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news des marins

La vie du commandant à bord d'un marchand en....port

14 Mai 2016 , Rédigé par Alain VanHoucke Zingle Publié dans #Histoire

Suite 58

La vie du commandant, à bord d'un marchand en port ...

APRÈS LE CÔTÉ COUR, LE CÔTÉ JARDIN ET PARC... A CONTAINERS.

Commander un navire pendant le séjour en port c'est pas ce qui se fait de plus bandant...
Autant pendant les grandes traversées en mer, "tout le plaisir est pour moi", autant les escales m'indiffèrent.
Il faut nuancer cependant: j'aime leur côté "sorties à terre" et "troisième mi-temps", mais cela mis à part...
Pour le coup c'est lors des escales que j'ai compris que le boulot emmerdant existe aussi... un peu comme le belge qui ne croit plus au mythe du soleil, boule chaude et jaune cachée par les nuages, et le découvre enfin pendant sa semaine de vacances annuelles dans le Sud, ...un peu comme, mais en Ying et Yang!

*****
- De tous les peuples de la Gaule, les belges sont les plus braves...disait paraît-il ce brave Jules César, dont le Grand jojo chantait:
"On l'appelait Jules César
Il mettait pas d'falzar
Pour qu'on voie ses belles jambes
Ses jolies jambes
Ses jambes de Superstar".
Chanson immortelle qui a poussé Jacques Brel a s'exiler aux Marquises!

- De tous les marins du navire, le commandant est celui qui s'emmerde le plus en port, vous affirme Alain Van Houcke.
Je reconnais, l'approche de la terre, au lever ou au coucher du soleil, cela a son côté aguichant...le pilote qui monte à bord, les coups de sirène annoncant les manoeuvres, les remorqueurs qui approchent lentement, la machine qui ralentit... tout cela fait partie du métier de marin.
Les lignes à jet sont lançées, les amarres filées, on accoste le mastodonte avec des précautions d'accoucheuse.
C'est ensuite que cela se gâte:
A peine le temps de rejoindre sa cabine après avoir salué le pilote, que l'agent de la compagnie se pointe avec les autorités portuaires. D'abord les sanitaires, qui vous délivrent un certificat de bonne vie et moeurs:
"Pas de maladie à bord (?)...Ok, vous pouvez baisser le pavillon de quarantaine" , le tout jaune; et hop là...aussitôt c'est la ruée: l'échelle de coupée ploie sous le poids conjugué du capitaine de port, des méchants douaniers, du stevedoring que j'envoie vite fait chez le premier officier, des shipchandlers qui se bouffent entre eux pour savoir qui sera l'heureux élu qui nous comptera double ou triple les victuailles, la peinture de coque, les huiles de machine. Et tout ce monde se précipite dans la cabine du commandant.
Si je ne met pas le frein à tout ça rapidos, je vais finir étouffé dans la mêlée!
L'agent, parfois, se croit chez lui... il ouvre le frigo, se sert une Stella bien fraîche, en offre à la meute!
Et les voilà tous installés, sur les chaises, dans le sofa, en rangs serrés comme ces cancrelats des quais africains ...

*****
Anecdote:
Un jour d'arrivée aux USA, le cowboy de l'Immigration s'installe face à moi, les 2 pieds sur mon bureau, style Djonouègne, ou John Wayne, enfin dans le genre. Comme je m'énerve, style "le Loup et le Furet" , ou Louis de Funès, enfin dans le genre, il m'imite et exige de voir tous les carnets de marins, passeports et documents d'identité de l'équipage et finit par interdire aux deux matelots originaires du Chili de mettre pied à terre pendant le séjour sous prétexte "qu'ils sont de dangereux communistes, suppôts du président Allende, heureusement renversé par ce bon Pinochet, grand ami des démocraties et de l'Amérique, God bless America et Elvis the King"...croix de bois, croix de fer (Eisernes Kreuz), si je mens je vais en enfer!
Heureusement que je n'ai jamais eu le moindre à-priori contre les amerlocks... j'en serais devenu gauchiste, vous imaginez!

Fin de l'anecdote.

*****
Dans tous les ports, la première heure est consacrée à désaltérer ces gens de terre qui ne connaissent des marins que le contenu du frigo du commandant...
Comme l'arrivée a souvent lieu le matin, vers les 7 ou 8 heures, j'en ai loupé le petit déjeuner... on se rattrapera à midi... sauf que, dans la foulée l'agent m'annonce la venue pour midi du chef de l'Agence accompagné d'un groupe de chargeurs, clients, amis et curieux qui viendront prendre l'apéro et pourquoi pas s'inviter pour le repas... très important, insiste-t'il... la plupart transportent des marchandises via les containers d' ABC... à soigner aux petits oignons.

Et bien d'accord, je dirai au chef coq d'en faire un potage, aux oignons, spécialité belge s'il en est. Ensuite pour rester dans le typique, carbonade flamande, frites et comme dessert l'inévitable omelette norvégienne....pas très belge comme dessert? De toutes façons, pour les Australiens ou les américains, vous devez savoir que Belgique, Norvège, Bulgarie ou Portugal, c'est du pareil au même... on pourait leur faire croire qu'il s'agit des noms de nos ministres, qu'ils n'y verraient que du feu.... ça tombe bien, l'omelette norvégienne sera flambée.

Vers les 3 heures on sort de table et toujours un ou deux traînards qui vous suivent jusqu'à votre cabine, impossible d'y échapper, histoire de vider le fond du frigo..."Don't worry if the beer is over, captain, I like coca-cola with Johnny Walker too!"... et dans la foulée ils vous liquident la bouteille de whisky qui était dans le bar et le fond de Gordon qui était tout à côté, mais pourquoi se gêner, où y'a pas de Gin, y'a pas de plaisir.
Il va faire dur se payer une petite virée à terre si cela continue, surtout que dans l'entrefaite le premier vient de me prévenir que les panneaux de la cale 2 déconnent: une mauvaise manipulation et il y a déraillement.

Heureusement, les mécanos sont des spécialistes de ces pannes à répétition...une heure de dur la-beurre, dit la femme du fermier, et tout entre dans les ordre, parole d'aumônier... juste au moment où mon copain de l'agence revient à bord: il m'invite à un BBQ chez lui, au bord de la piscine, avec sa femme et un couple de copains. Tout ne sera pas pourri aujourd'hui!

Pour résumer cette journée en port: il a fallu se lever vers les 5h00 du mat' pour l'arrivée à la station de pilotage, les manoeuvres d'arrivée, la visite des autorités, la réception, la panne d'un piston du surbeau, un BBQ et il est vite 2h00 du mat' du jour suivant lorsque l'on me ramène à bord; 23 heures sans sommeil, et dans quelques heures le navire quitte le bord... alors vite, sauter dans le pieu car vers les 6h00 c'est le réveil.
Avant le départ, revisite de l'agent, des douaniers, arrivée du pilote, et hasta luego, ou plutôt:

See you next time!

Have a nice week-end, folks!

Photos: Quelques navires d'ABC Containerline.

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