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news des marins

Suspension de brevet

19 Février 2016 , Rédigé par Alain VanHoucke Zingle Publié dans #Histoire

Comme il n'est jamais trop tard... j'arrive!

Suite 49

Petit rappel, sans doute superflu... mais pour les courts-circuités de la mémoire, il est possible que la suite 48 soit un peu oubliée... dans cette suite j'écrivais:

En date du 30 janvier 1981:
"...je me présente donc au Pool des Marins à Anvers pour signer l'enrôlement du m/v Brussel que je dois rejoindre en Italie... et quel n'est pas mon étonnement lorsque j'apprend que je ne peux pas enrôler! Interdiction! Je suis sous le coup d'une suspension de brevet d'une durée de 6 mois pour sanction disciplinaire qui prendra fin en mi-avril."

********

Petit rappel, sans doute superflu.... mais pour les courts-circuités de la mémoire, bis repetita, il est possible que la suite 20 soit un peu oubliée... dans cette suite, j'y racontais le petit différent qui m'avait opposé au commandant Dispas sur le Rubens, alors dans le port de Montevideo en Uruguay.... je fais donc court:

En date du 28 Août 1976:

Ce jour là, vers 13h00, je me dirige vers la sortie du mess officier.J'ai l'intention de me rendre à terre avant le départ du navire. Je suis dans l'escalier lorsque Dispas, le vieux du Rubens, qui m'a suivi, m'interpelle:
- Van Houcke, je vous interdis formellement d'aller à terre... c'est un ordre.
En bon révolté que "j'étais-je suis-je resterai", l'excès d'autorité est quelque chose que je n'ai jamais supporté. Je lui répond aussitôt, plus ou moins texto:
- Dispas, tu me fais chier, je vais à terre et basta.
- Si vous le prenez sur ce ton, je vous donne le sac.
- Donne-moi le sac, gros con, tu peux faire la grande gueule à bord, mais si je te croise à terre je t'en ferai une encore bien plus grosse!

Et sur ces échanges de mondanités, je descend le gangway direction la ville... je reviens à bord un peu plus tard avec mes achats, vers 15h30... à 19h00, le Rubens quitte Montevideo, et le temps de passer de l'autre côté de l'estuaire du fleuve, nous accostons à Buenos Aires, Argentine, en pleine dictature des militaires...

A l'arrivée à Buenos Aires, le vieux a convoqué le consul de Belgique et, séance tenante, il me vire du navire comme un malpropre par mesure disciplinaire, ce qui en néerlandais se dit "Tuchtmaatregel".

J'ai donc débarqué et j'ai pris l'avion pour la Belgique.

*****

Puis les années ont passé:
je suis devenu premier officier,
j'ai quitté la CMB pour ouvrir un bistrot,
je suis reparti comme vieux au cabotage,
comme second lieutenant aux malles Ostende-Douvres
et maintenant comme premier chez ABC.

*****

Retour au présent du récit...Cinq années plus tard.
Et voilà que lorsque je me présente au Pool pour un enrôlement on me présente l'addition.... Merde...s'ils y ajoutent les intérêts, cela va être salé... normal, je suis pas marin d'eau douce.
Interdiction de rejoindre le Brussel dans le port de Livourne! Contraint et forcé j'attendrai à la maison une autre affectation, lorsque les 6 mois seront terminés.

Et je cogite: quand ai-je donc été condamné à cette suspension de brevet?... et tout d'un coup, bon sang mais c'est bien sûr, la mémoire me revient: lorsque je tenais mon bistrot en 1978, j'ai été convoqué à Anvers vers le mois de septembre pour comparaìtre devant la Commission disciplinaire.
A cette époque je n'en avais pas lourd à cirer: j'avais tourné la page de la marine pour me consacrer à la pompe à bière. Je ne montais plus sur des bacs, tout au plus j'en remontais de la cave. Je m'y suis donc rendu, surtout par curiosité.

*****

ACCUSÉ LEVEZ-VOUS.

Je me présente donc par un matin pluvieux (je ne prend pas beaucoup de risque en supposant que ce jour là il pleuvait... nous sommes en Belgique) devant la commission disciplinaire.

Sur un estrade, le Tribunal au grand complet.

Fouquier-Tinville alias Westerlinck, ex-directeur de l'Ecole de Navigation, une vieille connaissance, et ses assistants au nombre de 4, dont Smet, futur directeur de l'ESNA et future connaissance, lorsque j'y donnerai cours... tous les chemins, même ceux du tribunal menant à cette école.

J'ai l'impression d'être Danton face à ses juges, on ne me donne pas la parole, on me traite comme un vilain garnement mal élevé (ce qui n'est pas faux), on croit me faire peur (ce qui n'est pas vrai).

Contrairement à Danton, qui a force de s'égosiller pour se faire entendre dans le vacarme du tribunal révolutionnaire s'est retrouvé aphone, en a perdu et la voix et la tête, je ne m'affole pas. Après une dizaine de minutes de ce cirque marin, je me lève, et je leur dit: "Bien le bonjour messieurs, à la prochaine, je dois retourner dans mon bistrot où le travail m'attend", et malgré leurs ordres de m'asseoir, je leur fait le coup du capitaine Jack Sparrow, je fous le camp.

Jack Sparrow dans une situation pareille, il empoigne la corde qui est accrochée au grand lustre qui surplombe la pièce et s'élève jusqu'à une fenêtre donnant sur la cour. Il saute alors dans le vide et atterrit miraculeusement dans une charette de foin qui se trouvait là pour les besoins du tournage.
En s'enfuyant, il s'empare du fusil d'un soldat allemand qui passait par là, se prend pour Raymond Aubrac lors de sa célèbre évasion d'octobre 1943 et entre en résistance.
Le temps de monter dans la navette spatiale qui stationnait près du pont levis (couleur blue-jeans) et comme Anakin Skywalker il s'éloigne à grandes enjambées stellaires dans la galaxie de Star Wars, grâce à l'aide de la reine mère Curochrome qui commande l'appareil.
Vous avez-vu le box-office des entrées pour le nouveau volet de Star Wars?
... on se presse au guichet paraît-il... et la question philosophique du jour:
"Si au guichet il faut faire la queue ,
comment font donc les filles, vingt dieux?" (Rimbaud)
... et puisqu'il s'agit d'un récit maritime, la navette-intergalactique-sous-marine s'enfonce dans les eaux houleuses de la Mer Curochrome (je manque d'imagination aujourd'hui, je sais), pour un voyage de 20.000 lieues (je cite mes sources: Jules Vernes).

*********
Mais je ne suis pas Danton, ni Jack Sparrow, ni Raymond Aubrac pas plus que Anakin Skywalker....
Donc, le plus simplement du monde, je suis sorti de la salle de la Commission disciplinaire par la porte, tout bêtement! Et ensuite j'ai tout oublié! Et 5 ans plus tard: Boum, Boum, Badaboum, Boum, Boum, Boum , boum! (je manque d'imagination aujourd'hui, je sais) ... cela me retombe sur le coin du crâne: une explosion suivie d'une condamnation. C'est pourtant pas le 11 septembre et je ne suis pas Saddam Hussein!

*********

Et tout cela, qu'est-ce que cela me rapporte?
Ben tout simplement une promotion, mais pas n'importe laquelle: la plus belle!
Comme quoi: Faut pas être intelligent, faut pas être lêche-cul, faut pas être bénit-oui-oui, pour devenir commandant... il faut tout simplement être là au bon moment.
CAR, alors que ma suspension s'achève, voilà ti pas que la Compagnie a besoin d'un commandant pour remplacer Luc Isselee, le vieux de l'Antwerpen, qui prend ses congés.
Coup de BTG (bitougnou, ancêtre du GSM) de la Compagnie:
- Van Houcke, tu as ton brevet de Capitaine au Long Cours?
- Oui chef!
- Tu embarques dans 3 jours sur l'Antwerpen, comme commandant!
Enfin... la promotion, la vraie, sur un grand porte-container, sistership du Brussel que je viens de quitter, plus d'ordres à recevoir, sinon d'une compagnie lointaine qui ne dispose que du telex pour vous contacter (on est en 1981!), plus de Dispas au-dessus de ma tête.... vite, 5 francs dans le juke-box Wurlitzer, faire défiler les titres, sélectionner... "Johnny... Pour moi la vie va commencer!"
Coïncidence? Luc Isselee, le vieux que je vais remplacer, habite le petit village de 400 habitants de Zuienkerke près de Blankenberge... et Zuienkerke, c'est le village natal de mon paternel!.... la vie est un éternel recommencement!

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Ayant au départ écrit ce texte avant Noël et ma suspension par mon grand ami et inséparable copain Steve Mievis ce qui suit peut paraître bizarre.... tant pis, je le laisse.

La semaine prochaine ainsi que la suivante, je fais un papesse....enfin, une pause (mais en flamand, le pape c'est "de paus" , donc pause, avec "e", c'est papesse), la trêve des confiseurs, si pas des confesseurs qui feront le quart 12-04 pour la messe de minuit: sortez les filets, bande de pêcheurs d'âmes.
Et je vous chanterai une petite berceuse de sire-constance:

IL EST LAID LE VILAIN DIVAN.

Couplet 1.

Il est laid le vilain divan,
Chez Ikea tout part en sucette
Il est laid le vilain divan
Et le petit "Je suce" n'est pas content!

Refrain à une voix:

Ah! Qu'il est moche, qu'il est branlant!... et le curé: branlette, branlette..
Ah! Que ses formes sont mal faites!
Ah qu'il est moche , qu'il est branlant!... et le curé: branlette, branlette...
Qu'il est moche le vilain divan!

Couplet 2:

Depuis la première mi-temps,
Nous le promettait les peaux-de-fesses
Depuis la première mi-temps,
Nous attendions le vilain divan.

Refrain.

NB: Pour les russes, il existe une suite: "Il est né le vilain D'Yvan le Terrible"... en cyrillique! "Иван Грозный!".

1. Antwerpen, mon premier commandement chez ABC
3. dans mon bistrot, en attente des commandes.
3. dans mon costume de clown, en attente de commande-ment.

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