien, un grand blond de Philippeville, Christian Henuset, un sympa... logique, il était de ma région.

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Mais poursuivons notre voyage, en compagnie de ces "gens-bons" ou pas.
La première escale, ce sera La Nouvelle-Orléans, sur le fleuve Mississipi.
Toute une légende que ce fleuve et cette ville, immortalisés dans le roman de Mark Twain de 1884, Huckleberry Finn, histoire d'un garçon américain qui va descendre le fleuve sur 1800km à bord d'un radeau en compagnie d'un esclave noir en fuite; un tout autre exploit que la descente de la Lesse en kayak.

Quant à Mark Twain, de son vrai nom Samuel Langhorne Clemens, il avait été pilote de bateau à vapeur sur le fleuve. C'est de cette époque que date son pseudonyme : alors qu'il tire la corde de sondage pour vérifier la profondeur du fleuve, son capitaine lui crie : « Mark Twain , Mark Twain ! », c'est-à-dire : « Marque deux sondes ! »

Le Mississipi, un fleuve d'une longueur totale de 6275 km (en y ajoutant le fleuve Missouri) , ce qui en fait le 4ème plus long fleuve du monde après le Nil et l'Amazone, de 6700km chacun et le Yangtzi Yang en Chine qui en compte 6380km.

...New Orleans et ses fameux bateaux-vapeurs, comme le "Natchez", à fond plat et roue à aube.
...New Orleans et son fameux French Quartier, le quartier français de la ville avec ses rues si typiques comme la Bourbon Street, ses bars, ses cocktails, ses groupes de jazz et de blues, ses danseurs de claquette en pleine rue, son carnaval et le lancement de centaines de milliers de colliers de perles de pacotille. J'ai eu la chance d'y assister-participer deux fois à ce carnaval: lorsque j'étais second sur le Steendorp en 1977, la deuxième fois cela m'échappe.
A New Orleans, nous chargeons et déchargeons nos sempiternels containers. On a notamment ouvert la cale 1 pour y charger quelques caisses (autre nom des containers) contenant des voitures, des belles américaines, à destination de l'Europe. Quand le chargement en cale est terminé, on referme celle-ci, et sur les panneaux de cale (qui font tout de même près de 45 tonnes chacun et il y en a deux par cale) on charge également quelques containers supplémentaires.

A la fin des opérations de manutention, le Brussel doit remonter le fleuve encore plus en amont, vers Bâton-Rouge, cette fois pour y décharger le minerai en vrac des cales 2 et 5, provenant de Geraldton en Australie.
Bâton-Rouge, capitale de la Louisiane, fut ainsi appelée car lorsque ce village indien fut découvert par les explorateurs francais de d'Iberville en 1699, elle était parsemée de grands poteaux rouges (istrouma) plantés dans le sol et surmontés de têtes de poissons et d'ours offertes en sacrifice: des totems.
Entre New Orleans et Bâton-Rouge, environ 80 miles de navigation sur un fleuve où le courant peut-être assez violent. Bien sûr nous sommes assistés par un pilote... Curieusement à cette époque, les pilotes du Mississipi n'étaient pas d'anciens officiers du long cours. Ils commençaient leur carrière au bas de l'échelle (normal pour un pilote, me direz-vous) comme mousse sur les remorqueurs, pour gravir les échelons de l'échelle (normal pour un pilote me redirez-vous), et souvent le métier se perpétuait de père en fils.

Après le déchargement du minerai, nous repartons sur le fleuve pour la descente vers l'embouchure, que l'on appelle Mississipi South West Pass. Petit conseil en passant: évitez de tomber dans le fleuve, on y trouve des alligators. Il s'en sert d'ailleurs dans certains restaurants qui bordent la rivière.

Pour le bosco et ses matelots du Brussel, les 2 jours qui suivent vont être bien occupés: il leur faut nettoyer les cales 2 et 5 qui contenaient l'ilmenite, une poudre blanche qui sert à la fabrication de peinture, pour les préparer à recevoir le phosphate en vrac qui nous attend dans 2 jours à Tampa en Floride.
Sur la rivière on navigue panneaux ouverts, on balaie le fond, on descend les lances à eau pour tout nettoyer à l'eau du fleuve, ensuite il s'agit de tout râcler: les cales doivent être complètement sèches, et plus aucune trace du chargement précédent ne doit subsister, en vue de l'inspection qui nous attend dans le port.

*****

...Mais je constate que mon quota de caractères d'imprimerie est atteint pour ce vendredi... Comme il doit y avoir une suite 47 la semaine prochaine, je termine ici cette magnifique rubrique hebdomadaire!

A la semaine prochaine et un bon week-end!

Photos:
1. Le Nachez, New Orleans
2. Mark Twain
3. Bâton-Rouge
4. Geraldton, Western Australia...port de chargement de l'Ilmenite.

m/v Brussel  suite 46
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